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Sommet de Copenhague : quand le climat devient stratégique

Copenhague, capitale de la Terre : émergence de la climatopolitique

14 décembre 2009

Par Jean Michel VALANTIN, docteur en études stratégiques et spécialiste des questions de développement durable et d’environnement


La préparation de la Conférence de Copenhague sur le climat révèle un fait majeur : nous sommes entrés dans l’époque de la politique planétaire. Ce nouveau cycle de l’histoire humaine se caractérise par la capacité des instances en charge de la gouvernance, publiques ou privées, à prendre ou non en compte les effets du changement climatique, de la crise de la biodiversité, de la question des ressources, dans leurs effets politiques, sociaux, économiques, culturels, identitaires, sécuritaires.

En effet, cette conférence a donné lieu à la condensation de nombreux processus de mobilisation autour de la question du climat qui, depuis un an, tendent à se conjuguer et à se prolonger les uns les autres, faisant d’une conférence n’ayant pas encore eu lieu un objet politique inédit : la première instance de gouvernance planétaire.

Les acteurs de cet immense processus sont fort disparates, de même que les intentions et les revendications, car ces dernières sont portées par les gouvernements, les scientifiques, les acteurs de la société civile, les médias, les entreprises, les regroupements de collectivités, les particuliers, ou par d’étonnantes alliances entre tels ou tels groupes et sous groupes.

De la géopolitique à la climatopolitique

Néanmoins, le facteur commun à tous est leur inscription dans une même intention : agir politiquement sur la chimie de l’atmosphère. Ils participent tous à ce que nous appellerons la « climatopolitique », elle-même déclinaison de cette nouvelle dimension que nous qualifions ici de « politique planétaire », très différente dans ses objets et ses finalités de la « globalisation ». Il ne faut pas croire que cette entité globale qui s’est constitué autour de « l’attracteur étrange » qu’est la préparation de Copenhague soit homogène. En effet, s’il existe des effets d’interpénétration entre certains acteurs, comme ceux de « l’ultimatum climatique », ou de tous les acteurs avec les médias, d’autres, en particulier les gouvernements et les Etats, demeurent très conscients de leur place, de leur rôle et de leur fonction. Comme dans d’autres négociations dans le cadre de l’ONU, les problématiques nationales doivent être conjuguées dans un cadre international qui, jusqu’à présent, n’a jamais pu être le niveau contraignant au niveau de l’ensemble de la communauté des Etats.

En outre, les différents Etats sont chacun sur des positions qui peuvent être très éloignées les unes des autres, en fonction de la définition donnée à l’intérêt national. Ainsi, les pays producteurs de pétrole ou les pays en développement ne peuvent envisager qu’avec difficulté de remettre en cause le modèle de développement inspiré des pays anciennement industrialisés qui, eux-mêmes, sont sur des positions contrastées. Cette diversité des approches du changement climatique est due aux difficultés propres au lancement et à la pérennisation d’un un effort majeur de réduction des rejets de gaz à effet de serre et aux effets profonds qui en découleraient sur les structures mêmes d’organisation de la société, sur la « fabrique du quotidien » de chacun et de tous.

Cependant, les enjeux de la lutte contre le réchauffement global entrent eux aussi dans les processus de gouvernance de ces différents acteurs. La multiplication des phénomènes climatiques extrêmes et leurs effets systémiques commencent à constituer un capital d’expériences et de représentations collectives qui les font entrer dans le champ politique tant des collectivités que des Etats et des groupes d’Etats. Ainsi, la crise alimentaire mondiale, si elle résulte de la convergence de nombreux facteurs, est-elle mise sous tension par des phénomènes comme la longue sécheresse australienne, et par les inondations du nord des Etats-Unis au printemps 2008, ainsi que par la difficile mousson sur l’Asie rizicole en 2009.

S’il est toujours difficile d’attribuer telle ou telle occurrence météorologique au réchauffement global, l’ensemble formé par celles-ci et leur multiplication et intensification depuis une vingtaine d’années forme un nouveau paysage global des relations entre les sociétés humaines et leur contexte climatique, au point d’en faire une question de sécurité. Aussi, après que le modèle « thermo-industriel » ait fini par avoir un effet majeur sur le climat, une réaction politique s’organise, avec plus ou moins de difficulté, pour faire en sorte que la « cité » humaine puisse maintenir un contexte climatique qui demeure favorable à la pérennisation de la vie sociale et biologique des sociétés humaines. En d’autres termes, la politique, dans sa conception et dans son objet, est en train d’essayer de trouver un prolongement conscient dans le climat. Nous entrons ainsi dans l’ère de la climatopolitique, dont Copenhague sera le point nodal durant une semaine en décembre.

