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Sommet de Copenhague : quand le climat devient stratégique

Regards sur le sommet de Copenhague

14 décembre 2009

Entretien avec Dominique Voynet, Maire de Montreuil, Sénatrice de Seine-Saint-Denis, ancien Ministre de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire


Quelles sont les limites de la gouvernance mondiale en matière d’enjeux environnementaux ?

Il n’y a pas de cadre institutionnel unifié en matière d’environnement, à l’image du travail (OIT) ou du commerce (OMC). Il y a donc un défaut de vision globale et une dispersion de la négociation internationale sur les enjeux environnementaux, ce qui est néfaste pour une gestion optimale des multiples questions que cela recouvre. Une organisation internationale de l’environnement permettrait de corréler la multiplicité des conventions existantes, qui seraient examinées tour à tour. L’idée n’est pas forcément d’avoir un accord global porté par l’organisation mondiale de l’environnement qui embrasserait toutes les thématiques environnementales, mais tout au moins un lieu unique ne serait-ce que pour avoir une négociation équilibrée avec l’OMC, afin que les questions environnementales ne soient pas traitées comme des avatars ou des sous-produits de la négociation commerciale. De plus, cela faciliterait une logique donnant-donnant sur les différents textes et conventions : un Etat qui fait un effort particulier sur une thématique qui bouleverse ses habitudes et le comportements de ses acteurs économiques pourrait ainsi éventuellement avoir des contreparties sur un autre texte. C’est d’ailleurs ce qui se passe par exemple au niveau communautaire, où on a souvent des négociations de ce type. Il y a des négociations de différentes natures. Chacun son tour, selon les thématiques abordées (protection de la couche d’ozone, gestion de la biodiversité, trafic des animaux protégés, trafic des déchets dangereux, etc.) est tour à tour victime et responsable. D’où l’idée d’un cadre unique permettant de disposer de davantage de marge de négociation.

Que pensez-vous de l’attitude des Etats-Unis dans la négociation sur le climat ?

L’objectif annoncé par Obama est très faible, largement insuffisant si on le rapporte aux niveaux de 1990, mais c’est psychologiquement bien joué pour donner des gages de bonne volonté. Quoi qu’il en soit, je trouve qu’on se sert de l’attitude des Etats-Unis de façon indécente. En effet, au motif que les Etats-Unis ont refusé de ratifier le protocole de Kyoto et qu’ils refusent de prendre des engagements dans un cadre multilatéral, d’autres ont ainsi justifié leurs hésitations et leurs ambiguïtés. Les Européens ont montré du doigt le grand satan américain, sans véritablement prendre la mesure de ce qui se passait outre-atlantique. Beaucoup de villes et d’Etats fédérés américains ont pris des dispositions importantes, et même l’Etat fédéral a fait beaucoup au travers d’un financement conséquent de programmes de recherche fédérale et de développement des technologies, ce qui à terme leur confèrera un important avantage technologique. Dans un certain nombre de domaines, les panneaux solaires par exemple, les Américains développent de solides capacités techniques, et le risque est qu’ils imposent leurs standards, d’autant plus qu’ils ont une très grande marge de progression en matière de technologies vertes.

L’Union européenne est-elle l’acteur vertueux de la négociation ?

Incontestablement à Kyoto l’Europe a joué un rôle important. A l’époque, les Etats-Unis voulaient bien participer à la négociation mais affirmaient ne vouloir prendre aucun engagement ferme. De plus, les pays producteurs de pétrole, l’Arabie saoudite en tête, faisaient tout pour qu’il n’y ait pas de décisions contraignantes qui puissent impacter sur leurs ventes. De fait, l’Europe apparaissait comme le seul acteur, historiquement gros émetteur, prêt à assumer ses responsabilités, y compris par des politiques nationales et pas seulement par des mécanismes de droits à polluer. Elle apparaissait aussi comme l’acteur capable de financer les pays du Sud, prêt à transférer les meilleures technologies disponibles. Mais si l’Europe a respecté peu ou prou ses engagements, c’est dans un contexte de crise et de stagnation économique à la fin des années 90’s. Et elle n’a pas cherché à s’engager par la suite de manière plus volontariste. L’Allemagne en particulier a tenu ses engagements grâce au démantèlement des industries est-allemandes.

Que doit-on attendre des pays émergents ?

La liste des pays dits de l’Annexe I – ceux qui doivent s’engager à des objectifs chiffrés de réduction de leurs émissions - n’a aucun sens aujourd’hui. En effet, certains pays peu émetteurs par habitant - parce qu’ils sont très peuplés - sont dorénavant des acteurs économiques qui ont les moyens d’anticiper et de prendre des mesures qui permettraient de limiter leurs émissions. Ainsi de la Chine, qui a aujourd’hui les moyens de mieux faire. La grande habilité des émergents a été de se faire le porte-parole de fait du G77, groupe des pays en voie de développement, qui est en fait très hétérogène. Il faudrait donc décliner pour les émergents, et au cas par cas, le principe de responsabilité commune mais différenciée.

Avez-vous le sentiment d’une mobilisation croissante sur les enjeux environnementaux, et l’enjeu climatique en particulier ?

On voit bien ces jours-ci, alors que la conférence commence à peine pour une durée de deux semaines, que l’effet médiatique s’exprime de façon très forte. La mobilisation n’est pas tant croissante, que cyclique, au gré des RDV médiatiques. Pareil pour la mobilisation au sommet des Etats. Or tous les grands partenaires de la négociation ont donné jusqu’à ces dernières semaines l’impression de ne pas voir l’échéance arriver et ont laissé les négociateurs pinailler et discuter en boucle sur des aspects secondaires depuis Bali. On a l’impression que chacun a sous-estimé l’importance de l’échéance de Copenhague pendant des mois et que soudain tout le monde se réveille. Ainsi on a des effets de loupe et on met l’accent tour à tour sur des sujets qui font l’actualité, aujourd’hui Copenhague, hier le procès Erika, etc. A chaque fois on s’alarme, on s’indigne, sans que l’intérêt s’inscrive dans le temps et produise des résultats tangibles en termes de prévention. Ainsi, il y a un grand fossé entre ce que les Etats se disent prêts à faire quand les feux de l’actualité attirent l’attention sur un grand dossier, et ce qu’ils font vraiment quand les médias sont passés à autre chose. De fait le risque est que dans le cas de Copenhague également on ait d’importants effets d’annonce, comme on l’a vu ces derniers jours, mais à terme un non respect des engagements pris.

Irez-vous à Copenhague ?

Je connais bien la façon dont fonctionnent ces rendez-vous internationaux : des milliers de gens sont mobilisés, négociateurs, députés, journalistes, militants associatifs. Il y a énormément de manifestations organisées autour de l’événement pour interpeller les dirigeants. Dès qu’un négociateur sort d’une réunion de travail, tout le monde le questionne, puis commente, et distribue ensuite les baffes et les bons points. Mais bien que ce soit important pour mobiliser l’opinion publique mondiale, cela n’a aucune influence sur la marche des négociations. Alors pour ma part, même si j’y ai été invitée dans le cadre de mes fonctions de maire, je ne compte pas y aller. Cela étonne les gens, alors que pourtant l’écobilan d’un tel déplacement rapporté à la valeur ajoutée dans la négociation serait extravagant.

 

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