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Sommet de Copenhague : quand le climat devient stratégique

« Les pays industrialisés doivent s’engager plus fermement »

14 décembre 2009

Entretien avec Karine Gavand, chargée de campagne Climat chez Greenpeace


Quelles sont les conditions d’un accord efficace et équitable à Copenhague ?

Un accord équitable consisterait avant tout en une mise en œuvre stricte du principe de responsabilité commune mais différenciée, et en cela les pays industrialisés doivent s’engager plus fermement. Car si on se penche sur les chiffres des émissions par habitant, on constate que le mode de vie à l’occidentale est responsable de la croissance des courbes : un américain émet en moyenne 20 tonnes de CO2, un Européen 10 tonnes, un Chinois 4 tonnes, un Indien 1,5 tonne. Ces différences doivent se traduire dans les objectifs de réduction des GES et dans l’échelle de mesure de ces objectifs. Pour les pays industrialisés il faut des objectifs en termes absolus. Pour les pays en développement, et notamment les émergents, on préconise une approche de calcul des objectifs non pas en termes absolus, mais en termes de déviation de la courbe de croissance des émissions, tout au moins pour la prochaine période d’engagement. Il faut ensuite des transferts de technologie et des transferts de fonds. L’argent doit servir au soutien aux pays en développement pour réduire leurs émissions et adapter leur processus de développement à des modèles énergétiques sobres en carbone. L’accès aux services énergétiques est vital pour les pays en développement, ne serait-ce que pour développer l’accès à la santé et l’accès à l’éducation, et cela doit se faire avec des technologies qui ne nuisent pas au climat.

Pour qu’il soit efficace, il faut obtenir un accord contraignant à échelle multilatérale. Nous défendons plutôt l’idée de deux protocoles pour s’assurer de ne pas perdre les acquis de Kyoto. Ce n’est pas une opposition de principe, mais cela tient à une crainte qu’un transfert de tous les éléments acquis via les mécanismes de Kyoto dans un nouveau protocole nuise à la teneur de l’accord final, en particulier à cause des Etats-Unis qui ne sont pas en faveur de cet accord multilatéral contraignant et préconisent des mécanismes d’observance et de vérification à échelon national, alors que cela aurait pour effet qu’aucune garantie ne soit appliquée pour vérifier si les Etats respectent leurs engagements. Etant donnée la position américaine, l’idée serait plutôt de maintenir les acquis de Kyoto avec un mécanisme d’amendement au protocole pour engager tous les pays contraints par celui-ci sur une prochaine période d’engagement. Et le deuxième protocole viserait à mettre en place un jeu coopératif parallèle, où il faudrait entre autres intégrer toute la question des financements pour les pays en développement.

L’attitude des pays industrialisés est-elle à la hauteur de leurs responsabilités ?

Les pays industrialisés sont responsables des trois quarts des émissions de GES qui stagnent aujourd’hui dans l’atmosphère. Ce décalage par rapport aux pays en développement crée une forte injustice, d’autant plus que ce sont ces derniers qui sont les plus vulnérables aux effets du dérèglement climatique, en particulier l’Afrique et les petits Etats insulaires. Les pays développés ont une « dette climatique » à l’égard des pays en développement. Or il apparaît qu’ils prennent du temps à prendre des mesures nécessaires pour lutter contre ce phénomène qui a pourtant été mis en lumière il y a des années. Quand on cumule les engagements des pays industrialisés sur la table à Copenhague, on obtient une réduction de 10 à 17% de réduction des émissions mondiales d’ici à 2020 alors que le GIEC recommandait en 2007 des réductions de 25 à 40% pour ces pays.

Les Etats-Unis en particulier n’ont pas une attitude constructive. Les chiffres qu’ils viennent d’annoncer ne sont pas nouveaux, ils correspondent aux propositions actuellement en débat au Congrès américain, soit une réduction de 10 à 17% de leurs émissions d’ici à 2020 par rapport à 2005. Pour le protocole de Kyoto, la référence est l’année 1990, or si on rapporte la proposition américaine aux chiffres de 1990, alors la réduction est ramenée à 4%, ce qui est en-deçà de ce que l’on peut attendre d’un des plus gros pollueurs de la planète. Pour les Américains, le choix de 2005 montre qu’ils ne sont pas prêts à accepter l’héritage des huit années d’obscurantisme en matière climatique de la période Bush au cours desquels les émissions américaines ont augmenté. Mais du coup pour rattraper leur retard, ils devraient s’engager sur des chiffres plus importants.

