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Analyse du jour

La victoire contestée d’Ali Bongo à la présidence de la République du Gabon

4 septembre 2009

Par Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS

Comme initialement prévu, Ali Bongo a été officiellement déclaré vainqueur des élections présidentielles du Gabon le jeudi 3 septembre avec 41,73% des voix contre 25,88% à l’ancien ministre de l’intérieur André Mba OBame et 25,22% à l’opposant Pierre Mamboudou. A priori, les élections de dimanche 30 août s’étaient déroulées sans problèmes majeurs. Les deux perdants avaient déclaré qu’ils avaient gagné les élections. La Commission électorale nationale autononome et permanente a tardé pour annoncer les résultats. Or, eux-ci sont fortement contestés.


Les troubles prévus ont immédiatement eu lieu après l’annonce des résultats en fin de matinée. A Port Gentil, la prison a été attaquée, le consulat français a été incendié. Les immeubles de Total et de Schlumberger ont été endommagés. On a observé de nombreux barrages et les partisans de Pierre Mamboudou ont investi la ville. A Libreville des mouvements violents ont eu lieu dans deux quartiers populaires et la ville a fait l’objet de pillages. Le Gabon se trouve après plus de 40 ans du règne de Omar Bongo et de son camp dans une situation qui risque d’être insurrectionnelle. La France qui est officiellement restée « neutre » apparait comme liée au clan Bongo et fait l’objet de contestations violentes ; elle est directement concernée par les intérêts pétroliers, par le rôle historique du Gabon dans la « Franceafrique », par la présence de 10.000 ressortissants français et de la base militaire. L’armée francaise était intervenue en 1990 lors des manifestations populaires. Depuis l’annonce des résultats, elle a finalement été déployée et a pour mission de protéger les ressortissants français.

Le Gabon va-t-il connaitre un scénario à l’ivoirienne ? A priori, Ali Bongo dispose du pouvoir financier, du contrôle de l’armée, de la communication, du soutien du PDG (parti démocratique gabonais), de la légitimité du clan Bongo. Mais il n’a pas le talent politique de son père et les temps ont changé. La population gabonaise attend des changements profonds vis-à-vis d’une captation de la rente par un clan et par les opposants ralliés à ce clan. Elle accepte mal les inégalités dans un pays dont le revenu par tête moyen est de l’ordre de 10.000$ et qui est un scandale géologique par ses ressources pétrolières, minières et forestières. Ali Bongo fait partie de l’ethnie minoritaire Téké tout en ne parlant pas sa langue et les risques de clivages ethniques peuvent apparaitre notamment de la part des Fangs représentés par André Mba OBame.

Le Gabon illustre combien la construction de la démocratie est difficile et en quoi le choix par les urnes ne remplace pas le poids des armes. Et dans quelle situation délicate se trouve la France qui longtemps a soutenu des présidents à vie dont la légitimité s’estompait.

 
 

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1 Message

  • Comme vous le soulignez Bongo fils n’est pas Fang- l’ethnie majoritaire à laquelle appartient Mba et appartiennent les Mba ( comme Leon , le premier Président)...ni Punu, l’autre ethnie "majoritaire" si je peux m ’exprimer ainsi . Les Fang présentaient 9 candidats..mais les Myene, largement minoritaires en présentaient 7 les Punu 3...Dans ce cadre peut-on encore parler d’influences ethniques au Gabon ? Ou plutôt comment joue l’influence ethnique dans la constitution d’un clan resserré autour de la captation des rentes minières ?

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