Accueil du site > Toutes les rubriques > Spécial élections libanaises > La démocratie libanaise et sa lingua franca confessionnelle : les limites de (...) > La difficile mission de la FINUL
Par Maha Karim, étudiante à Sciences-Po Paris
Suite à l’escalade de la violence le long de la frontière israélo-libanaise et à l’invasion du Liban par Israël en 1978, la résolution 425 est adoptée le 19 mars 1979 par le Conseil de sécurité des Nations unies. La Force Intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) aura pour mandat de confirmer le retrait des troupes israéliennes du Sud du Liban ; de rétablir la paix et la sécurité internationale ; et d’aider le gouvernement libanais à assurer le rétablissement de son autorité effective dans la région. Ce mandat caractérise le terme « intérimaire » de la Force, celle-ci n’ayant pour mission que de remplacer dans la région l’autorité de l’Etat – momentanément défaillante – afin d’assurer la sécurité de ses citoyens.
Rappelons que la FINUL fut mise en place dans un contexte de Guerre froide et qu’à ce titre, elle reste donc considérée comme une mission de maintien de la paix de la première génération – c’est-à-dire limitée à un rôle d’interposition et de « tampon » – et non comme une Force qui impose la paix (Peace Enforcing Force). Bien que cela ne soit pas prévu dans son mandat initial, la FINUL interviendra dans des domaines humanitaires, en réponse à des circonstances particulières. Assurer le rôle du gouvernement défaillant se traduira pour elle par des tâches telles que l’administration, le développement économique et la protection sociale. Concernant l’envoi de troupes sur place et malgré les nombreuses pertes que le pays a connues au Sud Liban (1), la France est le premier membre permanent du Conseil de sécurité à y participer.
La sixième guerre israélo-arabe correspond à la troisième invasion du Liban par Israël. 2006 marquera un tournant décisif pour l’implication des Etats européens dans cette guerre du Liban, jamais vraiment achevée, couvant toujours sous le feu des dissensions tant religieuses que politiques.
Le 12 juillet 2006, des membres de la Résistance islamique, la branche militaire du Hezbollah, traversent la frontière israélienne (la Ligne bleue (2) fixée par les Nations Unies), et s’attaquent à des soldats israéliens, en tuant trois et en capturant deux. Israël déclenche en territoire libanais, en guise de représailles, une vaste opération combinée. Les affrontements dureront un mois (du 12 juillet au 11 août 2006) et les dégâts infligés aux infrastructures libanaises seront importants : dépôts de carburant, aéroports, ports, routes, ponts, mais aussi hôpitaux et écoles… En trente-trois jours seulement, 10 ans d’efforts de reconstruction auront ainsi été réduits à néant.
Le 11 août 2006, la résolution 1701 est adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies : un appel au cessez-le-feu est lancé aux deux parties en guerre, et la décision est prise d’envoyer des soldats pour renforcer la Force de maintien de la paix onusienne déjà en place au Liban. A l’été 2006, les modalités concrètes d’une intervention militaire ont suscité des tensions au sein de la communauté internationale. Ainsi, il est pertinent de rappeler que les États-Unis et Israël privilégiaient l’envoi d’une Force de stabilisation à dominante européenne, voire de l’OTAN, capable de s’imposer face au Hezbollah. Les Etats se sont finalement accordés pour renforcer significativement la FINUL. Et pour ce, il aura fallu attendre que les Européens répondent à l’appel du Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. L’engagement pris par Paris et Rome provoquera un effet d’entraînement. Qu’ils le conçoivent ou non, les Etats Européens sont en effet devenus le plus important, voire le seul réservoir de forces disponibles, pour asseoir la crédibilité des opérations des Nations unies : en République Démocratique du Congo, au Liban, peut-être un jour au Darfour (3). Mais ce, après avoir obtenu les garanties nécessaires concernant la sécurité des casques bleus et leur liberté d’action : clarification du mandat, envoi de troupes suffisamment armées avec les unités d’appui et de soutien nécessaires. La FINUL, tout en restant formellement sous le Chapitre VI, est en réalité sous un Chapitre VI « durci ». En effet, il était indispensable d’obtenir certaines garanties car la FINUL est l’opération de maintien de la paix des Nations unies qui compte le plus de victimes (4) à son actif. Plus que l’annonce historique du gouvernement libanais de déployer 15 000 soldats de l’armée libanaise dans le fief des miliciens du Hezbollah, la résolution 1701 autorise un renforcement de 15 000 hommes au sein de la FINUL. D’un point de vue logistique, ce fut également un défi de grande ampleur. Soulignons l’envoi exclusif d’une force maritime dans une OMP des Nations unies dont le dispositif BALISTE fut fourni par la France et déployé par les Allemands. Ces derniers qui, par leur engagement, marquent un tournant majeur dans leur histoire.
On notera au final que les Etats européens (6 500 hommes) forment la colonne vertébrale de la force avec, en premier lieu l’Italie, la France et l’Espagne (5). Depuis les expériences douloureuses des années 1990, ces derniers étaient en effet très hésitants, voire réticents à l’idée de placer des soldats sous mandat direct de l’ONU (6) (tout en restant les principaux bailleurs de fonds d’opérations impliquant en majorité des bataillons des pays du Sud).
Nous pouvons donc affirmer que la FINUL a évolué d’une opération de maintien de la paix de la première génération vers une opération de la seconde génération.
La FINUL II reste une opération inédite sous bien des angles. L’intervention militaire de cette force va bien au-delà de la simple force d’interposition. Sa chaîne de commandement, ses règles d’engagement, son armement et sa composante navale sont autant de traits qui la distinguent des opérations onusiennes classiques. La nouvelle FINUL assume en effet toutes les fonctions opérationnelles nécessaires pour une opération multinationale de maîtrise de la violence (7) : commandement, renseignement, etc.
Aujourd’hui, la FINUL II doit faire face à plusieurs problèmes tels que les violations de l’espace aérien libanais par le gouvernement israélien, la présence de groupes terroristes tels que le mouvement islamiste salafiste de Fateh El Islam dans le camp de réfugiés palestiniens de Nahr El Bared, et le transfert des armes du Hezbollah de l’Iran et de la Syrie vers le Sud Liban. L’enjeu majeur de la FINUL II consiste cependant pour elle à être capable de faire face à une situation où elle serait prise au piège par un regain des hostilités.
(1) Attaque du Drakkar le 23 octobre 1983, organisée contre des commandements français et américains.
(2) Marquant la frontière entre le Liban et l’État hébreu.
(3) GNESOTTO Nicole, Leçon du Liban - Analyse - n° 0, octobre 2006.
(4) 300 victimes à ce jour.
(5) PFISTER Stéphane, « La FINUL II à l’ombre de la crise libanaise et moyen-orientale. Un puissant outil confronté à une situation extraordinairement complexe et volatile », octobre 2007.
(6) Ibidem.
(7) Ibidem.
Observatoire dirigé par Barah Mikaïl, chercheur à l’IRIS.
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