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Analyse du jour

Révolution dans le désert ? La transition entre évènement et simulation.

9 février 2011

Par Hamdi Nabli, politiologue

Effet papillon : un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes se voit confisquer sa marchandise, dans une pauvre ville d’un petit pays : la Tunisie (conditions initiales). Il proteste. Il n’est pas écouté par les autorités en place. Il s’immole par le feu pour signifier sa rage viscérale et son désespoir profond. La population locale réagit avec virulence face à cette injustice. La police du coin réplique brutalement. Dans d’autres localités, on se mobilise. La police, du moins, réplique brutalement. Des manifestations aux mots d’ordre économiques et sociaux s’organisent partout dans le petit pays. La police prend soin de répliquer brutalement. Les troubles commencent à toucher la capitale. Le Président tente de prendre en main la situation par une allocution télévisée. Les manifestations se meuvent en une insurrection aux mots d’ordre politiques. La police continue de répliquer brutalement. Les morts se multiplient. Le Président multiplie les discours et les concessions. La police multiplie ses tirs. Le peuple souffre. L’armée pactise avec le peuple. Le Président s’enfuit. Le régime chute. D’autres populations dans d’autres pays de la région s’élèvent contre leur propre gouvernement (en Egypte, au Yémen, etc.). L’Amérique s’inquiète de sa politique moyen-orientale. Israël craint pour sa sécurité. L’Europe hésite entre la satisfaction et la peur. Le monde est tenu en haleine. Parce qu’un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes s’était vu confisquer sa marchandise, dans une pauvre ville d’un petit pays : la Tunisie.


Confiscation, suicide, troubles, manifestations, révoltes, révolution, domino. Alors qu’en Europe, et en France plus particulièrement, la situation était jugée par d’aucuns comme prérévolutionnaire (de Todd dans L’Express en 1996, à Gollnisch dans Minute en 2010), voici qu’une Nation maghrébine située à une poignée de kilomètres de notre territoire est en train de vivre une situation postrévolutionnaire, sans que personne, des deux côtés de la Méditerranée, n’avait rien dit, prédit, prévu ou préparé. L’Hexagone s’affolait avec ostentation et se gargarisait mollement devant L’insurrection qui vient, qui venait, qui était censé venir ; elle attendait un nouveau Mai-68 (peut-être depuis mars 83). A l’ère du vide hyper-démocratique de la pensée unique et de l’écran hypermoderne du tout numérique, elle rêve d’un retour au réel, de la lutte (des classes), de la guerre (des races), du conflit (de civilisations), célébrant avec fougue et de plus en plus d’effusion lyrique les anniversaires de Mai-68, toujours, 1998, 2008 – on attend avec impatience les 50 ans en 2018 (en cela, disons que nous vivons plutôt une situation pré-anniversaire) ; le slogan « Sous les pavés, la plage » ne prend tout son sens qu’aujourd’hui. La plage, c’est ce que venaient chercher les touristes français en Tunisie, durant ces dernières décennies (en attendant le prochain anniversaire de …). Ils n’ont jamais vraiment réussi à s’apercevoir, malgré les contacts répétés qu’ils pouvaient avoir avec les autochtones pratiquant l’hospitalité, que sous la plage, il y avait les pavés. Et c’est en Tunisie (pêle-mêle Etat policier, pays ami, Nation cadenassée, endroit touristique, territoire encadré), que l’insurrection est bien venue, percutant son image frêle et docile, pour faire découvrir à la face du monde sa réalité réelle, tactile. Le prix (psychologique et social) qu’il a fallu payer pour arriver à ce ré-enchantement du monde tunisien ne doit pas être oublié quand il s’agit d’évoquer sa transition politique, de la dictature à la démocratie. Car c’est bien ce qui se joue (et continuera à se jouer) derrière les revendications d’une non-récupération de la Révolution par des acteurs politiques : aucun parti ne pourra racheter électoralement les pertes et les souffrances humaines que ce pays a dû subir pour se libérer. La psychologie collective a ses raisons que la politique ignore – Moncef Marzouki l’a appris à ses dépens, le 25 janvier sur l’esplanade de la Kasbah. Et la crainte de voir cette Révolution être récupérée est réelle. Car « sous les balles, le désert » peut-être. Pas forcément le désert d’Arabie qu’ont parcouru les héros de la Révolte Arabe des années 1916 à 1918 (dans le retour d’un nationalisme que cristallise avec crainte l’hypothèse de l’effet domino), mais plutôt le désert médiatique comme théâtre des opérations, le désert numérique, qui est le désert politique aussi, en Occident, avec comme injonction sous-jacente « Opération : théâtre ».

