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Par Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’IRIS
A l’annonce de la rencontre entre le Dalaï Lama et le Président Obama, la Chine avait multiplié les déclarations très dures qui, venant après celles suscitées par l’annonce de la vente d’armes à Taïwan, semblaient annoncer de lourdes mesures de rétorsion. La plus immédiatement démonstrative des sanctions aurait été l’annulation de l’escale à Hong Kong du porte-avions Nimitz et de ses quatre navires d’escorte. Cette mesure avait d’ailleurs déjà été utilisée lors de la rencontre entre GW Bush et le Dalaï Lama en 2007. Elle a finalement été autorisée et la seule marque d’insatisfaction semble avoir été l’absence des invités officiels chinois au coquetèle d’arrivée. Une annulation aurait été très mal perçue par la population de Hong Kong, pour qui l’arrivée de 5000 marins ayant passé plusieurs mois en opération est une manne.
On imagine mal la Chine laisser faire. Pourtant, il ne semble pas y avoir, pour l’instant, de signes forts. L’ambassadeur Huntsman a été convoqué et sermonné, mais c’est habituel. Les mesures annoncées contre les entreprises américaines tardent à se manifester. Il y a bien eu en décembre des ventes massives de bons du Trésor, dont la Chine n’est officiellement plus la première détentrice, ayant été remplacée dans cette position par le Japon. Toutefois, le produit de ces ventes aurait été réinvesti dans des placements en eurodollars, qui ont aussi pour vocation de soutenir le niveau du billet vert.
Les raisons de cette apparente résignation sont multiples. Il y a tout d’abord une partie strictement conjoncturelle, liée au Nouvel An chinois. La période, sorte de "trêve des confiseurs", n’est pas propice aux annonces négatives et c’est aussi une époque où la population chinoise, qu’il faut obligatoirement associer à d’éventuelles mesures, n’est pas réceptive. On peut aussi penser que les cercles dirigeants ont été surpris par la soudaine dureté américaine et qu’ils peinent à prendre des décisions. Celles-ci doivent être collégiales et l’unanimité doit être difficile à trouver sur le sujet. On est aussi dans une phase de politique de la main tendue à Taïwan, qu’il ne faut pas rejeter vers Washington. Enfin, et surtout sans doute, le poids de l’interdépendance économique et financière entre les deux nations est encore une fois démontré et Pékin aurait beaucoup à perdre dans une chute du dollar.
Washington a aussi des moyens de contre attaquer. Si les cyberattaques (qui n’ont pas touchées que Google) ont eu un impact, les Etats Unis ont aussi de solides capacités dans ce domaine où la Chine est très vulnérable. L’Empire du Milieu est peut être aussi dans une position de faiblesse économique plus importante qu’il n’y paraît. Il a longtemps fait figure d’exemple dans la sortie de crise, mais les injections de liquidités ont eu pour résultat de regonfler la bulle immobilière. Les banques ont d’ailleurs reçu l’ordre d’augmenter leurs réserves propres et de diminuer les octrois de crédits.
On saura à court terme quelle est la ligne choisie par Pékin. Aucun des sujets de griefs n’ayant disparu, il est certain que les relations demeureront tendues. Les discours demeureront certainement très fermes, voire outranciers, mais l’important est dans les mesures qui seront réellement prises. Au delà des problèmes bilatéraux, les implications internationales auront un grand poids. Ainsi, la question iranienne pourrait avoir une influence importante sur le positionnement du curseur, car la coopération chinoise est souhaitée par beaucoup d’autres pays que les Etats Unis.
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