Accueil du site > Toutes les rubriques > Analyse du jour > La Guinée après la tentative d’assassinat de Dadis Camara
Par Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS
La Guinée a connu deux dictateurs depuis son indépendance, Sekou Touré et Lansina Conté. Celui-ci est décédé le 22 décembre 2008 après une longue maladie qui l’avait affaibli mais qui n’avait pas réduit son pouvoir, s’appuyant sur l’armée et son clan pour verrouiller la vie politique. Il appartenait à l’ethnie minoritaire Sassou. Le général Conté a laissé l’économie du pays exsangue et n’a pu la redresser après les années de socialisme de Sekou Touré. Pays disposant des 2/3 des ressources de bauxite du monde, d’importants gisements de fer, d’or et de diamant, de perspectives en terme de ressources pétrolières, la Guinée a un des taux de corruption et un des niveaux de pauvreté les plus élevés du monde alors que la jeunesse n’a pas de perspectives.
Les liens avec les réseaux de drogue sont avérés et dénoncés par Crisis Group. Le président de l’Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, avait demandé lors du décès de Lansina Conté l’application de l’article 34 de la constitution le désignant chef d’Etat par intérim. Mais la junte militaire a pris le pouvoir immédiatement après l’annonce du décès avec une relative passivité de la population.
Le capitaine Moussa Camara du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) avait alors déclaré vouloir lutter contre la corruption et redresser l’économie. Il s’était engagé à organiser des élections sans se porter candidat. Il a en fait confisqué le pouvoir. Le 28 septembre 2009, lors d’une manifestation contre la candidature de Camara aux élections présidentielles, l’armée a tiré sur la foule non armée et fait plus de 140 morts officiellement. La Guinée a alors été mise aux bancs de la communauté internationale. Le Secrétaire général des Nations unies a ainsi mandaté une commission d’enquête sur les massacres de septembre. Le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, a été désigné comme médiateur par la CEDEAO, chargé de parvenir à un accord entre les différentes parties. Le compromis proposé, et mal accepté par l’opposition, prévoyait que Dadis Camara demeure président de la transition et qu’il puisse se présenter aux élections présidentielles en 2010 ; en revanche, le Premier ministre devait être issu des Forces vives (parti dans l’opposition).
Le 10 octobre, un contrat estimé à 7 milliards $ était signé avec la Chine et un consortium entre le groupe guinéen ADC (25% du capital) et le groupe chinois CIF (China international Fund) dans les mines, notamment la bauxite et la prospection pétrolière, était constitué. Le régime a-t-il ainsi reçu un appui de la Chine trouvant de cette manière une fenêtre de tir ou ce contrat n’est-il qu’une coïncidence de calendrier ?
Le 3 décembre dernier, Dadis Camara dont les jours ne semblent pas en danger a fait l’objet d’une tentative d’assassinat par son aide de camp Toumba Diakite. Celui-ci est accusé d’être responsable des tueries du 28 septembre et proche des narcotrafiquants. Les rumeurs sont nombreuses face à cette tentative d’assassinat analysée par beaucoup comme une nouvelle tentative de coup d’Etat. La France a ainsi été accusée sans preuve d’avoir participé à ce coup d’Etat.
Le futur de la Guinée dépend d’une issue civile ou militaire à la crise et du rôle que peuvent jouer les instances régionales et internationales pour parvenir à une solution négociée. L’armée qui détient le pouvoir est divisée. Certains militaires sont très liés aux narcotrafiquants alors que d’autres veulent nettoyer les écuries d’Augias. L’opposition a peu de moyens face au pouvoir des militaires. Composée de syndicats, de membres de la société civile, d’associations et des Eglises, ses moyens d’action se limitent à la réalisation d’opérations « villes mortes » et à l’organisation de manifestations dans les rues. Les deux principales figures de l’opposition sont Sidya Touré (Premier ministre sous Lansana Conté de 1996 à 1999 et président depuis 2000 de l’Union des forces républicaines, parti libéral crée en 1992), et Cellou Dalen Diallo, ancien Premier ministre (de 2004 à 2006) et président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG).
L’issue de la crise politique interne en Guinée demeure ainsi très incertaine. Les enjeux de stabilité de la Guinée sont également fortement stratégiques pour les pays voisins, dans une région encore très vulnérable. Le risque de contagion régionale d’une guerre civile serait en effet grand avec le rôle des réfugiés et les relations transfrontalières existantes (Guinée Bissau, Côte d’Ivoire, Liberia, Mali, Sénégal, Sierra Leone).
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