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Sommet de Copenhague : quand le climat devient stratégique

Le leadership européen sur les enjeux climatiques s’étiole

14 décembre 2009

Yannick Jadot, député européen Europe Ecologie et membre de la délégation officielle du Parlement européen à la Conférence de Copenhague


Alors que s’ouvre le Sommet de Copenhague, l’espoir est enfin permis. Le Brésil, les Etats-Unis ou encore la Chine et l’Inde ont mis récemment certaines de leurs cartes sur la table de la négociation. La dynamique est enfin positive, et peut nous conduire à un accord acceptable pour le climat.

Certes, tous les pays devront être prêts à faire plus à Copenhague. Plus de réductions d’émissions de gaz à effet de serre tout d’abord pour les pays riches. Rappelons qu’ils doivent réduire collectivement leurs émissions entre 25 et 40% d’ici 2020 par rapport à 1990. Il est probable que la somme de leurs engagements ne les conduise pas, à Copenhague, à une action suffisante, d’où l’intérêt de ne pas les figer dans le marbre pour trop longtemps, et de les renégocier dans quelques années. Ensuite, plus de réductions d’émissions aussi chez les grands émergents, même si la somme des actions qu’ils proposeront pourrait d’ores et déjà les conduire à agir à hauteur de leur responsabilité, et en accord avec la science. Enfin, plus de soutien financier pour aider les pays en développement à faire face à la crise climatique. Là-dessus, les pays riches sont encore muets.

Comment s’inscrit l’Europe dans cette dynamique positive ? Malheureusement, elle semble rester enfermée dans sa tour d’ivoire. Son leadership sur le climat continue à s’étioler, que ce soit sur la question des réductions d’émissions ou sur celle de l’aide aux pays en développement.
Les réductions d’émissions tout d’abord. Effectivement les émissions européennes ont été réduites de plus de 10% depuis 1990… mais en grande partie grâce à l’effondrement économique des pays de l’Est après la chute du Mur. Deuxièmement, le paquet énergie climat adopté fin 2008 a sacralisé l’objectif européen de réduction des émissions de 20% d’ici à 2020 par rapport à 1990. Mais pas celui de 30%, quand les scientifiques et le Parlement européen recommandent 40%. 20% par rapport à 1990, c’est seulement 10% de moins par rapport à aujourd’hui ! A peine mieux que les engagements du Protocole de Kyoto. Certes l’Europe n’est pas, loin de là, le dernier de la classe. Mais malheureusement elle n’a pas réussi à se renouveler alors que le monde a profondément changé avec le retour des Américains sur la scène internationale, le retournement japonais ou les propositions ambitieuses de plusieurs grands pays émergents.

Pourquoi l’Europe n’avance-t-elle plus sur la question de la réduction de ses émissions ? Parce que répondre au défi climatique requiert de s’engager dans une véritable transition énergétique. De passer du pétrole, du gaz, du charbon ou de fausses solutions comme le nucléaire aux économies d’énergie et aux renouvelables. Le problème est que les dirigeants européens restent prisonniers de l’ancien modèle énergétique. Au mieux, ils sont prêts à modifier la répartition énergétique entre le gaz, le charbon, le pétrole et nucléaire. Mais ils ne croient fondamentalement pas dans les économies d’énergie et les renouvelables. Ils comprennent que c’est populaire mais n’y voient qu’une niche, un peu comme le bio. Cela ne fait pas partie de leur logiciel, de leur schéma de pensée, bien qu’il y ait des millions d’emplois nouveaux à la clef et une formidable opportunité pour réduire notre dépendance et nos factures énergétiques. Les dirigeants français, par exemple, sont trop attachés au modèle énergétique traditionnel représenté par des grandes entreprises comme EDF, Areva, Total, Renault ou Peugeot. Combiné à la faiblesse du lobby des énergies renouvelables par rapport à ces mastodontes, ou à la quasi inexistence du lobby des économies d’énergie, on comprend pourquoi on ne s’engage pas dans une véritable transition énergétique. Et c’est également les raisons pour lesquelles la directive votée en 2008 pour limiter les émissions des voitures est si faible - le plan de relance européen se focalise sur la capture et stockage du carbone, et aussi pourquoi l’engagement européen de réduction de 20% de la consommation d’énergie n’est pas juridiquement contraignant.

Qu’en est-il de la position de l’Europe sur l’aide financière aux pays en développement ? Le paquet énergie climat ne répondait pas à cette question fondamentale. L’Europe avait pourtant l’occasion de s’engager, de manière ferme, à consacrer une partie du revenu de la mise aux enchères des droits à polluer des industriels à l’aide aux pays en développement. En y consacrant au moins 30 milliards d’euros par an comme le demande le Parlement européen, elle aurait eu une position équitable. Elle a échoué. Et un an après, elle n’a toujours pas réussi à répondre à cette question malgré ses promesses répétées de le faire. La faute à la France, suivie par l’Allemagne, qui refuse de chiffrer le soutien européen et préfère utiliser la détresse comme arme de négociation. La faute à des tensions intra-européennes sur la question de la répartition de la facture.

Ces tensions intra-européennes sur le financement sont évidemment symptomatiques des tensions entre le Nord et le Sud au niveau mondial. Ce que demandent les pays de l’Est, c’est que l’effort financier européen soit réparti de manière équitable. Pour eux, cela veut dire répartir cet effort principalement en fonction du niveau de richesse de chaque pays. Leur demande est légitime : c’est ainsi qu’on s’est réparti l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre ou de développement des renouvelables dans le cadre du paquet énergie-climat ! C’est ainsi qu’on a résolu la question de la solidarité entre pays européens. Mais de grands pays de l’Ouest s’opposent à ce qu’on applique le même mécanisme de solidarité au niveau international. Ils souhaitent répartir l’effort financier surtout en fonction des niveaux d’émissions actuels ; afin de moins avoir à contribuer individuellement, et afin de réduire la contribution collective européenne. Pourquoi ce qui est équitable au sein de l’Europe ne le serait-il pas à l’extérieur ? Avec ce cynisme, l’Europe ne joue pas son rôle : être un laboratoire de résolution solidaire des problèmes internationaux.

Quel rôle la France joue-t-elle pour rendre à l’Europe ce leadership perdu ? Un rôle plus qu’ambigu. Nicolas Sarkozy essaye d’échapper à une actualité nationale morose en mettant en scène un match Obama-Sarkozy sur le climat. Mais il n’y a pas de tel match. Il y a, à la rigueur, un match Obama-Hun Jintao dont l’Europe est exclue, notamment à cause d’un activisme français solitaire, anti-communautaire, donc inefficace. A croire que cet activisme est destiné uniquement aux media nationaux. L’accord avec le président brésilien Lula a du mal à soulever les foules et pour cause : cet accord est vide, il n’offre aucune alternative crédible. Par sa stratégie solitaire, dans le mandat qu’elle donne aux négociateurs, dans les couloirs de Bruxelles, par le vote des députés UMP au Parlement européen, la France n’aide pas l’Europe à retrouver son leadership.

 

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