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Analyse du jour

Madagascar des crises à répétition. La lueur d’espoir de l’accord d’Addis-Abeba

2 décembre 2009

Par Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS

Madagascar est une île lointaine où l’histoire semble se répéter avec des alternances de crises politiques qui entraînent une crise économique et sociale. La Grande Ile avait été le lieu de troubles ayant fait en avril 2009 plus de 130 morts. Ces troubles étaient liés à la pauvreté, aux inégalités, aux frustrations consécutives aux concessions prévues de 1,3 millions d’hectares accordées à Daewo, aux confusions entre les affaires politiques et économiques de la part du chef de l’Etat et chef d’entreprise (société Tiko). Ils s’inscrivaient dans des causes plus profondes liées notamment au « coup d’Etat » en 2002 de Marc Ravalomanana contre Didier Ratsiraka. Il demeurait un contentieux entre les deux présidents, des divisions au sein de l’armée et un certain manque de légitimité de Marc Ravalomanana.


Le maire d’Antananarivo Andry Rajoelina, responsable du parti TGV, a été le leader du mouvement de contestation débuté en février 2009 contre Marc Ravalomanana, le « Berlusconi de l’Océan Indien ». Les médiations du FFKM (le Conseil chrétien des Eglises), de l’Union africaine, des Nations unies ont échoué. En définitive, Marc Ravalomanana a démissionné. Le pouvoir a ainsi été remis, avec assentiment forcé du président de la cour constitutionnelle, par l’armée fortement divisée à Andry Rajoelina président de la Haute autorité. Ce dernier devait organiser dans les 24 mois des élections et faire voter une nouvelle constitution lui permettant de devenir président. Il a alors dissous l’Assemblée nationale et le Sénat. La communauté internationale a dénoncé ce coup d’Etat et Madagascar et son nouveau président ont été placés au banc de cette communauté (cf. la non réception de Andry Rajoelina à New York l’été 2009). Des assises ont prévu un référendum avant fin 2009. Le calme n’est toutefois pas revenu.

L’accord de Maputo du 8 août 2009 a constitué une avancée. Il visait à préparer la IVe République, à régler la crise de 2002 ayant conduit à la prise de pouvoir par Ravalomanana, à annuler les procès contre ce dernier, à mettre en place une Commission vérité et réconciliation. Les quatre n°1 (Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana, et les deux anciens présidents Albert Zafy et Didier Ratsiraka) devaient nommer à l’unanimité les nouveaux membres de la période de Transition. En définitive, il n’y a pas eu d’accord sur la désignation des responsables à commencer par le président de la Transition et le Premier ministre.

L’échec de l’accord a conduit à un nouvel accord à Addis-Abeba en novembre 2009 qui constitue une lueur d’espoir. Y est prévu la nomination de co-présidents de la Transition même si Andry Rajoelina dirige aujourd’hui la Transition et concentre les pouvoirs. Cet accord a été obtenu sous la menace de suspension de l’aide de l’Union européenne de 650 millions d’euros et de l’AGOA (le marché américain représente 85% des exportations de textile malgache). Les tensions entre les quatre n°1 demeurent fortes, même si Didier Ratsiraka a joué un rôle important de conciliateur, et chacun dispose de forces politiques, d’appuis sociaux et de soutiens militaires.

L’instabilité politique demeure un facteur déterminant de la perte de confiance. La croissance économique a été négative en 2009. Plus de 230.000 emplois salariés ont été perdus. La chute de la production industrielle se situe entre 25 et 80 % selon les branches. Le tertiaire a été fortement touché. Le nombre de touristes qui étaient passé de 277.000 en 2005 à 375.000 en 2008 est tombé à moins de 200.000 en 2009. Seules quelques niches ont été épargnées telles les télécommunications qui ont été boostées par le câble marin et l’exploitation minière (Ilménite, nickel, cobalt).

Les accords apparaissent toujours très précaires, et ne tiennent que par l’épée de Damoclès des bailleurs de fonds. L’aide extérieure compte pour plus de ¾ des investissements publics.
Encore une fois, les jeux personnels fondés sur des clivages à la fois religieux, ethniques et statutaires mais renvoyant également à des conflits personnels et à des enjeux de captation de rentes se font au détriment de l’économie et enfoncent toujours plus la population dans la pauvreté, la vulnérabilité, la résignation et la défiance.

 

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