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La culture au coeur des relations méditerranéennes

Le politique et le religieux dans les sociétés Est et Sud-méditerranéennes

22 juillet

avec Sophie BESSIS, Chercheur associée à l’IRIS, ancien membre du Haut Conseil pour la Coopération internationale (HCCI), Secrétaire générale adjointe de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), et Zuhair R. SANDUKA, Député, Membre de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée, Palestine


Sophie BESSIS, Chercheur associée à l’IRIS, ancien membre du Haut Conseil pour la Coopération internationale (HCCI), Secrétaire générale adjointe de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH)

1/ Y a-t-il une "exception arabe" en matière de démocratie ?

On constate qu’aujourd’hui le monde arabe se distingue des autres grandes régions du Sud en ce qu’il est le seul à n’avoir connu depuis les années 50 aucune expérience de pluralisme politique. Il y existe certes des formes de « décompression autoritaire » comme en Jordanie ou au Maroc, où les monarchies en place ont élargi le champ politique légal tout en le contrôlant étroitement. Des processus démocratiques existent par ailleurs dans le mouvement national palestinien. Ils auraient pu donner leur mesure dans une dynamique de paix, mais le blocage actuel les a considérablement affaiblis. Si l’on continue de scruter l’ensemble du monde arabe, on constate certes l’existence de mouvements démocratiques, mais qui restent minoritaires. Pire, une partie de ces mouvements sont situés (ou s’auto situent) dans la mouvance démocratique par le simple fait de leur opposition aux pouvoirs autoritaires en place, ce qui brouille considérablement les cartes. Démocratiques par leur contestation des autocraties en place et leur exigence de pluralisme, ils ne le sont pas forcément par leur projet politique.

Dans d’autres Suds en revanche, les évolutions contemporaines n’ont pas emprunté les mêmes itinéraires :

- Asie, y compris Extrême Orient musulman connaît des formes plus ou moins achevées de pluralisme.
- Amérique latine : l’ère des dictatures militaires s’est close avec la fin de la guerre froide. Certaines y survivent comme à Cuba. Mais l’ancrage du multipartisme est un acquis malgré les forces qui le contestent.
- L’Afrique sub-saharienne est en général présentée comme le continent de toutes les dérélictions. C’est à la fois vrai et faux. Vrai, dans la mesure où les mutations qu’elle a connues depuis 50 ans ont déstabilisé les sociétés et déstructuré les modes de vie. Mais également faux : depuis une vingtaine d’années, elle est engagée dans des processus de modernisation politique, et a vu l’émergence de sociétés civiles foisonnantes. Elle connaît, certes, des processus de décompression autoritaire qu’on ne peut assimiler à des avancées démocratiques (Gabon, Togo). Mais, outre le cas sud-africain, on peut prendre les exemples du Bénin, du Sénégal, du Mali, du Kenya qui ont déjà expérimenté l’alternance au sommet. Quantité d’autres connaissent une vie politique et associative marquée par la pluralité.

Il ne s’agit pas d’occulter les crises graves qui affectent ces régions mais de constater qu’elles n’interdisent pas la lente et souvent douloureuse ouverture du champ politique. Y a-t-il donc, sans tomber dans l’essentialisme, une « exception arabe » ? Arabe en tous cas, s’il y en a une, et non musulmane, puisque de la Turquie à l’Indonésie, en passant par l’’Afrique sub-saharienne, nombre de pays musulmans connaissent un véritable pluralisme qui s’appuie sur la sécularisation des institutions. Sans parler de la Turquie, en Afrique sub-saharienne, Mali : 99% de musulmans, la Constitution est laïque. Sénégal : 95% de musulmans, non seulement la Constitution est laïque mais ce pays a été gouverné pendant 20 ans par un chef d’Etat catholique pratiquant : Senghor. Le totalitarisme de la norme religieuse dans la sphère publique ne caractérise donc pas l’ensemble du monde musulman.

2/ La centralité du religieux explique-t-elle cette exception ?

