Accueil du site > Toutes les rubriques > Analyse du jour > La Conférence de Doha ou quand le développement économique des plus pauvres ne (...)
Par Sylvie Matelly, directrice de recherche à l’IRIS
Ce week-end, s’est tenue à Doha la Conférence des Nations Unies sur le financement du développement. Il y était question de l’aide publique au développement (APD) qui est en baisse constante depuis une quinzaine d’année et atteint difficilement aujourd’hui les 100 milliards de dollars par an. Nicolas Sarkozy, président pour encore quelques jours de l’Union européenne, était le seul chef d’un Etat donateur à y assister. Il est vrai qu’en période de crise économique, les priorités sont ailleurs pour les pays riches… Il est pourtant assez scandaleux, après plusieurs années de croissance et de prospérité, comme jamais peut-être l’histoire économique n’en avait connues, que nous nous trouvions dans une telle situation pour ce qui concerne l’aide publique au développement. Qu’alors que les pays riches annoncent à tour de rôle des plans de relance de 400 milliards pour les uns, 140 ou plus pour les autres, ils ne soient pas capables de respecter leurs engagements passés.
Les Européens sont les plus importants pourvoyeurs d’aide. Ils consacrent chaque année 60 milliards d’euros, soit 60% des montants totaux distribués, mais ils peinent à atteindre les 0,7% promis il y a déjà plusieurs années… Le chiffre américain est encore plus étonnant, l’aide publique au développement de ce pays était estimée à moins de 22 milliards de dollars en 2007, ce qui représente moins de 0,2% de leur PIB. Plus généralement, la moyenne parmi les pays de l’OCDE est de 0,45% du PIB. Or, l’ONU a estimé que ce sont 0,7% qui serait nécessaire pour atteindre les objectifs du millénaire.
En effet, les pays les plus riches s’étaient engagés en 2000 à réduire de moitié d’ici à 2015 l’extrême pauvreté, c’était alors les objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Certes des progrès ont été réalisés dans les pays pauvres. Un rapport de la Banque Mondiale constatait en 2006 que le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour avait été divisé par 2 depuis 2000 mais ce résultat avait plus été atteint par la croissance économique des pays concernés que par une réelle augmentation des soutiens extérieurs. De plus, il était difficile d’en conclure une réelle réduction de la pauvreté puisque le nombre de personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour avait, quant à lui, augmenté dans les mêmes proportions que la réduction précédemment observée.
Néanmoins, plus que les montants consacrés aux plans de relance, c’est le montant des dépenses militaires qui choquent en comparaison de ces chiffres de l’aide. En effet, quand les Etats-Unis consacrent environ 600 milliards de dollars à leur défense et seulement 21,7 milliards à l’APD, on peut se demander si un transfert d’une partie de ces dépenses au développement économique ne serait pas plus opportun. Une telle remarque peut être jugée naïve mais force est de constater que la guerre menée par les Occidentaux, plus souvent qualifiée, d’ailleurs, d’opérations extérieures contre le terrorisme coûte très cher et que rien ne garantit qu’elle lutte efficacement contre ce fléau terroriste ! Le déploiement de militaires pour sécuriser les pays les plus destructurés est évidemment indispensable mais il ne suffit pas, loin s’en faut. Envisagé comme le pilier central d’une stratégie de développement, il devient même contre-productif et déstabilise pour de longues années plus qu’il n’apaise.
De ce point de vue, une augmentation massive de l’aide au développement serait un signe fort et encourageant : le signe d’un changement d’attitude des Occidentaux vis-à-vis des plus pauvres, le signe d’une meilleure solidarité aussi, le signe enfin d’une réelle prise en compte des enjeux du développement économique pour la sécurité mondiale…
Certes, la question de l’aide au développement est plus complexe qu’il n’y paraît. Cette aide n’a en effet de sens que si elle sert véritablement les intérêts des plus pauvres et un développement économique durable (Ce n’est en effet que dans ces conditions qu’elle pourrait améliorer la stabilité et la sécurité). Or, cela a rarement été le cas par le passé. Dans ce contexte, accroître l’aide au développement de manière constructive suppose alors de repenser les canaux de distribution de cette aide, le rôle et les missions des institutions en charge de distribuer cette aide, leur coordination, y compris avec les Etats donateurs ou les ONG. Il est donc une fois de plus et encore et toujours question de gouvernance… Or, les conférences de ces dernières semaines, à Washington ou à Genève (Cycle de Doha) ont démontré combien même lorsque le besoin est impérieux, les consensus restent en la matière très difficiles !
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