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Analyse du jour

La Guinée : les risques de coup d’Etat militaire après le décès du général Lansina Conté

5 janvier 2009

Par Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS

Le général Lansina Conté est décédé le 22 décembre 2008 après une longue maladie qui l’avait certes affaibli mais n’avait pas réduit son pouvoir qui s’appuyait sur l’armée et son clan pour verrouiller la vie politique. Il appartenait à l’ethnie minoritaire Soussou (15%) alors que la population est majoritairement Malinké (30%) et Peul (35%). Il avait pris le pouvoir en 1984, suite au décès de Sekou Touré, le père de l’indépendance, à la suite d’un coup d’Etat.


Le général Conté laisse l’économie de son pays exsangue et n’a pu la redresser après les années du socialisme de Sekou Touré. Sa gestion économique a été calamiteuse. Pays disposant de 1/3 des ressources de bauxite du monde, d’importants gisements de fer, d’or et de diamant, la Guinée a un des taux de corruption et un des niveaux de pauvreté les plus élevés du monde alors que la jeunesse n’a pas de perspectives. Les liens avec les réseaux de drogue sont avérés et dénoncés par Crisis Group.

Il avait instauré un régime très autoritaire malgré le multipartisme et des élections présidentielles de 1993, 1998 et 2003. Les principales forces politiques PUP essentiellement Soussou (Parti de l’unité du progrès), le RPG principalement Malinké (rassemblement du peuple guinéen) et l’UNR à dominante Peul (Union pour la nouvelle république) ont des bases régionales. Le pays a connu des violences permanentes. Les mouvements de rue ont été le fait d’un sous-prolétariat peu encadré par les partis et par les syndicats. Après la grève générale de janvier 2007 et l’accord du 27 janvier, on avait noté une épreuve de force entre l’intersyndicale appuyée par 14 pays et le président ayant nommé un proche Eugène Camara comme Premier ministre. Mi-février 2007 avait été mis en place un état de siège avec menace de guerre civile. La nomination du diplomate Lansana Kouyaté comme Premier ministre avait en mars fortement calmé le jeu. Le limogeage par le Président Conté de Justin Morel Junior, le 10 janvier 2008, avait provoqué à nouveau une menace de grève générale de la part de l’intersyndicale soutenant le Premier ministre. Il avait ensuite nommé premier Ministre un proche, Ahmed Tidiane Sonaré.

La disparition de Lansana Conté, après 24 ans de règne pourrait conduire à une succession de coups d’Etat militaires. Le président de l’Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, a demandé l’application de l’article 34 de la constitution le désignant chef d’Etat par intérim. Mais la junte militaire a pris le pouvoir immédiatement après l’annonce du décès, avec une relative passivité de la population. Le capitaine Moussa Camara du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) a déclaré à la radio lutter contre la corruption et redresser l’économie. Les jeux ne sont pas faits. L’armée est très divisée et le général Conté jouait de cette division pour se maintenir au pouvoir.

Il est trop tôt pour savoir quel sera le devenir de ce coup d’Etat militaire et des recompositions au sein de l’armée. Il est à craindre que le jeu politique se fasse par la force des armes et non par les choix des urnes.

 

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