Accueil du site > Toutes les rubriques > Libre cours > Italie : Berlusconi renforce son pouvoir grâce à la Ligue du Nord
Par Giorgia Castagnoli, journaliste *
Les élections régionales et administratives italiennes qui se sont déroulées dimanche et lundi ont une fois de plus déjoué les pronostics des observateurs étrangers : une majorité prédisait une lourde défaite au Cavaliere. Il n’en a rien été ... La gauche perd ainsi quatre régions au profit de la droite, et en particulier de la Ligue du Nord, parti xénophobe défendant le projet d’une Italie fédérale, et allié de Berlusconi. Quels enseignements peut-on tirer de ces élections ? L’échiquier politique italien est-il modifié ?

Peut-on parler véritablement de campagne ? Tout a été fait en tout cas pour qu’il n’y en ait pas et la responsabilité en incombe principalement au Cavaliere, qui a joué de son influence pour empêcher le débat que l’on était en droit d’attendre d’un tel événement. La gauche est également fautive car elle s’est laissée entraîner dans le jeu de Berlusconi en axant sa campagne sur « No Berlusconi ». Les week-ends précédents les élections ont été marqués par plusieurs manifestations, organisées aussi bien par la droite que par la gauche, avec pour thème principal "Berlusconi", les thèmes d’actualité comme la crise économique, le manque de justice sociale étant occultés. La dernière, qui s’est déroulée le 20 mars, a vu près de 200 000 personnes venir afficher leur soutien au Cavaliere qui a déclaré à cette occasion que « si l’opposition l’emportait, l’Italie deviendrait moins libre ». Selon plusieurs politologues, cette démonstration de force était le reflet de l’inquiétude de Berlusconi et de son entourage des performances du PDL (Popolo della libertà).
Par ailleurs, les émissions politiques qui permettent en général de connaître les responsables de partis ainsi que leur programme ont été interdites durant la campagne électorale sur ordre du Conseil d’administration de la RAI, la majorité de ses membres étant proches du gouvernement. La scène médiatique télévisuelle n’ a offert aucune véritable place au débat de fond, les talk shows politiques animés par des journalistes importants, comme Santoro, Floris et Vespa n’étant autorisés à reprendre qu’après les élections. La raison officielle a été la défense de la « par condicio », soit l’obligation -rarement respectée- de donner exactement le même espace médiatique à chaque parti politique. C’est donc Internet qui a pris le relais en organisant un véritable débat, notamment avec l’émission « Mentana Condicio », où plusieurs politiques ont été interviewés.
Les « gaffes » et « scandales » ont aussi à leur façon occulté un débat nécessaire. La candidate du PDL pour le Latium aremis en retard les documents nécessaires à son investiture. Le gouvernement a alors été confronté à un dilemme : respecter à la lettre la loi et ainsi laisser la gauche gagner sans combattre ou bien contourner la loi pour mettre coûte que coûte un candidat de droite. C’est cette deuxième solution qui a été retenue lors de la réunion du Conseil des Ministres dans la nuit du vendredi 5 mars : un décret loi « sauve-listes » a ainsi été adopté pour garantir « l’interprétation authentique des dispositions du processus électoral » au nom du pluralisme. Des voix à gauche se font faites entendre au sujet de la constitutionnalité d’une telle mesure ; néanmoins, celle-ci a été approuvée par le président Napoletano, garant du respect de la constitutionnalité des lois.
Dans un autre registre, la gauche a dû faire face à deux scandales : l’ancien président de région Piero Marrazzo a démissionné suite à la révélation d’une affaire, où se mêlent drogue et sexe avec un transexuel, ce qui a gêné tout particulièrement une partie de l’électorat. Dans une moindre mesure, le PD a opté pour un choix risqué en plaçant Emma Bonino, icône historique du parti radical et militante pour le droit à l’avortement, dans le Latium, région à forte empreinte catholique, où le Vatican, jamais de façon directe, s’est employé à rappeler le droit à la vie pour tous, semant le doute chez les catholiques de gauche.
Face à ces « couacs », la candidature de l’humoriste protestataire Beppe Grillo avec son parti Movimento a 5 stelle (à 5 étoiles) ne paraît guère surprenante. Elle semble témoigner toutefois d’une incapacité de la classe politique « classique » à établir un lien de confiance et de projet avec le peuple, qui préfère se fier à un homme non issu du sérail mais qui « parle vrai ». Ses propositions sont concrètes, comme l’abolition des privilèges parlementaires, inspirées des principes de la démocratie participative et engagées pour la protection de la planète. C’est l’image d’une gauche jeune et protestataire qui ne se reconnaît pas dans le PD de Bersani.