Il existe en effet tout un process par lequel une pratique discursive quelque peu indéfinie tente de conjurer l’insurrection qui est venue. Cette conjuration passe par divers canaux, plusieurs discours, différentes pratiques, et forme une intention sans vrai acteur, un objet sans but précis, une action sans sujet défini. On parle de cyber-révolte, de contestation 2.0, de e-révolution, par exemple ; c’est que le numérique rassure. Ce n’est plus la lecture des classiques qui apprivoise et permet de prendre conscience de soi comme sujet politique de droits, comme dans l’imaginaire humaniste et universaliste du XIXème siècle ; c’est maintenant l’engagement virtuel dans Internet qui mobilise (domestique) et autorise une politique du sujet comme être de conscience. L’incroyable, l’imprévu, se résorbent dans le téléguidage magique (« tout a commencé avec Internet, sur Internet, grâce à Internet »). Internet, le plus froid de tous les médias froids (pour paraphraser Nietzsche à propos du monstre étatique). Rappel : « La transition » n’est pas le nom d’un jeu vidéo. Pourtant on ‘‘googlise’’ (on refroidit) l’histoire d’un cri venant du fond d’un pays, en la faisant basculer causalement dans les interstices des circuits électroniques des portables ; or ce sont les ouvriers de la Tunisie profonde qui se sont soulevés (à Gafsa dès 2008), pas « le jeune internaute virtuel » que nous impose subrepticement comme figure de proue cette explication limpide (simulationniste) de l’évènement. Internet n’est qu’un média, c’est-à-dire un moyen qui, en tant que réalité sociale, a répercuté le soulèvement et donc amplifié le phénomène – mais il l’a peut-être rendu réel dans la grille de lecture automatique des mass-médias occidentaux, puisque le média y est le message depuis McLuhan.

De la même façon, l’appellation artificielle de « Révolution du jasmin » – sa reprise par les agences de presse occidentales, son succès médiatique en Occident – participe de cette tentative de refroidissement systémique, où l’objectif est de faire glisser l’évènement (historique) dans l’évènementiel (pathétique) – d’où le rejet de ce titre ‘‘dés-honorifique’’ de la part des tunisiens. La lutte contre la récupération devait forcément commencer par un combat étymologique acharné, qui est intrinsèquement un combat métaphysique dont le substrat est politique par essence (étymologie provient d’étumos, « véritable », et de logos, « discours, raison »). L’enjeu est de taille ; il est nécessairement politique : il s’agit de savoir de quoi cette Révolution est-elle le nom. Le jasmin, fleur blanche symbolisant la paix, plairait à une bourgeoisie urbaine pressée de vivre un après-Ben Ali façon dolce vita (sur Facebook bien sûr), et permettrait de faire d’un évènement unique et sans appel (la première chute d’un régime arabe depuis les indépendances) une simple révolution colorée (gentille, douce, calme) après celles ayant émaillées les Etats de l’ex-bloc soviétique : c’était les roses en Géorgie en 2003, puis l’orange en Ukraine en 2004, les tulipes au Kirghizistan en 2005 (avec la complicité active d’ONG américaines financées par le Département d’Etat de l’administration Bush, selon John Laughland dans le Guardian) ; il y eut même la tentation du pourpre en Irak, mais l’opération marketing échoua ; des journalistes occidentaux parlèrent de Révolution verte en Iran, suite aux remous provoqués par la réélection d’Ahmadinejad en 2009, mais elle n’eut même pas lieu ! En Tunisie, au lieu du jasmin, Nabihah Gasmi et Sadri Khiari proposent intelligemment la figue de barbarie, si cultivée à Kasserine… les médias n’ont pas suivi. C’est que le brusque mouvement de colère (la guerre) devait absolument s’effacer sous les couleurs mauves du story-telling que s’invente l’élite dès qu’elle sent que son sol (cognitif) tremble, se délite. Le happy-end que convoque avec lui l’expression de « Révolution de jasmin » entre sans aucun doute, d’une manière jamais révélée évidemment, dans une opération de domestication des passions politiques (gel des êtres dans leur mouvement furieux et leur mobilisation totale via le dépôt des plaintes légitimées, en même temps que gel des avoirs de la famille Ben Ali via les dépôts de plainte d’ONG). On tente d’offrir le scénario hollywoodien d’un bon peuple ayant combattu un Président truand, ayant eu à faire face à la brute policière, et qui, par « l’opération du Saint-Bouazizi », comme par miracle (tunisien ?), aurait transformé la poudre en jasmin ; pas de violence, pas de suicides, pas de torture ; on laisse penser que les 120 morts de la Révolution n’étaient finalement que des romantiques ; fin de l’histoire (silence dans les Journaux Télévisés depuis fin janvier : le film est fini). Stratégie du 0 de tension, du refroidissement, de la glaciation – à mettre en parallèle avec la numérisation du monde, dans un e-révolution du jasmin, donc. (Preuve de cette connivence, d’un point de vue analytique : Nawaat, un site Internet d’opposants tunisiens, utilisait un espace « La révolte de Jasmin » sur Twitter début janvier, des groupes ayant ensuite repris cette appellation sur Facebook).

