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Analyse du jour

Quel bilan préliminaire de la pré-campagne américaine de 2012 ?

31 octobre 2011

À un an des prochaines élections présidentielles américaines, le parti républicain poursuit ses primaires pour déterminer lequel des huit candidats pourrait être le plus apte à destituer Barack Obama. Dans le contexte de crise qui frappe depuis quelques temps déjà les États-Unis, le Tea Party semble avoir réussi à se faire une place de plus en plus importante dans le débat. Alors, quel bilan de pré-campagne peut-on faire aujourd’hui ? Karim Emile Bitar, chercheur à l’IRIS, a accepté de répondre à nos questions. Entretien.


Vous avez suivi la série de débats télévisés entre les candidats à la primaire du parti républicain. Quels sont les éléments les plus marquants ? Alors que le mouvement du Tea Party semble pousser le parti toujours plus vers la droite, le durcissement sur des thématiques comme l’immigration ou l’impôt ne risque-t-il pas de nuire au parti républicain lors de l’élection générale de novembre 2012 ?

Ce qui frappe lorsqu’on observe les primaires républicaines, c’est en effet la dérive droitière mais aussi et surtout la médiocrité des débats de fond et une certaine indigence intellectuelle. Ce ne fut pas toujours le cas au sein de la droite américaine. Il y avait certes dans le passé des extrémistes comme Pat Buchanan qui profitaient des primaires pour promouvoir leurs idées, mais les candidats mainstream qui se détachaient avaient plus de substance. Quels que soient les reproches qu’on puisse leur adresser, des personnalités comme George H.W. Bush (le père), Robert Dole et même John McCain avaient une toute autre stature que celle des candidats aux primaires de 2012.
Cette baisse de niveau se reflète aussi chez les soutiens médiatiques et intellectuels du parti. Le parti républicain a longtemps été soutenu par des intellectuels peut-être radicaux, mais très brillants, comme William Buckley ou George Will. Aujourd’hui, les intellectuels conservateurs les plus perspicaces, comme le blogueur et journaliste influent Andrew Sullivan, (Tory en Grande-Bretagne) ont tendance à se détourner d’un parti républicain dont ils dénoncent une dérive quasi-sectaire, et qui leur semble avoir sombré dans un anti-intellectualisme et un anti-élitisme primaires.
Ceux qui fixent l’agenda et donnent le là aujourd’hui, ce sont souvent des animateurs de talk-shows, ultranationalistes, fantasques, conspirationnistes et démagogues comme Glenn Beck, Sean Hannity, Rush Limbaugh et quelques autres. Ils sont parvenus à imposer aux candidats leurs thématiques de prédilection.
D’abord un populisme antifiscal qui tourne à la caricature. Dans une scène d’anthologie, tous les candidats ont prêté serment que jamais, au grand jamais, ils n’augmenteraient les impôts, fut-ce d’un pour cent, même dans le cadre d’une vaste réforme qui s’attaquerait au déficit en réduisant parallèlement les dépenses de 10% ! On sort donc d’un conservatisme fiscal raisonné pour entrer dans une sorte de dogme potentiellement très dangereux, alors que les infrastructures du pays se délabrent et qu’apparaît ce qu’Arianna Huffington a appelé une tiers-mondisation de l’Amérique. On a définitivement oublié la belle phrase d’ Oliver Wendell Holmes selon laquelle « les impôts sont le prix à payer pour la civilisation. » Trop de gens aujourd’hui veulent la civilisation au rabais. On a également oublié que sous le mandat du très républicain Eisenhower, le taux maximal d’imposition était de… 91%, qu’il était encore de 72% sous Nixon et de 50 % sous Ronald Reagan, éternelle idole des jeunes républicains. La réticence devant l’impôt a pour corollaire la grande méfiance envers l’Etat et tout projet collectif. Rick Perry est allé jusqu’à dire que la sécurité sociale était une pyramide de Ponzi.
Ensuite, un nationalisme cocardier (jingoism), qui pourrait paraître dérivé d’une certaine tradition américaine, avec la vieille idée de l’ « exceptionnalisme américain » ou celle de la « destinée manifeste », mais qui semble aujourd’hui pour le moins décalée alors que les Etats-Unis sont confrontés à une crise économique sans précédent. Entendre Mitt Romney déclarer que Dieu avait créé les États-Unis pour diriger le monde, ou entendre Michele Bachmann demander que les irakiens remboursent le prix de la guerre de 2003 paraît incongru alors que la Chine et l’Inde montent patiemment en puissance. L’ultranationalisme se traduit par un durcissement sur l’immigration, notamment latino-américaine, et également par des appels à revenir à une politique extérieure plus musclée. Le premier discours de politique extérieure de Mitt Romney reprenait tous les poncifs de la droite américaine des années 2000, et a inquiété Steve Clemons, de la New America Foundation, qui est l’un des meilleurs analystes des affaires extérieures.
Les conseillers choisis par Mitt Romney sont souvent des faucons, des partisans de la manière forte, adeptes pour certains d’une vision ethniciste et identitariste des conflits. Romney prétend qu’Obama a passé son temps à aller présenter des excuses à l’étranger et que lui-même se montrerait décomplexé et offensif.
Mais tout cela ne va pas forcément nuire aux chances du candidat républicain. Ce sont de larges franges de la population américaine qui sont travaillées par ces tendances. Le Tea Party n’est pas uniquement un phénomène folklorique mais un courant qui a des racines profondes dans l’histoire intellectuelle des États-Unis, à travers notamment une grande méfiance vis-à-vis de l’autorité centrale. Naguère, cela prenait des formes différentes. Certains analystes ont retrouvé dans le Tea Party beaucoup de similitudes avec la John Birch Society, organisation de droite radicale, naguère moquée par Bob Dylan pour sa paranoïa, mais qui fut très influente dans les années 1960 et 1970.


