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Bilan et perspectives de l’année 2008

2008 : UNE ANNEE DE CRISE

7 janvier 2009

par Sylvie Matelly, directrice de recherche à l’IRIS


Incontestablement, l’année 2008 restera dans les annales comme une année de crises économiques en tout genre. Dès 2007, en effet, la crise du secteur immobilier aux Etats-Unis avait entraîné une crise des subprimes, crédits hypothécaires extrêmement risqués et dont les risques avaient été largement répartis auprès de tous les acteurs de la finance mondiale par le biais de la titrisation et du refinancement des créances. S’en est alors suivie une crise financière mondiale dont on annonçait un début de règlement peu avant l’été 2008, sans se douter qu’elle ne constituait que les prémices d’une crise bien plus grave qui se déclencherait à la fin du mois d’août et entraînerait, dès l’automne, nombre de pays dans une récession économique ou au mieux un ralentissement majeur de leur économie. Même la dynamique puissance chinoise devait subir l’impact de cette crise et voir ses exportations, puis sa croissance économique, ralentir très fortement.

La réaction politique fut immédiate, voire même surprenante : les banques centrales et tous les gouvernements des grands pays industrialisés et des pays émergents prirent des mesures soit pour relancer leur économie, soit pour mieux se coordonner dans leurs actions économiques ou repenser de nouveaux modes de gouvernance mondiale. Même si les résultats de telles actions sont encore peu visibles en ce début d’année 2009. Force est toutefois de constater que 2008 annonce de ce point de vue une certaine rupture : l’ultralibéralisme n’a plus la côte auprès des opinions publiques et donc a fortiori auprès des leaders politiques. Sauf qu’il serait un peu rapide de penser que cela signifie un retour durable de l’interventionnisme. Certes, les plans de relance annoncés sont conséquents et voilà longtemps que les Etats n’avaient pas consacré autant d’argent pour soutenir l’activité économique mais ces actions apparaissent plus comme un « sauve qui peut » (économique ou politique d’ailleurs ?) que comme une véritable stratégie politique de long terme. Et de fait, le sommet de Washington entre les pays du G20 en novembre 2008 démontra combien sur ce plan de l’action économique de l’Etat, les modalités de la régulation ou d’une gouvernance mondiale divisaient les pays. De ce point de vue, 2009 ne devrait pas véritablement contredire cet état des lieux et on devrait voir éclore un débat nouveau, souvent contradictoire sur toutes ces questions, les tenants de l’interventionnisme et d’un libéralisme régulé faisant entendre une voix forte, au moins tant que la croissance sera en berne… L’attitude des autorités américaines et le positionnement de Barak Obama sur ces questions seront de ce point de vue déterminantes : c’est en effet des Etats-Unis qu’est partie la crise et cette économie reste, directement ou indirectement, le principal moteur de la croissance mondiale.

N’oublions pas également que cette année 2008 fut le théâtre d’autres crises économiques au moins aussi dramatiques que la crise de l’automne. La plus préoccupante fut probablement la crise alimentaire mondiale. Certes la baisse du prix du pétrole en fin d’année, suivie d’un tassement des prix de la plupart des ressources naturelles, produits agricoles compris, permit une diminution des prix des denrées alimentaires. Néanmoins, vite oubliée cette crise devrait pourtant conduire à une prise de conscience et à l’adoption de mesures fortes pour éviter qu’elle ne se reproduise à l’avenir. Il en va de la vie de millions d’individus. En effet, jusqu’alors, et comme le décrit très bien dans ses écrits le prix Nobel d’économie Amartya Sen, les crises alimentaires étaient plus souvent politiques ou stratégiques qu’économiques. Pour diverses raisons, la nourriture n’était pas acheminée ou distribuée à une partie de la population. A l’inverse, la crise que nous avons connue en 2008 est une crise des prix et de la rareté : pour résumer grossièrement, c’est la croissance économique mondiale rapide qui a augmenté les besoins donc les prix des ressources naturelles. Or, dans un contexte où depuis des années, les politiques agricoles des pays du Nord tendaient les prix vers le bas, ruinant ainsi l’agriculture vivrière, nombre de régions pauvres ont vu leur production agricole diminuer tendanciellement. Lorsque les prix sont repartis à la hausse, ce furent les populations de ces pays qui en furent directement affectées et dans l’incapacité d’accéder aux ressources les plus essentielles. Aujourd’hui, les prix sont plus modérés, mais de l’avis de nombre d’experts, ce n’est que conjoncturel et tôt ou tard, ils augmenteront à nouveau… augurant alors de nouvelles crises alimentaires.

 

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