Hégémonie occidentale et posture réactive des Arabes

Toutes les régions qui ont été historiquement dominées par l’Occident ont, au cours de l’histoire récente, tenté d’apurer leur contentieux avec lui en construisant des discours réactifs. La tendance s’est accentuée au cours des 20 dernières années : des populations de plus en plus nombreuses se sont mises à l’écoute des hérauts de l’altérité dont les bricolages identitaires - s’appuyant sur des référents qu’elles connaissent - ont fait figure d’alternative à leurs désillusions, de l’afrocentrisme africain à l’indigénisme amérindien. Mais le socle historique sur lequel se construisent ces réactions n’est pas partout le même.
La proximité géographique et historique des deux rives de la Méditerranée a placé le discours réactif arabe dans une mémoire différente. L’Occident y fait figure d’empire concurrent qui n’a eu de cesse, depuis les Croisades, de jalouser le rayonnement arabo-musulman et de s’opposer à sa puissance. Tout se passe comme si le temps n’avait soldé aucune des batailles de jadis. Le différend historique islam/chrétienté est réactualisé sous d’autres formes et se rejoue dans les conflits actuels. (Voir à ce sujet les contenus des manuels scolaires de la plupart des pays de la région). C’est donc le registre de la restauration qu’a utilisé la rhétorique nationaliste puis la rhétorique islamiste pour bâtir un argumentaire de la revanche. Passée l’éphémère époque de l’anti-impérialisme, cette rhétorique n’a fait appel que très rarement au corpus des universaux contemporains. Depuis la Nahdha, une partie des élites arabes se sont données le passé (évidemment mythifié) pour projet politique.

Religion et politique

Pour de nombreuses raisons puisant à la fois dans l’histoire lointaine et dans la colonisation, l’islam n’a pas cessé de servir d’instance ultime de légitimation pour tous les régimes, tous les projets politiques qui occupent depuis plus de 60 ans la scène arabe, y compris chez les penseurs chrétiens du nationalisme arabe (voir les thèses d’Anouar Abdelmalek sur la nécessité de la double fonction de l’islam comme religion et comme idéologie, la conversion tardive de Michel Aflak). Même dans les régimes dits « laïcisants » du type Baath, le religieux reste un des outils de la légitimation, et les socialismes d’Etat sont le plus souvent "musulmans" (Algérie). Quant aux marxistes arabes, ils n’ont cessé de se demander si le marxisme était compatible avec l’islam. Ce dernier fonctionne ainsi comme un référent totalitaire hors duquel on est dans le domaine de l’impensable. Toutes les tentatives de sécularisation du champ politique ont avorté. Plus encore, chaque nouvelle génération de penseurs sécularistes est mise en présence d’une page blanche quand elle veut réfléchir à cette forme de l’avenir. Tout se passe comme s’il n’existait aucun effet cumulatif des expériences intellectuelles et historiques qui puissent donner un socle aux réflexions contemporaines sur la place du religieux dans les sphères publiques. Encore un exemple très récent : le nouvel électron libre de la politique égyptienne El Baradeï, libéral et séculariste, s’est rendu ostensiblement à la prière du vendredi au tout début de sa campagne.

Tout le monde a trouvé son compte dans cette clôture, à commencer par les dirigeants. Craignant que leurs peuples ne soient séduits par un langage universel porteur du danger de liberté, ils ont manipulé les constructions identitaires à leur profit, déconnectant la modernisation technique qu’ils voulaient s’approprier de la modernité politique dont ils voulaient se protéger, en reléguant les droits universels au rang d’expression particulière de la civilisation occidentale.
Ainsi, depuis les indépendances, l’islam est religion d’Etat dans tous les pays arabes sauf le Liban et, dans beaucoup d’entre eux la Sharia est officiellement une des sources ou la principale ou l’unique source du droit. Dans tous sauf au Liban, y compris dans ceux qui abritent des minorités non musulmanes, le chef de l’Etat doit être musulman. En matière de statut de la famille, la musulmane n’a pas le droit d’épouser un non musulman. En fait, le lien entre religion et Etat s’opère par une double instrumentalisation : de l’Etat par les gardiens de l’orthodoxie religieuse et de la religion par l’Etat comme source de légitimation et de contrôle politique. Cette "alliance du sabre et du goupillon" a permis le verrouillage quasi-total du champ politique et social. Paradoxalement, les mouvances islamistes peuvent contribuer à le déverrouiller, pas forcément parce qu’elles seraient démocratiques mais parce qu’elles contestent les pouvoirs et proposent une alternative à l’intérieur même de leur rhétorique de légitimation.