Depuis l’effervescence tunisienne, un mot revient : celui de contagion. Le risque de contagion. La crainte de la contagion. La possibilité de la contagion. Partout dans les hautes sphères des médias occidentaux, les journalistes utilisent cette métaphore médicale et interrogent, effrayés, les experts penauds sur l’état de santé de cet idiot du village mondial qu’est le monde arabo-musulman. Le virus tunisien pourrait-il contaminer les autres parties du corps oriental ? Tels des médecins imaginaires au chevet d’un grand corps malade pourtant en voie de guérison, on étudie « ce qui différencie l’Algérie de la Tunisie », comment le Maghreb « achète des céréales et freine l’inflation pour éviter à l’infection tunisienne de s’étendre », on diagnostique l’état d’un cœur dont on avait juré qu’il avait cessé de battre. Ne craindrions-nous pas que des peuples se révoltent pour conquérir leur liberté ? Foucault, dans son Histoire de la folie, indique comment, de la fin du siècle des Lumières au début du XIXème, tout un réseau explicatif lié à la notion de ‘‘milieu’’ imposait un lien de cause à effet entre la liberté et la folie. « La liberté de conscience comporte plus de dangers que l’autorité et le despotisme », considérait-on à l’époque. « Périls des querelles, des passions, de l’esprit qui se fixe avec acharnement au parti qu’il a pris », la liberté est dans ce cadre considérée comme une menace qui pourrait perturber l’ordre psychique comme social, ou du moins favoriser les mécanismes de la démence. Cette croyance en l’existence d’un lien liberté/folie était affirmée, de façon hautement révélatrice, « en pleine Sainte Alliance, au beau milieu de la Restauration des monarchies autoritaires  » – le Congrès de Vienne marquait alors le renouveau d’un ordre européen régit par l’équilibre des puissances, où il s’agissait de clore la folle aventure française, de la prise de la Bastille à la défaite de Waterloo. Deux siècles plus tard, nous pouvons constater qu’existe tout un substrat discursif d’ordre pathologique existant de manière subreptice dans l’énonciation des faits relatifs aux relations internationales – et cela, de façon d’autant plus marquante que le sujet d’énonciation de ce discours est la « communauté internationale » (soit, le club restreint des Etats développés du Nord-Ouest du globe, sorte de Nouvelle Sainte Alliance qui se cherche entre le Conseil de Sécurité de l’ONU et le G8). Il y eut l’Empire du Mal, servant à désigner l’URSS, sous Reagan ; puis les Etats voyous (laborieux/dangereux), des années 1980 aux années 2000, et l’Axe du Mal enfin, après le 11-Septembre. Dès lors, inutile de s’étonner, face à cette expression lapidaire et redondante du thème de la contagion : l’actuelle ébullition arabo-musulmane vient contrecarrer de façon éclatante et spectaculaire l’objectif néoconservateur de refonte démocratique du Grand Moyen-Orient (du Maroc à l’Afghanistan), en pleine Nouvelle Sainte Alliance, au début de l’instauration d’une gouvernance mondiale autoritaire, dans la mesure où la « démocratie », ontologiquement associée au Bien dans l’imaginaire occidental, vient là apporter son lot de critique radicale du système politique international (ou du moins menace de le faire, surtout en Egypte). L’effet domino était une théorie géopolitique qui permettait aux Etats-Unis d’intervenir dans des pays afin qu’ils ne tombent pas sous la coupe de l’idéologie communiste, dans une stratégie globale de containment contre la Russie ; mais cette théorie a été utilisée par G.W. Bush de façon inverse, afin de justifier des interventions militaires sur des territoires étrangers et provoquer un effet domino bénéfique visant à la diffusion de l’idéologie démocratique libérale. Cette vision messianique des relations internationales ne fut en fait que mise au service des intérêts matériels (énergétiques) de la superpuissance hégémonique américaine, qui dût bien s’appuyer sur le soutien logistique du régime autoritaire égyptien, par exemple, pour faire ses deux guerres en Irak (et assurer ainsi une présence tactique autrement plus gratifiante géopolitiquement, dans une stratégie globale de containment contre la Chine, que la diffusion du Bien dans le monde). Le projet de Grand Moyen-Orient – dont l’actuelle guerre en Afghanistan constitue un des soubresauts – repose sur un grand mensonge : c’est bien ce que la Révolution tunisienne, de par ses conséquences, risque de faire apparaître au grand jour à la face du monde ; d’où la peur de la « contagion » et la mise en exergue continuelle et obsédante de l’islamisme, afin de solder les comptes de l’idéologie et justifier la crainte de voir tomber les masques de la domination mondiale (en Tunisie, les manifestants jurant être laïcs, les islamistes jurant être modérés, et les miliciens brûlant une synagogue afin d’attirer un regard désapprobateur sur l’ensemble du mouvement, perpétuent ce jeu instauré par le Grand Inquisiteur occidental, en position morale de toute-puissance ‘‘divine’’).

