Accueil du site > Toutes les rubriques > Dossier > Bilan et perspectives de l’année 2008 > 2008 : UNE ANNEE IMPORTANTE POUR LA RUSSIE
par Laure Delcour, directrice de recherche à l’IRIS
2008 s’annonçait, pour la Russie, comme une année importante, car la première de l’après-Poutine. Pourtant, les élections présidentielles du 2 mars semblaient jouées d’avance. En l’absence de réelle concurrence, elles n’ont été qu’une simple formalité pour le candidat adoubé par le Kremlin en décembre 2007. Dmitri Medvedev, jusqu’alors responsable des projets nationaux prioritaires et proche de Vladimir Poutine, a été élu dès le premier tour avec 70,3% des suffrages. Sans aucune surprise, le nouveau président a nommé son prédécesseur au poste de Premier ministre, fonction qu’il avait déjà occupée en 1999. Faute de suspense dans le processus électoral, c’est le fonctionnement de cette dyarchie à la tête de l’Etat qui a dès lors suscité des interrogations. L’option la plus souvent avancée est celle d’un tandem de façade, Dmitri Medvedev n’ayant qu’un rôle restreint alors que Vladimir Poutine continuerait à diriger de facto le pays. Dans un second scénario, le président, fort des pouvoirs que lui accorde la Constitution de 1993, s’imposerait progressivement comme la figure centrale de la vie politique. Les six premiers mois de la présidence Medvedev ne permettent pas de conclure de façon définitive dans un sens ou dans l’autre.
Le conflit contre la Géorgie a clairement montré l’influence du clan des siloviki en matière de politique étrangère, en particulier sur le territoire de l’ex-URSS. A l’intérieur du pays, la répression des manifestations d’opposition à l’automne et la poursuite des réformes économiques traduisent le choix de la continuité avec l’ère Poutine. Compte tenu de la proximité des deux hommes, de la solidité des réseaux tissés par l’ancien président et, de ce fait, de la marge de manœuvre restreinte de son successeur, il n’y a là rien de très surprenant. Dans ce contexte, l’annonce faite par Dmitri Medvedev d’un allongement de la durée du mandat présidentiel, portée à six ans à compter de son successeur, a été interprétée en Occident comme la préparation du retour au Kremlin de Vladimir Poutine – analyse qui ne peut être écartée, mais qui est sans doute prématurée.
Sur la scène internationale, l’événement marquant de l’année 2008 a été, pour la Russie, son premier conflit ouvert depuis l’effondrement de l’URSS. L’intervention géorgienne en Ossétie du sud, début août, a donné lieu à une réplique massive de la part de Moscou. De cette courte guerre, la Russie sort incontestablement victorieuse sur le plan militaire. Le bilan diplomatique est plus contrasté. Moscou a pu imposer ses conditions lors du cessez-le-feu et a rapidement retrouvé la voie du dialogue avec l’Union européenne après deux mois de suspension des négociations pour un nouvel accord. Pourtant, la Russie n’a pas été suivie par ses partenaires de l’ex-URSS ou de l’Organisation de Coopération de Shanghaï dans la reconnaissance de l’indépendance abkhaze et sud-ossète. Son image à l’international est sérieusement écornée : les récents raidissements de la diplomatie russe (menaces de déploiement de missiles dans l’enclave de Kaliningrad au lendemain de l’élection de Barack Obama, nouvelles tensions avec l’Ukraine concernant la facture énergétique) irritent tant une Union européenne davantage soudée face à Moscou que des Etats-Unis s’apprêtant à revenir sur la scène internationale.
Pour la Russie, le tableau qui se dégage de l’année 2008 est dominé par l’incertitude. En matière de politique étrangère, Moscou semble ainsi alterner crispations diplomatiques et attitude coopérative, sans toujours développer une vision à long terme de ses propres intérêts. Sur le plan intérieur, contestations sociales et escarmouches de plus en plus violentes dans le Caucase du nord viennent perturber la stabilité politique imposée depuis plusieurs années. Enfin, l’économie – ressort de la confiance retrouvée de l’ère Poutine – semble de plus en plus fragilisée par contagion de la crise mondiale, au moment où la Russie doit impérativement se moderniser. Le tandem Poutine-Medvedev devra donc, en 2009, effectuer des choix stratégiques dans un contexte nettement plus morose que ces huit dernières années.
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