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Bilan et perspectives de l’année 2008

L’UNION POUR LA MEDITERRANEE, NOUVEL ACTEUR DES RELATIONS INTERNATIONALES ?

7 janvier 2009

par Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS


Lancée par le candidat Sarkozy lors de la campagne électorale présidentielle, l’idée d’Union méditerranéenne s’est peu à peu transformée en Union pour la Méditerranée, notamment à la suite des vives critiques émises par la chancelière allemande, Angela Merkel.

C’est finalement le 13 juillet 2008 que 43 Etats partenaires euro-méditerranéens – les vingt-sept de l’Union européenne et les seize des rives méridionales et orientales de la Méditerranée – se sont réunis à Paris à l’initiative du président Sarkozy et ont proclamé le Processus de Barcelone – Union pour la Méditerranée. Deux constats s’étaient alors imposés. Le premier, c’est que ce sommet consacrait un véritable succès diplomatique pour la France qui était parvenue à réunir autour de la même table la quasi-totalité des protagonistes euro-méditerranéens, dont des pays qui ont de nombreux contentieux non réglés ; l’exception notable étant la Libye qui a refusé de se rendre à Paris. Le deuxième constat, c’est qu’au-delà de ce succès médiatico-politique, la résolution finale était malheureusement un véritable chef d’œuvre de langue de bois qui indiquait fortement que, au-delà des congratulations d’usage, aucun des défis fondamentaux à la région n’avait été réglé. Six projets structurants ont certes été retenus (dépollution de la Méditerranée, autoroutes de la mer et autoroutes terrestres, protection civile, plan solaire, enseignement supérieur et recherche, initiative de développement des entreprises), mais leurs mises en œuvre ainsi que les choix concernant les questions organisationnelles et institutionnelles étaient repoussées à la réunion des ministres des Affaires étrangères planifiée pour les 3 et 4 novembre à Marseille.

La préparation de cette réunion ministérielle s’est avérée compliquée. En effet, les questions politiques non réglées au mois de juillet sont réapparues avec force au fur et à mesure que l’échéance se rapprochait. Pour aller à l’essentiel, ce sont tout d’abord le statut et les modalités de participation de la Ligue des Etats arabes qui ont cristallisé les difficultés, cette organisation revendiquant en effet un statut d’observateur à tous les niveaux de concertation et de décision du Processus de Barcelone – Union pour la Méditerranée. Les Etats arabes refusent en effet que le partenariat euro-méditerranéen reste structurellement déséquilibré, en mettant en présence une Union européenne qui apparaît comme une entité unique, alors que les autres composantes seraient individualisées et auraient donc beaucoup moins de poids politique. Le raisonnement est juste, mais on peut toutefois regretter que les Etats arabes ne soient pas souvent capables de se présenter unis pour soutenir leurs projets, ou encore que l’Union du Maghreb arabe, créé en 1989, soit totalement inconsistante. En d’autres termes, les dirigeants de la Ligue des Etats arabes ne peuvent reprocher d’hypothétiques tentations hégémoniques de l’Union européenne si eux-mêmes ne sont pas capables de réaliser leur unité. En posant ces questions, une autre découle immédiatement : la réaction de l’Etat d’Israël. En effet, les responsables de Tel Aviv refusaient que la Ligue des Etats arabes puissent participer comme observateur à la totalité des réunions euro-méditerranéennes. Cette divergence explique ainsi l’annulation d’une première réunion des ministres de l’Environnement consacrée aux défis régionaux de l’eau, prévue en Jordanie à la fin du mois d’octobre.

Ces questions n’ont évidemment rien de technique. Elles nous ramènent irrésistiblement à la centralité du conflit israélo-palestinien. Le président Sarkozy considérait que ce dossier pourrait être dépassé dans les faits par la multiplication des projets et des coopérations économiques favorisant une nouvelle approche entre monde arabe, Palestiniens et Israéliens. Il n’en est rien : tant que ce conflit ne sera pas politiquement réglé par la réactivation et la conclusion d’un processus de paix, le projet euro-méditerranéen aura les pires difficultés a être pratiquement mis en œuvre.

Le compromis trouvé à Marseille le 4 novembre n’y changera pas grand chose. Cinq postes de secrétaire général adjoint ont été créés, l’Autorité palestinienne, la Grèce, l’Italie, Malte et… Israël en obtiennent un pour une période de trois ans ; en échange, la Ligue des Etats arabes acquiert la possibilité de participer en tant que telle à toutes les réunions à tous les niveaux de l’UPM. A contrario, le poste de secrétaire général reste vacant, la Tunisie ayant déclaré forfait, mécontente de s’être vue souffler le lieu du siège de l’Union pour la Méditerranée par Barcelone. Certains pays, comme la Syrie et le Liban, s’opposaient d’ailleurs à ce qu’un pays arabe puisse accueillir ledit siège, ce qui, estimaient-ils, aurait indirectement marqué la normalisation des relations avec Israël sans aucune contrepartie.

Nous sommes en tout cas bien loin du dispositif léger prôné initialement par le président Sarkozy, qui devait trancher avec la lourdeur du fonctionnement du Partenariat euro-méditerranéen initié à Barcelone en 1995.

Peut être plus problématique encore, les six projets validés lors du sommet de Paris du mois de juillet ont bien été confirmés, mais sans que l’on sache réellement selon quelles modalités ils vont pratiquement être mis en œuvre. Aucune échéance précise n’a été fixée, et l’on peut craindre que la crise financière actuelle et les sombres perspectives économiques qui se profilent ne soient guère favorables à la concrétisation de ces projets pourtant utiles et nécessaires.

Ainsi, le sommet de Marseille des 3 et 4 novembre a permis aux participants de décider d’une nouvelle dénomination, l’Union pour la Méditerranée ; la nomination de cinq secrétaires généraux adjoints ; la participation de la Ligue des Etats arabes en tant que telle ; la désignation de Barcelone comme siège de l’UPM. Mais son incapacité à désigner son secrétaire général et surtout le manque de souffle de cet ambitieux projet sont inquiétants. Quoiqu’en pensent les protagonistes c’est par l’initiative politique et non par la plomberie institutionnelle que les blocages qui affectent la région méditerranéenne pourront être dépassés. Les défis sont immenses, et si les différents responsables ne se hissent pas au niveau de leurs responsabilités, le projet restera lettre morte. Nous stagnerions alors dans la situation où la Méditerranée reste la frontière la plus inégalitaire du monde entre les pays qui en partagent le pourtour. Si les partenaires de l’Union pour la Méditerranée ne sont pas capables de relever ce formidable défi, d’autres pays tenteront de le faire à leur place. Les Etats-Unis par exemple accroissent depuis plusieurs années leur présence économique et militaire dans cette région sensible pour l’équilibre du monde. Le président Obama poursuivra dans cette voie, les membres de l’Union pour la Méditerranée doivent donc prouver leur capacité de proposition pour contribuer à ce que le nouveau président étatsunien opère une véritable rupture avec l’unilatéralisme désastreux de son prédécesseur.

L’initiative de Nicolas Sarkozy a au moins eu le mérite de réactiver les débats sur les enjeux méditerranéens, il faut maintenant passer à la vitesse supérieure en développant enfin des initiatives visant à réactiver un processus de paix digne de ce nom entre Israéliens et Palestiniens, puis en concrétisant les projets retenus dans les meilleurs délais.

 

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