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Sommet de Copenhague : quand le climat devient stratégique

La France à l’avant-garde de la lutte contre le réchauffement climatique ?

14 décembre 2009

Sarah Lacarrière, chercheur à l’IRIS


L’Etat français apparaît mobilisé au plus haut niveau dans le cadre du sommet de Copenhague. Le plan justice-climat « pour le monde » présenté il y a trois semaines par le ministre de l’environnement, la position commune avec le Brésil affichée mi-novembre, la mini tournée de Nicolas Sarkozy en Amérique latine à une semaine du sommet, autant d’éléments qui sonnent comme une revendication affichée de leadership en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Cette posture volontariste se heurte à une marge de manœuvre contrainte par l’attitude de ses partenaires et à la traditionnelle épreuve du passage du discours aux actes.

Un agenda national plus vert

Cette volonté affichée à l’international est portée par une dynamique interne de prise en compte accrue des questions environnementales dans l’agenda politique national. Plan Climat en 2004, inscription de la Charte de l’environnement dans le préambule de la Constitution en 2005, campagne présidentielle en 2007 avec pour thème phare du candidat Sarkozy les enjeux environnementaux – appuyé par Nicolas Hulot, une personnalité appréciée des Français –, Grenelle de l’environnement en 2008, autant de signaux qui témoignent d’une dynamique nationale favorable à une mobilisation croissante sur le thème du réchauffement climatique. Ces initiatives, symboliques et réglementaires, accompagnent et encouragent le processus de sensibilisation de l’opinion publique. Les Français apparaissent mobilisés face à l’enjeu climatique : selon une récente étude de l’Ademe, deux tiers d’entre eux estiment qu’il faut modifier nos mode de vie pour limiter le réchauffement climatique. Cette prise de conscience, ou tout au moins tendance de sensibilisation croissante, s’est vérifiée à plusieurs reprises ces derniers années, produit de divers facteurs. La canicule de l’été 2003 a profondément marqué les esprits ; son intensité et sa durée dans le temps ont été présentées comme des conséquences du réchauffement de la planète. Les conclusions du GIEC en 2007 ont connu un écho assez large en France, renforcé par l’attribution du Prix Nobel à ce groupe de scientifiques et à Al Gore, dont le film a d’ailleurs également nourri cette dynamique de sensibilisation. Plus récemment, le film « Home » de Yann Arthus Bertrand a connu un véritable succès, et certains arguent d’ailleurs de son impact politique à quelques jours des élections européennes de juin 2009, qui a vu en France le succès de la liste Europe Ecologie. Nicolas Sarkozy a assorti son ministre de l’environnement du titre de ministre d’Etat, numéro deux du gouvernement, signal fort envoyé pour montrer son engagement sur le terrain environnemental qui a de fait acquis un poids plus important dans la vie politique française. Il est devenu un thème privilégié du président qui y voit un gage de popularité, et dès lors s’inscrit en messager de la cause verte dans les forums internationaux.

Une position volontariste sur la scène internationale

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » : ces mots de Jacques Chirac au sommet de Johannesburg en 2002 ont marqué les esprits, et d’autant plus dans le cadre d’un sommet de la Terre qui avait vocation à englober un large pan de problématiques internationales autour de l’enjeu de développement (réchauffement climatique certes, mais aussi les question de sécurité alimentaire, ou encore les enjeux sanitaires). Le président français avait fait de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité de son deuxième mandat. C’est donc en quelque sorte son héritage que défend aujourd’hui Nicolas Sarkozy. Depuis 2007, le chef de l’Etat français tient la même ligne politique. Au moment de la crise économique, dans les grands sommets internationaux, et notamment ceux du G20, Nicolas Sarkozy a fortement ponctué ses discours de l’idée de « relance verte », associant étroitement la question de la gouvernance économique mondiale à l’enjeu de refonte de nos systèmes de production – fondés sur des énergies fossiles aux cours volatiles – par une autre approche, plus propre, de nos modèles d’approvisionnement et de consommation énergétiques. La crise était ainsi présentée comme une opportunité de s’engager plus fermement dans la prise en compte du risque climatique.

