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Analyse du jour

Les élections nationales et régionales en Ethiopie

19 mai

Par Patrick Ferras, Directeur du Centre de Stratégie du Bassin d’Arcachon, Doctorant en géopolitique

Historique

Les dernières élections nationales et régionales se sont déroulées en mai 2005 (1) . La période qui a suivi les élections avait été marquée par une flambée de violence à la suite des protestations menées par un groupe de partis de l’opposition réunis sous la tutelle de la Coalition pour l’unité et la démocratie (CUD) qui avait farouchement défié le Front populaire démocratique révolutionnaire éthiopien (FPDRE) au pouvoir. La CUD qui avait remporté les 137 sièges des 138 du conseil municipal d’Addis-Abäba (2) , lança plusieurs manifestations publiques. Les premières firent 40 morts à Addis Abäba. Au moment de l’ouverture du Parlement, en octobre 2005, la majorité des élus de la CUD refusa de siéger. En novembre, la situation (3) se dégrada et une quarantaine de manifestants et des policiers furent tués. Une vague impressionnante d’arrestations eut lieu chez les leaders de l’opposition, les membres et les supporters de la CUD ainsi que les journalistes.


Les élections de 2010

L‘enjeu des élections de mai 2010 est le renouvellement des deux chambres parlementaires en Ethiopie. La Chambre des Représentants des Peuples (4) (élus par le peuple au suffrage universel direct pour cinq ans) est la plus haute autorité législative du gouvernement fédéral (HPR). La deuxième chambre est la Chambre de la Fédération (5) (la HF est composée par des représentants des Nations, Nationalités et Peuples d’Ethiopie élus pour cinq ans). Le Premier ministre est élu par les membres de la Chambre des Représentants des Peuples et est issu du parti ou de la coalition qui a obtenu la majorité aux élections. La durée de son mandat est liée à celle de la Chambre des Représentants des Peuples. Le Président de la République n’a qu’un rôle protocolaire.

L’actuel Premier Ministre, Mälläs Zénawi, a affirmé que son administration était déterminée à garantir le bon déroulement des élections de 2010 dans un climat de paix et de démocratie. Une loi (6) définissant un code de « conduite électorale » a été votée par le Parlement pour éviter les débordements de 2005. Tous les partis devraient l’appliquer.

Depuis le 28 août 2009, une loi anti-terroriste a été promulguée. Elle définit les actes terroristes, les sanctions applicables mais aussi les mesures exceptionnelles préventives et d’investigation pouvant être prises pour lutter contre le terrorisme (arrestations, moyens spécialisés d’écoute, détentions, confidentialité des informations). Cette loi pourrait être mise en application en cas de dégradation de la situation sécuritaire dans une région-Etat due à des mouvements d’opposition armés qui subsistent (7).

Le gouvernement fédéral s’est doté d’un arsenal élargi de mesures qui lui permettront en cas de crise grave de rétablir rapidement la situation.

Perspectives

Le paysage politique à la veille des élections est composé du parti au pouvoir (FPDRE depuis 1991) et d’un grand nombre de partis d’opposition. L’opposition (8) est à ce jour complètement divisée et a peu de chance de retrouver l’enthousiasme de 2005 dont elle n’a, politiquement, engrangé que peu de bénéfices. Une partie de la population semble se désintéresser des débats électoraux et de l’élection.

A quelques jours du scrutin (23 mai), les débats se poursuivent sur les différents médias. Mais on ne devrait pas assister à de grands changements sur la scène politique éthiopienne à cette occasion. Mälläs Zénawi devrait, une nouvelle fois, assurer les fonctions de Premier ministre pour les cinq prochaines années.

Il semble néanmoins clair que « le FPDRE a l’intention de continuer à démocratiser son régime, même si cela doit se faire à sa manière et à son rythme » (9).



1 - Seule la Région-Etat d’Ogaden avait voté dans le courant de l’été afin de tenir compte des spécificités liées au pastoralisme.

2 - Il existe neuf régions-Etats en Ethiopie et deux villes au statut particulier (la capitale Addis Abäba et Dire Dawa).

