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Les défis diplomatiques de Barack Obama

Quelles marges de manœuvre financières pour Barack Obama ?

1er 2008



Barack Obama en appelle au changement, il l’a martelé tout au long de sa campagne, et il affiche pour cela un programme ambitieux : il veut réduire les inégalités dans son pays qui n’ont cessé de s’accroître depuis quinze ans ; donner sa chance à tous et promouvoir une société plus juste et plus équitable. Dans la crise que traverse ce pays et qui n’est pas seulement une crise économique ou financière, les électeurs américains ont pensé qu’il était le mieux placé pour les en sortir.

Pour atteindre tous ces objectifs toutefois, il faudra que ce nouveau Président parvienne à réorienter radicalement la politique budgétaire de son pays. Il devra en effet relancer les dépenses sociales (éducation, santé, retraite), l’aide publique au développement et les investissements publics et pour financer cela, parvenir à maîtriser certaines dépenses (probablement les dépenses militaires) et augmenter les impôts. La question de l’augmentation des impôts a été courageusement assumée par Barack Obama durant la campagne et son élection prouve qu’il est capable de convaincre l’opinion publique de la nécessité d’adopter des mesures même impopulaires. Il est vrai toutefois qu’il a promis que pour 95% des Américains son programme fiscal conduirait à une baisse des taxes. Aura-t-il cependant les moyens de ses ambitions ?

L’administration Bush laisse le pays dans une situation économique et surtout budgétaire catastrophique. La dépense publique est passée de 1789 milliards de dollars (budget fédéral – Source : US Office of Management and Budget) en 2000, à 2931 milliards de dollars en 2008, soit une augmentation de presque 40% au total et de 5% par an en moyenne. Pour comparaison, le PNB américain a augmenté de 32% durant la même période, ce qui relativise peut-être un peu ces augmentations des dépenses publiques, même si, mises en perspective avec la baisse des impôts pratiquée par cette administration Bush, on peut imaginer l’impact de cette politique sur le déficit public et la dette publique américaine. De plus, la crise financière et les efforts consentis ces derniers mois par les pouvoirs publics aux Etats-Unis pour la juguler devraient encore amplifier cela et réduire par conséquent les marges de manœuvre du nouveau président.

Plus inquiétant peut-être est l’évolution qui a caractérisé la répartition de ces dépenses publiques depuis 2000. Les dépenses militaires s’élèvent en 2008 à 720 milliards de dollars, soit près d’un quart des dépenses fédérales. Elles ont doublé depuis 2000 et ce, au détriment des crédits affectés aux pensions, à l’éducation et à la santé. L’administration républicaine affirmait depuis les attentats du 11 septembre 2001 que les Etats-Unis étaient en guerre contre le terrorisme et force est de constater que les dépenses publiques ont aujourd’hui une structure plus proche de celles des années de la guerre froide que de la période où ce pays profitait des dividendes de la paix dans les années 1990.

Encore plus inquiétant dans cette évolution des dépenses, l’augmentation rapide des dépenses militaires et l’aggravation du déficit public ne semblent plus aujourd’hui sous contrôle. Les dépenses militaires par exemple payent le prix fort des engagements extérieurs, Irak et Afghanistan, plus coûteux qu’initialement prévus et dont on a du mal à apercevoir une issue.

Il faudra donc beaucoup de volonté politique au nouveau Président américain pour inverser la tendance pour pouvoir mener la politique de changement qu’il souhaite et qu’il a annoncée. Il dispose de plusieurs atouts pour y parvenir, sa popularité d’une part, sa volonté d’autre part mais aussi une majorité confortable au Sénat et à la Chambre des représentants et un a priori plutôt positif des acteurs économiques et des grands leaders politiques internationaux.

Il devra toutefois faire face à plusieurs écueils : son manque d’expérience pourrait dans les premiers mois donner l’impression d’un certain flottement dans la mise en place de sa politique et entraîner des désillusions. La capacité de Barack Obama à sortir son pays de la crise économique et financière sera également un test important et de ce point de vue encore, on en revient à ses marges de manœuvre limitées sur le plan financier mais aussi à la capacité qu’il aura à restaurer la confiance aux Etats-Unis et dans le monde. Sa tâche ne sera pas, on le voit, des plus faciles…

Sylvie Matelly, Directrice de recherche à l’IRIS

 

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