Il n’y a donc pas de "retour" du religieux dans les sociétés arabes. Il n’a jamais disparu ni de la sphère politique ni de la sphère sociale. La question qui se pose aujourd’hui n’est pas celle de son retour mais celle de sa réactivation après une période de relatif retrait du devant de la scène. Pourquoi apparaît-il comme un recours dans les deux sphères ? Car l’une et l’autre sont liées. L’émergence de l’islam politique et de son projet d’islamisation de la modernité (pour reprendre une des phrases clefs des penseurs de la Nahdha) n’est pas étrangère à l’actuelle religiosité des sociétés arabes. De même, cette bigoterie légitime le discours sur la norme dans sa version la plus littéraliste. Ainsi on a pu entendre l’imam El Qaradawi, un des plus célèbres aujourd’hui, affirmer que les Tunisiens, et surtout les Tunisiennes, n’étaient pas des musulmans. Voir à ce sujet les émissions religieuses interactives des TV satellitaires arabes où les commentateurs sont des télé-évangélistes, comme leurs homologues évangélistes.

Entre le totalitarisme du passé, celui du paradigme religieux, et celui des manipulations politiques de l’interrogation identitaire, quelles peuvent être les voies vers la modernité politique et sociale (qui a d’ailleurs déjà largement commencé) dans le monde arabe ? Et quelle place y prendront les mouvances islamistes ? Adversaires ou parties prenantes ? ”



Zuhair R. SANDUKA, Député, Membre de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée, Palestine

“ As a start, and without going into details, numerous researchers who are interested in the development of human societies throughout history, admitted the impact of religion on such development.

In my opinion, there is no complexity in the relationship between religions, since they all call for high values such as : equality, justice, tolerance and respect for others’ beliefs and values.

Launching from this concept, political action needs a deposit of these values, even unconsciously, to form a framework for a political action apart from selfishness, corruption and oppressing others.

Religion should not be an ideology for political work : Political work is changeable, It changes according to changes in times and events, and it is ruled by the political laws themselves.

As we are going to discuss the topic of politics and religiosity in the east and south Mediterranean societies, we should point out that this area was a spot from where the three religions : Judaism, Christianity and Islam have been spread to all over the world.
On this basis, religion has played a major role in the formation of cultures and civilizations in this area and its prominent events directly and indirectly.

As it happens in our era, religion has been used by ruling authorities and by political and religious movements in conflicts erupted amongst them. Religious rituals and teachings were also interpreted to serve their political or economical or social interests.
Indeed, the time allotted for me, doesn’t help to give comprehensive historical coverage for this topic, I will try to limit my presentation to the present time, and to the Mediterranean Arab countries, in addition to Turkey and Israel.

Generally speaking, Islamic movements alongside with national movements have played a complementary role in their resis^incs the Western colonization and the Zionest attempts supported by the West to establish a state for Jews on the land of historical Palestine before and after the first and the second World Wars. It is noteworthy that it was difficult to distinguish between the two movements.

If we look closely in the formation and goals of islamic religious movements, we will find that there are common characteristics among these movements in the relevant countries, and also differences and contractions in the same country, and between a country and another arising from differences in the regimes’ natures and the levels of development in the social and economical fields, in addition to the interior and exterior challenges facing each country alone.

In Egypt, it is noticed that Moslem Brotherhood Organization, the largest and most-spread and influential islamic movement not only in Egypt but in many Arab countries and which was established on basis of calling for Islam and the establishing of an Islamic Caliphate and not on working in the political field, has witnessed in recent years changes, characterized by willingness to participate in the parliamentary elections and the public work. Moreover it stopped talking about islamic caliphate and began to focus its talk on issues in relation with Egypt.

For those extremist groups who have dissented from the mother organization, their image and influence distorted and deteriorated when they received a harsh treatment by the authorities.

In Lebanon, the activity of the Islamic movement, in the fiftieth of the last century was limited in matters relating to culture, art and sport, but the nature of their activity has changeed after the war of 1987 and after the Lebanese civil war. In this regard, we point out two major movements participated in the parliamentary field ; the Islamic Organization, established in the sixtieth of the last century as a sport movement having good relations with the Moslem Brotherhood Organization and Hizbuilah.

The two organizations have co-operated between 1985 and 1988 in launching military operations against Israeli occupying forces in Southern Lebanon.

