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La démocratie libanaise et sa lingua franca confessionnelle : les limites de la représentation et les déficiences de la légitimité

L’approche de la nouvelle administration américaine de la donne libanaise :

13 mai 2009

par Paul Bourgues, Collaborateur à la Chaire Raoul-Dandurand


L’alternance politique aux Etats-Unis et le changement d’administration en janvier 2009, avec l’élection à la présidence de Barack Obama, laissent penser que l’approche américaine de la situation au Liban connaîtra une évolution favorable au renforcement de la souveraineté et de l’indépendance du pays. Tout en reprenant les ambitions affichées par l’administration G.W. Bush, la présidence Obama semble opter pour une méthode différente.

La nouvelle approche américaine de la donne libanaise se structure selon trois axes : négocier avec l’Iran et la Syrie pour restreindre leur influence sur le Liban et limiter leur soutien au Hezbollah ; continuer à oeuvrer à la reconstitution d’un Etat libanais pleinement souverain, quitte à y intégrer un Hezbollah privé d’armes ; et renforcer militairement l’armée centrale. Le tout pourtant sans écarter l’hypothèse d’une politique de changement de régime dirigée contre l’Iran et la Syrie.

Les signes de la continuité

La secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, a d’ores et déjà clarifié certaines des conceptions que son pays entretient vis-à-vis du Liban. Le 27 avril 2009, à Beyrouth, elle réaffirmait en effet un engagement qu’avait déjà pris le président G.W. Bush en 2005 à Bruxelles : celui d’« un Liban libre, fort, indépendant et souverain ». Mais quand bien même cette affirmation de la part de la nouvelle administration constituerait un objectif somme toute classique pour la politique étrangère du pays, cela signifie-t-il pour autant qu’elle se suffit à elle-même ? Car, malgré l’adoption par le Conseil de Sécurité des Nations Unies de deux résolutions, la 1559 (2004) qui demandait le retrait des troupes étrangères du territoire libanais et le désarmement du Hezbollah, et la 1701 (2006) qui renforçait la FINUL, le Hezbollah a connu un regain de légitimité suite à la guerre israélo-libanaise de l’été 2006.
Ainsi, le « parti de Dieu », qui concurrence l’Etat libanais, semble en mesure de rassembler un bon nombre de suffrages au cours des élections législatives du 7 juin prochain, et de placer dès lors plusieurs de ses membres au gouvernement. Le Hezbollah, malgré le changement d’administration américaine, continue pourtant de figurer sur la liste des organisations terroristes, et Barack Obama avait, alors qu’il était sénateur en 2006, fermement condamné son agression contre Israël. Or ce parti, au vu de ses liens avec d’autres acteurs régionaux comme la Syrie et l’Iran, est perçu par les Américains comme une menace à l’indépendance du Liban, mais également comme un groupe violent portant atteinte à la souveraineté de l’Etat libanais. Le tout sans oublier qu’il suscite des désaccords jusque dans certains rangs de la communauté chiite du Liban, ainsi bien évidemment que chez d’autres communautés libanaises, en plus d’être une force politique armée contestant l’existence d’Israël.
Barack Obama hérite ainsi d’une situation engendrée par les effets de la doctrine du président Bush. Celui-ci, avant de se désintéresser relativement du Liban dans la dernière partie de son deuxième mandat, avait tenté de mettre en oeuvre un plan de Grand Moyen-Orient visant à implanter, par la force si nécessaire, la démocratie dans tous les pays arabes. L’un des corollaires de ce plan, soutenu par les néoconservateurs et relayé par la stratégie de sécurité nationale, recommandait de ne pas entretenir de dialogue avec « les terroristes et les tyrans ». Toutefois, ce paradigme invoquant la nécessité du changement de régime pour résoudre les conflits n’est pas propre à l’administration Bush. En effet, le président démocrate Bill Clinton, avec l’Iraq Liberation Act de 1998, a très probablement été à l’origine des théories de la politique de changement de régime (regime change) (1).

Les signes d’un changement

Barack Obama semble ainsi annoncer un positionnement relativement en rupture avec l’approche qu’avait l’administration Bush de la situation au Moyen-Orient. Après les recommandations du rapport Baker-Hamilton de 2006, c’est au printemps 2009 que cette rupture s’est précisée avec l’envoi de deux émissaires américains auprès de Damas. L’un d’eux, Jeffrey D. Feltman, récemment nommé sous-secrétaire d’Etat pour les affaires moyen-orientales, avait dévoilé sa conception de la situation du Liban dans un discours tenu à la Brookings Institution en mars 2008 (2). Tout en assurant que le destin politique du pays ne ferait pas l’objet d’un marchandage diplomatique entre les Etats-Unis et Damas, l’ancien ambassadeur des Etats-Unis à Beyrouth, en poste entre 2004 et 2008, avançait cependant l’idée selon laquelle la cessation du soutien apporté par la Syrie au Hezbollah serait l’une des solutions pour sortir le Liban de la crise. Si les propositions apportées par J. Feltman venaient à être mises en oeuvre par l’administration Obama, l’intégration du Hezbollah dans la vie politique légale ne manquerait pas de susciter l’inquiétude d’une partie de la population, notamment des sunnites et des chrétiens, bien que la Constitution libanaise rende impossible l’accession d’une personne de confession chiite au poste de Premier ministre. Dans une logique similaire, Barack Obama a évoqué à plusieurs reprises la nécessité de reprendre le dialogue et la négociation avec Téhéran sur les questions du nucléaire militaire et de son influence dans la région. Ainsi, l’administration Obama semble opter pour une approche plus réaliste, visant à dialoguer avec les régimes en place, qu’ils soient démocratiques ou non. Il reste cependant à voir quelles seront la pérennité et la validité de cette posture.

Washington semble en effet ne pas être au bout de ses peines. Les sujets de négociation potentiels entre ces différents protagonistes sont nombreux, certes. Mais l’obtention d’un accord de l’Iran et de la Syrie d’interrompre leurs livraisons d’armes au Hezbollah, ce qui permettrait d’intégrer ce parti dans le jeu démocratique libanais, comme le souhaite J. Feltman, serait aussi perçue comme une trahison par les partisans du bloc du 14 mars. Alliés traditionnels de Washington, ceux-ci sont aussi pleinement mobilisés autour d’un rejet du Hezbollah.


(1) ZABOROWSKI, Marcin, « Affaire étrangère : l’héritage de la révolution Bush », dans Politique étrangère, IFRI, 2008/03, Automne, p. 519-531.
(2) Transcription de l’intervention de Jeffrey Feltman devant la Brookings Institution à Washington, le 19 mars 2008.



Observatoire dirigé par Barah Mikaïl, chercheur à l’IRIS.
En partenariat avec



 

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