C’est la raison pour laquelle cet évènement tunisien est si important, d’autant plus si on le juge à partir du geste sacrificiel de départ : comme les attentats terroristes du 11-Septembre, mais de façon beaucoup plus éthéré, pacifique, soft et cool, c’est un « événement symbolique d’envergure mondiale, c’est-à-dire non seulement de diffusion mondiale, mais qui met en échec la mondialisation elle-même » (Baudrillard, L’esprit du terrorisme). C’est un rêve devenu réalité. Nous pourrions ainsi dire que nous avons eu affaire à « l’irruption d’une mort bien plus que réelle : symbolique et sacrificielle – c’est-à-dire l’événement absolu et sans appel ». Bouazizi, par son geste kamikaze devant la Préfecture de Sidi Bouzid (symbole du pouvoir) est venu percuter de front (de forme) les Tours jumelles du Ben Ali & Trabelsi Center. Et les manifestants, après, n’ont jamais attaqué le système en termes de rapports de forces, comme dans l’imaginaire révolutionnaire qu’impose le système, mais ont déplacé la lutte dans la sphère symbolique (défi de la présence dans la rue, réversion du système d’information, surenchère dans les revendications infinies) – c’est en cela que le vocable de « Révolution » ne colle probablement pas. Les manifestants tunisiens ont défié le système par un don (leur corps, leur vie, leur mort) auquel ce système ne pouvait pas répondre sinon par sa propre mort et son propre effondrement (la fuite de Ben Ali après un appel de Washington comme défaite symbolique du système mondial). C’est l’addition de la mise en jeu de sa mort, et de l’appropriation des armes de la puissance dominante (technologies informatiques et réseaux médiatiques) qui a donné toute sa puissance au mouvement, qui du sacrifice individuel s’est symboliquement mué en sacrifice collectif. Que vaut le projet occidental de démocratisation du monde arabe, après cela ? Plus rien (mais a-t-il jamais valu quelque chose ?). Le génie tunisien a correspondu à une précession de l’événement sur tous les modèles d’interprétation, alors que la guerre d’Afghanistan et la lutte contre l’Iran correspondent au contraire à des enjeux factices, ‘‘platement’’ géopolitiques (et non plus symboliques au sens fort).

Fascinant d’observer comment un simple marchand ambulant a pu provoquer un tel mouvement à l’échelle du monde (le battement d’aile du papillon Bouazizi a provoqué un ouragan au Kansas), tandis que le plan néoconservateur américain de Grand Moyen-Orient s’est finalement évaporé, volatilisé dans l’amertume irakienne, et a échoué dans le cul-de-sac afghan – la tempête Bush et le vent Obama n’ont fait qu’accélérer les battements de cil des talibans.

 

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