Accueil du site > Toutes les rubriques > Analyse du jour > Le Kazakhstan, à la croisée des chemins de l’Europe vers l’Asie (...)
Par Laure Delcour, directrice de recherche à l’IRIS
Faisant suite à celles d’Anne-Marie Idrac, secrétaire d’Etat chargée du commerce extérieur, et du Premier ministre François Fillon en 2008, la visite de Nicolas Sarkozy au Kazakhstan marque un tournant important dans la présence française en Asie centrale. Longtemps négligée par la France et par l’Europe, cette région (et en particulier le Kazakhstan) ne pouvait demeurer plus longtemps terra incognita dans la politique étrangère de l’Union et de ses Etats membres. Pour pallier cette carence, l’UE sous présidence allemande avait décidé en 2007 l’instauration d’un nouveau partenariat avec l’Asie centrale. Plusieurs Etats membres de l’Union (Allemagne, Italie) étaient déjà très présents économiquement dans la région, singulièrement au Kazakhstan. Avec la visite de Nicolas Sarkozy à Astana, la France s’efforce de les rejoindre, mais au-delà de l’économie, elle tente aussi de nouer un partenariat stratégique avec un pays-clé dans une région carrefour.
Tout d’abord, l’Asie centrale est proche de l’épicentre des grands séismes géostratégiques de ce début de XXIe siècle, avant tout de l’Afghanistan. Or le Kazakhstan, incontestable puissance régionale, peut jouer un rôle stabilisateur dans une zone importante pour la sécurité de l’Europe et la France. Le pays, appelé à prendre la présidence de l’OSCE en 2010, est certes loin de correspondre aux standards démocratiques occidentaux ; mais il convient d’apprécier sa situation en la replaçant à la fois dans un contexte historique (moins de 20 ans après la dissolution de l’URSS et de la création de l’Etat kazakh) et régional. Sur ce dernier point, le Kazakhstan est assurément plus stable que ses voisins et son président plus avisé.
Deuxièmement, le Kazakhstan, riche en gaz et en pétrole, est un partenaire clé pour renforcer la sécurité énergétique de l’Europe et de la France, enjeu majeur comme l’a montré au début de l’année le dernier conflit gazier russo-ukrainien. La région de la Caspienne fait figure (tout au moins idéalement) d’alternative à la Russie en matière d’approvisionnement et elle dispose de réserves considérables. Déjà présent à Kashagan, immense gisement sous-marin, Total participera avec GDF-Suez, grâce à l’accord signé ce mardi, à l’exploitation du champ gazier de Khvalinskoye.
Enfin, bien qu’ayant pâti de la crise, le Kazakhstan a l’une des économies les plus dynamiques de l’espace post-soviétique, mais les entreprises françaises y sont encore trop peu présentes. Au-delà du secteur énergétique, la conclusion de contrats par EADS (pour des satellites d’observation), de Thalès (pour un système de télécommunication militaire) ou Alstom (pour un tramway) semble prometteuse. Il y a là un potentiel considérable que la visite de Nicolas Sarkozy, accompagné d’une trentaine de chefs d’entreprises, devrait permettre d’explorer.
Ni simple main tendue à un dictateur, ni tout à fait simple voyage d’affaires dicté par l’intérêt énergétique, la visite présidentielle est surtout un premier pas vers un pays stratégique en pleine transformation, qui s’est engagé l’année dernière dans un programme de réformes intitulé « Le chemin vers l’Europe ».
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