Dans la négociation internationale, la France soutient activement la création d’une organisation mondiale de l’environnement (OME), idée déjà portée par le président Chirac et reprise par Nicolas Sarkozy. Celle-ci permettrait de disposer d’un système de suivi des multiples conventions internationales existantes en matière d’environnement au sein d’une même institution, considérée comme un tremplin pour négocier plus facilement sur des bases donnant-donnant. A la veille du sommet de Copenhague, on a vu les initiatives françaises se multiplier. Sarkozy veut s’afficher à l’avant-garde de ce projet. Sa stratégie est de se mettre le maximum de partenaires dans la poche. La France prend acte du fait que le climat est devenu un enjeu structurant dans la construction des alliances internationales. Ainsi le plan justice climat, qui met l’accent sur les mécanismes de compensation à l’égard des pays les plus vulnérables, est une façon de signifier son soutien aux pays en développement, et ainsi de se présenter comme un partenaire compréhensif et attentif. Plus encore, la position commune scellée mi-novembre avec le Brésil a d’une part permis à la France de se présenter à l’avant-poste de la lutte contre le réchauffement climatique – et la déforestation en particulier –, mais aussi d’autre part à renforcer une politique de rapprochement plus étroit avec le Brésil amorcée depuis le début de la présidence Sarkozy. En outre, le volte-face du président Obama qui a finalement annoncé qu’il se rendrait à Copenhague le dernier jour de la négociation aux côtés de ses homologues a été associé, entre autres, aux appels pressants du président français à l’égard du président américain.

Limites de l’exercice de leadership

Ainsi on le voit, et plus encore ces dernières semaines, la France entend jouer dans le cadre de la négociation climatique un rôle d’intermédiaire, de médiateur, de facilitateur. Cette posture est d’autant plus crédible qu’elle n’est pas un gros pollueur : ses émissions sont faibles par rapport au reste des pays industrialisés, ce qui tient à une production d’électricité qui repose essentiellement sur l’énergie nucléaire – point contestable et contesté mais c’est un autre débat. Ainsi dans la négociation, elle peut se présenter comme un bon élève, respectueux de ses engagements. Le niveau de ses émissions a été ramené à celui de 1990 au milieu de la décennie des années 2000, ce qui permet de militer sans hypocrisie pour des objectifs chiffrés contraignants plus importants pour les pays industrialisés. Toutefois l’exercice a ses limites. Si la France peut faire valoir son modèle énergétique peu émetteur, elle n’est pas encore en pointe en matière d’adaptation, et notamment de recours aux énergies propres (elle n’atteint pas les 10% d’énergies renouvelables qu’elle ambitionne depuis 2004), en particulier dans les transports, et plus encore dans l’habitat. Outre cet aspect qui n’est peut-être qu’affaire de temps, la France est tenue de tenir compte de ses partenaires européens dans le cadre de la négociation internationale. Et à cet égard, le plan justice-climat, « sorti du chapeau » à quelques semaines de l’ouverture du sommet, a été critiqué pour son occurrence sans concertation avec les autres pays européens. Et ceci a de fait jeté un froid sur la volonté de la France d’être leader de la question à l’échelle européenne, ce qu’elle avait manifesté en faisant adopter non sans difficulté le plan énergie-climat de l’UE sous présidence française en décembre 2008. Ainsi le plan justice-climat a été critiqué pour sa promotion franco-française alors que l’Union européenne est engagée en tant que telle dans le processus onusien. Cette initiative de cavalier seul a donc été reçue avec amertume par les partenaires européens, et ce plus encore du fait d’un décalage apparent entre ce qui est préconisé dans ce plan et les positions défendues par les négociateurs français à Bruxelles ou dans le cadre de la convention climat.

Quoi qu’il en soit, pour les mois à venir et la poursuite de la négociation, la France est désormais tenue par cette posture volontariste affichée de manière forte ces dernières semaines. Si les discours ne sont pas suivis de mesures concrètes, inscrites dans la durée, alors la France se décrédibilisera aux yeux du monde pour avoir affiché de manière ostentatoire sa revendication de leadership sur la question. Il va notamment falloir payer la facture, la dette climatique, et engager des sommes importantes dans les mesures de financement de l’adaptation des pays les plus vulnérables, ce qui constitue un point clé des discussions qui se tiennent à Copenhague. C’est donc en particulier sur ce point que la France sera jugée pour son passage de la rhétorique à l’action.

 

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