affaires-strategiques.info

Bilan et perspectives de l’année 2008

2008, ANNEE HISTORIQUE AUX ETATS-UNIS

7 janvier 2009

par Charlotte Lepri, chercheur à l’IRIS


2008 aura été une année historique aux Etats-Unis, montrant encore une fois que de ce pays peut venir le meilleur, l’élection du premier Président noir, comme le pire, la propagation d’une crise financière.

Barack Obama, vainqueur inattendu du double duel des élections

La guerre fratricide qui a opposé dans un duel serré Hillary Clinton, la favorite, et Barack Obama, l’outsider jusqu’à il y a peu inconnu du grand public, a marqué tout le début de l’année 2008. L’ascension fulgurante de Barack Obama est venue réduire à néant les ambitions présidentielles de l’ancienne First Lady, qui avait pourtant un nom connu, les réseaux et les soutiens financiers des grands argentiers du parti démocrate. Jeune, métis et charismatique, Barack Obama est parvenu en quelques mois à créer autour de lui une véritable dynamique et à finalement s’imposer au terme de longues et harassantes primaires.
Du coté républicain, l’absence de leader a amené un candidat expérimenté et intègre à se révéler aux yeux de la base militante républicaine comme une valeur sûre : John McCain. Ce héros du Vietnam, réputé pour son patriotisme, a souvent été en désaccord avec sa famille politique, ce qui, face à l’impopularité record de George W. Bush, a constitué un de ses points forts.

Ce sont deux candidats inattendus et atypiques qui se sont ainsi affrontés à partir de l’été 2008. La communication très maîtrisée dans les deux camps a quelque peu aseptisé la campagne électorale, qui a parfois manqué de spontanéité et de moments forts. Au terme d’une campagne parfaitement organisée et moderne, Barack Obama a finalement imposé son thème du changement.

Grâce à l’élection historique de Barack Obama, premier Président américain noir, les Etats-Unis ont montré leur capacité à se renouveler, à tourner la page des années Bush et à redevenir le pays où tout est possible. Toutefois, si l’élection de Barack Obama a suscité un immense espoir dans le reste du monde, il ne faut pas oublier que la priorité de la nouvelle administration sera de redresser la situation intérieure du pays et de se focaliser avant tout sur l’économie.

Un contexte économique profondément meurtri

La crise financière, qui s’est révélée en février 2007 et amplifiée à l’été 2007, s’est subitement accélérée en septembre 2008, ne se limitant plus à Wall Street et aux subprimes. Cette crise s’est de fait imposée au cœur du débat électoral.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si l’Amérique va connaître une nouvelle dépression, mais quelles en seront l’ampleur et la durée. Car c’est une Amérique en crise que Barack Obama va devoir gouverner à partir de janvier 2009. La dette publique américaine, déjà très importante, s’est accentuée. Evaluée à 9 646 milliards de dollars au 31 août 2008 (67,4% du PIB américain), cette dette devrait, suite au Plan Paulson, dépasser très largement la barre des 10 000 milliards en 2009, dépassant ainsi les 70% du PIB, une première depuis les années 1950. Quant au déficit budgétaire, il était de 162 milliards de dollars en 2007, 455 en 2008 et, selon les estimations, de plus de 1 000 milliards en 2009. Le taux de chômage a atteint 6,7% pour le mois de novembre 2008, son plus haut niveau depuis 14 ans. Ajouté à cela un prix du baril de pétrole qui a connu des records à l’été 2008 (147 dollars en juillet 2008), poussant les Américains à s’interroger sur leur mode de vie et sur leur dépendance vis-à-vis de l’étranger.

Dans ce contexte, l’administration Bush a fait passer plusieurs lois pour tenter d’améliorer la situation économique. La plus connue d’entre elles est l’Emergency Economic Stabilization Act of 2008, plus communément appelé le « bailout » ou « Plan Paulson », plan de sauvetage du secteur financier.

Une société en mutation ?

Si certains faits d’actualité semblent confirmer les idées reçues que l’on peut avoir sur les Etats-Unis, d’autres peuvent au contraire apparaître comme des signes précurseurs d’une société en mutation. La démission d’Eliot Spitzer, gouverneur démocrate de New York et proche d’Hillary Clinton, en raison de ses liens avec un réseau de prostitution, a une nouvelle fois démontré que les Etats-Unis sont une société encore très puritaine et très conservatrice. Par ailleurs, l’affaire du District of Columbia et al. v. Heller, a consacré la constitutionnalité du droit individuel au port d’arme. Enfin, l’ouragan Gustav, au début du mois de septembre en Louisiane, a révélé la crise de confiance des Américains (persistance d’inégalités raciales, crise de l’immobilier) et a rappelé les échecs de l’administration Bush dans la gestion de l’ouragan Katrina.

En revanche, l’affaire Kennedy v. Louisiana, prise le 25 juin 2008 a permis de limiter en pratique l’application de la peine de mort. La Cour Suprême a considéré que le VIIIe amendement ne permet l’application de la peine de mort que dans des cas où l’acte criminel donne lieu à la mort de la victime. Cette décision marque donc un coup d’arrêt dans la tendance de certains Etats à punir les viols d’enfants de la peine capitale. Enfin, la grève des scénaristes à Hollywood, de fin 2007 à fin février 2008 a abouti à la paralysie de l’industrie du cinéma et de la télévision. La durée et l’ampleur de ce mouvement social sont apparu d’autant plus exceptionnelles au vu de l’importance de ce secteur, tant au niveau économique qu’au niveau de l’influence culturelle des Etats-Unis dans le monde.

L’Amérique doute

Dans un discours dans le Nevada le 30 septembre 2008, Barack Obama a déclaré que la crise était bien plus qu’économique : « Ce n’est plus la crise de Wall Street, c’est une crise américaine ». En effet, au-delà de l’aspect économique, ce sont des fondements et l’identité de l’Amérique qui ont été touchés. Une crise dans les valeurs américaines, et donc une crise de confiance, se sont faites jour. La superpuissance américaine est elle aussi en crise, avec le déclin relatif des Etats-Unis dans un monde plus interdépendant et plus multipolaire. Une partie des Américains ont pris conscience de cette nouvelle donne mondiale et d’un rôle relativement moins proéminent de leur pays. La confiance inébranlable des Américains dans l’avenir a été elle-même mise à mal.

Désorientée par la perte des fondements qui ont forgé son identité, l’Amérique s’est choisie un nouveau visage en la personne de Barack Obama. Si son parcours fait à nouveau croire que le rêve américain est toujours bien présent, il risque d’être insuffisant pour que l’Amérique se remette sur pied.

 

Imprimer cette page Envoyer cette page à un ami


Dans la même rubrique

 
 

archives  Bilan et perspectives de l’année 2008

afficher archives loupe

 
 

Qui sommes nous ?

L’IRIS - Institut de relations internationales et stratégiques, centre de recherche en relations internationales, a créé son site d’informations "affaires-strategiques.info".

Suite...


 
 
 

Brèves

Alors que l’Afrique centrale a connu de nombreux remous récemment, notamment en République centrafricaine, le GRIP publie une note d’analyse étudiant le rôle du Tchad dans la stabilisation de cette région et son possible statut de puissance régionale.

Suite...


 
 

Home page  | Contact  | Plan du site  | Mentions_legales  | Suivre la vie du site RSS 2.0