They also called for the ending of political sectarianism, and for social justice. Moreover, they overpassed their slogan : Islam is the solution and drew an identified political programme.

In fact, Hizbuilah is the first-top party in relation with social services, and has participated in recent years in the government.

In Syria, envolvement of the Islamic movements started since the fortieth of the last century, They participated in the legislative elections in 1947. But their participation in the public affairs had been weekend after the arrival of Bath party to authority. The members of the Moslem Brotherhood Organization had scattered in different countries, speacially in Britain and Germany after a confrontation between them and the authority.

In Jordan, the Moslem Brotherhood Organization was established in 1946 as an organization for charity work, It participated in the legislative elections In 1956 and 1963. At the dawn of the ninetieth of the last century they participated in the government for 5 months.

The relations between the government and the organization have deteriorated after the concluding of Wadi Arab accord between Jordan and Israel, and other incidents, specially that relating to the killing of AL-Qaeda leader, Musab AL-Zarkawi in Iraq.
In Palestine, which considered, being under occupation, a special case, Hamas movement and Jihad movement, have come to existence as two movements working apart from the Palestinian Liberation Organization (PLO) considered by the World as the sole legislative representative of the Palestinian people, Hamas movement has tried to make a kind of adaptation with the mother organization "The Moslem Brotherhood Organization" from one side and the international pressures imposed on it from the other side before it agreed to go to legislative elections in 2005, and participated in coalition government which Hamas has rebelled on later on and had a uni-control over the Gaza Strip.

In Libya, the Sanousi movement a religious, armed movement was established during the 19th century to face the foreign occupation. Sanonsi movement had formed a substantial military force engaged in operations against the French and Italian occupations.

Libya, since the Royal era has prohibited the formation of Islamic parties. When the Libyan revolution came to authority in 1969, it didn’t take punitive measures, against the Moslem Brothood Organization. The authority began to take such measures when elements from other countries began to penetrate and organize themselves in secret groups.
In Morocco, a dialogue between the authority and the Justice and Development Party started since the nineteenth of the last century ended in the participation of the Party in the political affairs. The Party serves the strategy of the state in creating some kind of balance with the largest Islamic movement out of the political game "Justice and Equality".

In Algeria, the first party (the Justice Party) adopted islam as a reference, was established in 1947 according to the French laws.
The Renaissance Movement started political activity and adopted clear opposition stand after the halting of the elections. The movement had recruited many members of the Rescue Front, but it didn’t participate in the authority as Algerian Hamas Movement did.

Hamas Movement participated in the Transitional National Council, in 1992.

Renaissance Movement participated effectively in the elections of the Legislative Council in 1997 to divide, later on, into two currents ; moderate and opposition.

The first goal for Hamas Movement established in 1990 was to face the danger of violence. It participated in all constitutional bodies and in running the ruling affairs.

In Tunis, Renaissance Movement which had great loyalty to the Moslem Bortherhosd Movement in Egypt started its work swung between participation and opposition.

After 1987 a new regime appeared. The new regime adopted limited political participation. As a result the Renaissance Movement took new stands towards several important issues such as : human rights and the relation with the west, It also entered into new alliances with radical left and moderate powers.

In Turkey, through the duration of 30 years of its existence, the Islamic movement which had achieved an important percentage of the seats of the Parliament in 1997 election, never demanded the creation of an Islamic state, neither it resorted to any form of violence to gain the authority, or announce rejection to the sectarian regime.

In Israel, most of the leaders of the Zionist Movement who met in Bal in Switzerland in 1897 were secular, but they used the religious garment in their seek to create a sate for the Jews in Palestine.

It is, noteworthy, that the role of fundmalist and extremist religious movements have grown at the legislative and executive levels in Israel recently which will affect in a negative way the peace process in the Middle East.

In conclusion, we could say that several factors helped in the presence of religious movements, moderate or extremist, sepecially Islamic ones in the due area,

Two prominent factors are :

1. Failure of the political and national movements and parties in accomplishing the required breakthrough either in the development field or in the field of achieving Justice for their citizems,
2. The restrictions imposed by authorities on the work of parties, specially these parties adopted Islamic approach, Also most of the regimes in the area misuse the extremism phonemenon to narrow down the space before the moderate religious movements.

I conclude with saying that religion shouldn’t be an ideology for political motivation but a source for intellectual and spiritual values when practicing politics. ”

 

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