Avant l’arrivée de l’heure d’été, la gauche détenait encore 11 des 13 régions qui étaient soumises au vote (l’Italie comporte 20 régions). Lundi soir, la « vague rouge » n’a pas déferlé sur l’Italie. Au contraire, la droite, bien que dite affaiblie, a ravi 4 régions à son adversaire. La répartition est donc : 7 régions à gauche (Ligurie, Emilie-Romagne, Toscane, Marches, Ombrie, Pouilles, Basilicate) et 6 à droite (Lombardie, Vénétie, Piémont, Campanie, Calabre, Latium). Ce qui devait se présenter pour Bersani, leader du PD (centre-gauche) comme un « changement de route » par rapport à l’immense pouvoir du Cavaliere en Italie, s’est révélé plutôt comme un nouveau plébiscite. Appelé pour l’occasion le « huitième roi » (faisant suite aux 7 rois légendaires de Rome), Berlusconi confirme ainsi son succès, même en temps de forte crise économique.
Cependant, sa victoire est étroitement liée aux très bons scores de la Ligue du Nord, dirigée par Umberto Bossi, qui profitera, sans aucun doute, de son poids électoral pour peser sur les décisions du gouvernement. La mise en place du programme de la Ligue du Nord, raciste et fédéraliste au niveau fiscal notamment (refus du Nord de payer pour le Sud, jugé peu travailleur...), ne se fera pas sans embûches. Il convient de souligner enfin le fort taux d’abstention, qui s’élève à 35,8%, les électeurs ne s’étant pas mobilisés pour des élections, où le combat des personnes a primé sur celui des idées.
Les résultats dans le Latium et le Piémont nous donnent une grille de lecture intéressante des rapports de force désormais en action. Le Latium détient le record d’abstention, avec une baisse de 12 % par rapport aux élection régionales de 2005. Le duel serré entre Emma Bonino (centre-gauche) et Renata Polverini (centre-droite) s’est conclu avec la victoire de cette dernière (51, 14% contre 48,32%). En larmes à l’annonce de sa victoire, elle a déclaré : « c’est la démonstration que personne ne peut se mettre contre la volonté populaire ». Le consensus du peuple est notamment le leitmotiv de la politique de Silvio Berlusconi, qui rêve d’une république présidentielle à la française et est décidé à changer la constitution du 1948.
Dans la région où réside Fiat, le Piémont, le candidat de la Ligue Roberto Cota, a gagné avec un marge encore plus faible : 47, 32% contre 46, 90% pour Mercedes Bresso. La Ligue est très bien implantée sur le territoire, et se présente comme un parti populaire. Ses slogans contre les immigrés qui font recette grâce à un climat de terreur instrumentalisé par les médias, ont une forte prise sur les travailleurs. Il y a quelques années encore, Umberto Bossi, à qui le nouvel élu Cota a dédié sa victoire, prêchait la sécession, urinait sur le drapeau et dénonçait la ‘Rome voleuse’ ; maintenant, il est le plus fidèle allié du Premier ministre. La victoire de la Ligue aux élections aura donc de profondes répercussions sur la politique générale du pays, car l’influence de Bossi dans le PDL est toujours plus grande, contrairement à celle de Gianfranco Fini, actuel président de la chambre de députés.
En pleine opposition au système politique bipolaire, Pierferdinando Casini de l’UDC représente le parti du centre, modéré et catholique. Il se dit satisfait de son score aux élections et de son choix, idéologiquement discutable, de soutenir à la fois un candidat de droite et de gauche.
Les réformes de la justice et de la fiscalité deviennent les sujets à l’ordre du jour d’une majorité politique qui sort globalement renforcée par cette élection. Il faudra suivre l’évolution des équilibres internes au PDL, et le poids spécifique de chacun des trois triumvir : Silvio Berlusconi, Umberto Bossi, Gianfranco Fini.
La gauche, si elle veut avoir une réelle chance lors des prochaines élections, doit assumer cette défaite et se reformer.Si elle continue à s’affaiblir à cause des querelles internes de leadership, elle ne sera pas en mesure d’avoir la confiance des électeurs.
Il ne reste que souhaiter à l’Italie, comme l’a fait le chef de l’État Giorgio Napolitano, que les Présidents et les Conseils représentatifs de toutes les Régions puissent contribuer au développement d’un processus réformateur, autonome et solidaire, pour défendre l’unité nationale et les équilibres constitutionnels.
*giorgiacastagnoli@gmail.com
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