La climatopolitique, le développement durable et la sécurité climatique

La conférence de Copenhague sanctionne l’avènement d’une nouvelle forme de politique de puissance dont la relation à l’atmosphère est devenue est l’objet. Cette capacité d’action sur le climat par le biais de la réduction nationale des rejets de gaz à effet de serre installe une nouvelle forme de légitimité politique. De cette légitimité où la politique se prolonge dans le climat découle un renouvellement du statut de puissance internationale.

Ce basculement, où la puissance n’est plus seulement comprise en termes de capacité d’intervention militaire, économique et culturelle, mais aussi en termes d’intervention climatique implique un renversement profond dans le rapport entretenu par les Etats les uns avec les autres. En effet, les Etats les plus puissants et capitalisant le plus de légitimité sont désormais ceux capables d’imposer le mieux une transition importante vers une économie moins carbonée, au nom d’un objectif commun à l’ensemble de l’humanité : le non franchissement de la «  frontière climatique » que serait une augmentation moyenne de la température globale de deux degrés. En d’autres termes, le « vainqueur » climatopolitique est celui qui travaille le plus sur son territoire, sa société et sa population, afin de prévenir le risque global qu’est l’emballement du changement climatique. Ainsi, les annonces du gouvernement chinois concernant son intention de réduire l’intensité de ses émissions de gaz à effet de serre de 45% dans les quelques dizaines d’années à venir l’installent, pour l’instant, dans la fourchette élevée des Etats menant une climatopolitique active.

La mise en œuvre d’une réduction pérenne des émissions de gaz à effet de serre passe par l’implantation de politiques de développement durable ambitieuses. En effet, le développement durable est au croisement d’un idéal-type, celui d’une société moins carbonée retrouvant des équilibres nécessaires entre cohésion sociale et activité économique, les différentes dimensions de l’environnement, et la méthode permettant de tendre vers cet objectif. A ce titre, avec le « Grenelle de l’environnement » et la politique gouvernementale de développement durable, la France pourrait fort bien devenir une des puissances du vingt-et-unième siècle, en étant capable de combiner le travail de développement durable qu’elle effectue sur elle-même afin de contribuer à ne pas dépasser la « frontière climatique », tant pour elle que pour les autres Etats et sociétés. En effet, dans le cadre de la climatopolitique, plus un Etat est coopératif tout en travaillant sur ses situations nationales, plus il y gagne en légitimité et en influence internationale, en travaillant au bien commun. Ainsi, Barack Obama, dans son discours d’investiture du 20 janvier 2009, ne cesse de décliner la nécessité d’un renouvellement des bases énergétiques de la puissance américaine, dans un contexte international refondu autour de la lutte contre le réchauffement global.

L’émergence de la climatopolitique exprime aussi l’apparition de nouvelles préoccupations tenant à la relation entre sécurité et climat. La fonction fondatrice d’un Etat est sa capacité à protéger une société. Mais le réchauffement global fait peser une « méta menace » qui se traduit par la mise sous pression des vulnérabilités sociétales par le climat. Les cas ne cessent de se multiplier, que ce soient les sécheresses en Australie ou dans le Middle West américain, les vagues de chaleur ou les inondations géantes en Europe Centrale, les moussons irrégulières en Asie, les successions d’inondations et de sécheresses en Afrique, la multiplication des phénomènes extrêmes. Il en résulte d’ailleurs des modifications stratégiques, comme c’est le cas avec l’amplification de la fonte estivale de la banquise qui s’accompagne d’une militarisation rapide l’arctique par les Etats-Unis, la Russie et le Canada, car des ressources minérales inaccessibles jusqu’à présent peuvent désormais être atteintes…

Par ailleurs, les dégâts dus aux évènements climatiques extrêmes coûtent toujours plus chers, en termes humains, car près de 200 millions de personnes par an sont touchées par des désastres naturels, mais aussi infrastructurels et financiers. Selon Munich Re, l’année 2008 a couté près de 45 milliards de dollars aux assureurs, qui augmentent leurs taux en prévision de l’accentuation des dégâts dans les années à venir. Enfin, comme l’a montré le cas de la Nouvelle Orléans après « Katrina », se pose aussi la problématique du maintien de la cohésion sociale et de l’ordre public en cas de déstabilisation profonde d’un territoire par un évènement climatique. Puis, se pose celle de la résilience, de la relance et du développement de capacités d’anticipation et d’absorption des chocs par les territoires.Aussi, la sécurité climatique est-elle l’autre dimension de la climatopolitique, et croise-t-elle les définitions sociétales, territoriales, sécuritaires, économiques et politiques de la sécurité.

Nous sommes entrés dans un nouveau monde, difficile, mais sans doute beaucoup plus coopératif qu’il n’était possible de le penser, où légitimité politique, développement et sécurité sont sous-tendus par l’impératif commun de coopération, au-delà des tensions héritées du vingtième siècle.

 

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