Les Européens ne sont pas si volontaristes que cela. Ils ont proposé une réduction de 20% de manière unilatérale, et de 30% dans l’hypothèse d’un accord international satisfaisant à Copenhague. On est quoi qu’il en soit dans le bas de la fourchette des recommandations du GIEC en 2007, alors même que ces prévisions apparaissent aujourd’hui dépassées car sous-estimées. De plus, l’objectif européen de réduction de 20% est en fait presque acquis mécaniquement. On est aujourd’hui à mi-parcours, soit 10%de réduction par rapport à 1990. Or compte tenu des politiques climatiques déjà en place, compte tenu de la récession économique qui va contribuer à réduire les émissions de GES, compte tenu du fait qu’il y a beaucoup de mécanismes de compensation dans les pays tiers ce qui veut dire qu’on peut compenser les objectifs de réduction des émissions de GES qu’on devait faire en Europe en finançant des projets dans des pays tiers, et compte tenu du fait qu’on a pleins de surplus de permis à polluer hérités de la période Kyoto (dû notamment à l’effondrement de l’économie de l’Est), l’Europe peut aller à son objectif de 20% de réduction sans faire d’effort supplémentaire. Ce qui veut dire qu’elle peut et qu’elle doit faire plus. Ce que propose de faire l’Europe d’ici à 2020 équivaut à ce que propose de faire les Etats-Unis dans la même période. Elle se repose vraiment sur ses lauriers et sur ses acquis de la précédente période, et sur tous les échappatoires prévus par les mécanismes mis en place au niveau européen (externaliser les efforts dans des pays tiers, profiter des surplus de la période précédente, etc.)

Que pensez-vous du plan justice-climat présenté par le ministre français de l’environnement à quelques semaines du sommet ?

Ce plan sonne comme une initiative très personnelle du ministre de l’environnement, dont on voit mal comment elle s’intègre dans le processus de négociation internationale, et dans quelle mesure elle peut l’influencer. Si cette initiative n’est pas soutenue par d’autres pays européens, elle ne pourra pas apporter grand-chose car l’Europe doit s’exprimer d’une seule voix. De plus, cette initiative n’est pas forcément constructive car il y a beaucoup de propositions qui apparaissent en décalage avec les positions que défend la délégation française que ce soit à Bruxelles ou au cours des conférences préparatoires de Copenhague. On a ainsi un sentiment de dispersion de la position française. Par exemple, sur la déforestation, il y avait eu un consensus trouvé au sein de l’Union européenne l’année dernière, sous présidence française, qui évoque un objectif de réduction de moitié la déforestation tropicale d’ici à 2020. Ce que propose le plan Borloo, c’est de réduire de moitié la déforestation dans les 30 ans qui viennent, donc d’ici à 2040, soit 20 ans de plus que la proposition avancée dans le cadre européen ! On a entendu récemment à Manaus Nicolas Sarkozy parler de réduction de moitié de la déforestation d’ici à 2020, donc il est resté sur la position européenne. Tout cela est un peu flou. De même pour la proposition d’une contribution climat-énergie universel : il s’agit d’une proposition fortement soutenue par les associations mais tuée politiquement depuis des mois par certains gouvernements et notamment la France qui ne l’avait auparavant jamais soutenue dans la négociation. De même pour la proposition de taxe sur le fret maritime et aérien qui n’est pas formulée de la même manière dans le plan Borloo et dans les négociations en vue de Copenhague. La proposition d’une taxe de 0,01% sur les transactions financières est un peu tardive et on peut douter de sa capacité à être opérationnelle là dans les temps.

Comment se mobilise la société civile et les opinions publiques ?

On a toujours eu du mal à faire descendre les gens dans la rue sur la problématique du réchauffement climatique. C’est un enjeu qui paraît lointain, à la fois dans le temps et dans l’espace : on parle d’augmentation du niveau des mers à l’horizon 2100, on parle souvent d’impact sur les pays africains sans évoquer les menaces qui pèsent sur notre pays. D’ailleurs nous avons cette année organisé une campagne d’information sur l’impact du réchauffement climatique sur les vignobles français pour essayer de rapprocher les gens du combat. Après tout, il s’agit de la pire nouvelle que l’on puisse annoncer à l’humanité qu’elle est en train de se détruire. Mais les gens ont tendance à se refermer sur eux-mêmes.

Toutefois il y a de véritables moments d’effervescence autour du climat, qui tiennent aux grands rendez-vous internationaux (Copenhague), aux règlementations qui tendent à se développer (Paquet énergie climat à Bruxelles, Grenelle de l’environnement en France) mais surtout aux impacts des dérèglements climatiques qui sont de plus en plus perceptibles (canicule en France en 2003, évènements climatiques extrêmes comme Katrina dont on sait qu’ils vont se répercuter de manière toujours plus violente et toujours plus fréquente à cause du réchauffement climatique). Cela participe à cette prise de conscience générale. On sent qu’il y a une vraie mobilisation et envie d’agir, à la fois à l’échelle individuelle mais aussi pour essayer de faire passer un message aux politiques.

Nous disposons de divers outils inter associatifs, qui seront particulièrement actifs tout au long des deux semaines de négociation à Copenhague. Il est notamment prévu de publier au jour le jour un journal pour rendre compte de l’avancée des négociations, intitulé Eco, rédigé pendant la nuit par des bénévoles et volontaires de toutes les ONG impliquées. Nous avons sur place des rendez-vous quotidiens prévus avec tous les délégués du Climate Action Network pour partager les informations récupérées dans les couloirs, des points de vue sur l’évolution de la négociation. Greenpeace et toutes les ONG engagées dans le processus de négociation internationale seront mobilisées à Copenhague.

Lien ultimatum climatique : http://www.copenhague-2009.com/

 

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