3 - Les forces de sécurité étaient dépassées, il a été fait appel aux forces de défense nationale éthiopiennes à cette occasion. Elles sont intervenues à hauteur d’un bataillon à Addis Abäba pour la protection des infrastructures gouvernementales et vitales.

4 - Composée de 549 députés élus au suffrage universel direct tous les cinq ans, elle est compétente en matières législative, fiscale et budgétaire.

5 - Composée de 108 membres élus au suffrage indirect par les représentants des régions, elle a essentiellement un rôle de contrôle constitutionnel.

6 - « Electoral Code of Conduct for Political Parties Proclamation », N° 662/2009 du 22/12/2009.

7 - Notamment, le Front de libération Oromo et le Front de libération nationale de l’Ogaden.

8 - Quatre partis principaux se dégagent néanmoins. Il s’agit du MEDREK, de l’EDP, de l’AEUP et de la CUDP.

9 - Patrick Gilkes, « Les élections de 2005 » dans l’Ethiopie contemporaine de Gérard Prunier, page 415.

 
 

Forum

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1 Message

  • Il semble néanmoins clair que « le FPDRE a l’intention de continuer à démocratiser son régime, même si cela doit se faire à sa manière et à son rythme »

    Cette assertion me parait bien trop optimiste et loin des réalités du terrain à l’heure où nous écrivons. Les diverses censures à l’encontre de la presse et le nouveau code de la presse adopté en mars tendent à montrer l’inverse. Le premier ministre, plutôt que de laisser les voix dissidentes s’exprimer et risquer des manifestations, cherche à museler l’opposition et les critiques. On pourra ainsi se réjouir et dire : "pas de troubles, donc élections réussies" mais il est évident que les autorités ont travaillé en amont pour calmer toute velléité de contestation. Si il n’y aura peut être pas de morts, il y aura certainement des prisonniers et une démocratie de façade qui risque d’être, probablement à tort, légitimée par la communauté internationale. Toutefois et à juste titre, les Etats-Unis ont émis des réserves.

    Les exemples qui suivent tempèrent l’optimisme. En effet, le journal Addis Neger a décidé de stopper son activité à la fin de l’année 2009 et ses journalistes ont fui dans les pays voisins pour cause de menaces de poursuites judiciaires.

    En témoigne également le brouillage des émissions en amharique de la radio VOA (langue parlée par plus de 30% de la population) pour risque de "propagande déstabilisatrice", citation du premier ministre recueillie par l’AFP et que l’on peut trouver en quelques cliques sur le net.

    Le code de la presse, quant à lui, prévoit que les journalistes ne pourront pas interviewer des électeurs, des candidats ou des observateurs le jour même du scrutin. L’un des articles du code est encore plus inquiétant et énonce que "les professionnels des médias doivent se retenir de rapporter tout ce qui pourrait inciter à la rébellion et au terrorisme" et énonce la possibilité de prononcer des peines de prison ferme. La porté très générale de cet article et les précédents de 2005 ne laissent que peu de doutes quant à son utilisation abusive et élargie. Il en va de même pour la récente loi anti-terroriste.

    Qui, dans un pays pauvre comme l’Ethiopie, osera risquer sa place et/ou la prison, et risquer de ne plus ramener d’argent à sa famille pour avoir émis des doutes quant aux résultats du scrutin ?

    Les gens se désintéressent certainement des élections mais comment faire autrement lorsque l’on en connait par avance les résultats...

    J’estime que lorsque l’on tente de la prospective dans ce genre de situation chaude et changeante (c’est encore plus vrai pour le continent africain) l’on doit bien peser et énoncer le plus d’arguments et de faits possibles et ne pas conclure sur une phrase empruntée d’un ouvrage, certes sérieux, mais publié en 2007.

    Laissons désormais les faits nous éclairer en espérant qu’ils me prouvent le contraire car loin de moi l’idée de ne pas souhaiter une réelle démocratisation de l’Ethiopie.

    Répondre à ce message

 

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