Comment se distinguent aujourd’hui les deux poids lourds Mitt Romney, l’ancien gouverneur du Massachusetts, et Rick Perry, le gouverneur du Texas, face aux outsiders moins bien dotés financièrement, comme Michele Bachmann ou Herman Cain ?

Romney est aujourd’hui présenté comme le candidat modéré ou consensuel. C’est en partie vrai et en partie un effet d’optique, une sorte de distorsion induite par la relativité et le contraste avec des candidats très extrêmes comme Michèle Bachmann, Newt Gingrich ou Rick Santorum. Mais il est exact que Romney n’est pas très éloigné du traditionnel point d’équilibre du parti républicain. Il rassure les milieux d’affaires, il s’est montré efficace dans la levée de fonds et il a de l’expérience en tant que gouverneur du Massachussets, un État traditionnellement plus libéral. Doté d’une fortune personnelle supérieure à 200 millions de dollars, il veut être un « MBA President », relancer la culture entrepreneuriale et l’emploi. Romney a évité les diatribes xénophobes, mais sans toujours les condamner lorsque les débats dérapaient et que d’autres s’y livraient. Il a gardé son sang-froid lorsqu’il fut attaqué sur sa religion, le mormonisme ayant été violemment dénoncé par des proches de Rick Perry (pour certains fondamentalistes, les mormons ne sont pas seulement des « hérétiques », mais des « satanistes ».)
Romney est francophone mais se garde bien de trop mettre cet élément en avant, tant il pourrait être handicapant auprès d’un certain public. S’il est francophone, il n’est pas réputé particulièrement francophile. Durant ses deux années en France, il était d’abord missionnaire, faisant du porte à porte pour la Church of Jesus Christ and Latter Day Saints (les mormons) et il a bien évidemment dû voir beaucoup de portes lui être claquées au nez. Il a ensuite eu un grave accident de voiture près Bordeaux qui l’a immobilisé pendant près d’un an.
Il refuse fermement que les États-Unis ne commencent à ressembler à la France et reproche à Hillary Clinton et Barack Obama leurs tropismes européens.
Il est en tout cas aujourd’hui largement favori même s’il pourrait être desservi par une personnalité un peu fade. La très talentueuse journaliste Maureen Dowd, qui est la plus caustique des éditorialistes du New York Times, ironise sur le côté lisse et marketing de Romney en disant que ce dernier ressemble à une statue de sa propre personne.
L’un de ses rivaux, John Huntsman, accuse Romney d’être « une girouette parfaitement lubrifiée ». Gouverneur de l’État très conservateur de l’Utah et ancien ambassadeur en Chine, Huntsman est l’un des rares candidats à avoir une expérience des affaires internationales. Il est modéré sur certaines questions et s’est fait remarquer par un tweet disant : « “To be clear. I believe in evolution and trust scientists on global warming. Call me crazy », (« Je crois en la théorie de l’évolution et je crois ce que disent les scientifiques au sujet du réchauffement climatique. Appelez-moi fou ! ») Huntsman ironisait ainsi sur le côté intégriste ou farfelu de certaines thèses soutenues par d’autres candidats.
Quant à Rick Perry, ces actions étaient montées en flèche mais sont redescendues tout aussi vite. Il s’est montré maladroit durant les débats et n’a pas su répondre aux attaques sur son bilan au Texas, en matière d’emploi et de lutte contre l’immigration illégale. Il a d’abord posé fièrement en candidat texan assumant tout ce que cela implique et s’est fait applaudir pour avoir exécuté 234 condamnés à mort. Ses convictions religieuses (méthodistes) sont très affirmées et il clame que le soutien absolu à Israël est pour lui un impératif religieux et une exigence divine.
Il a semblé lui aussi sortir du « cercle de la raison » en faisant allusion au certificat de naissance de Barack Obama, toujours remis en cause par les « birthers ».
Ron Paul, le candidat libertaire, un gynécologue du Texas, fait couler beaucoup d’encre, séduit les uns, intrigue les autres. En économie, il défend les thèses de l’école autrichienne de Friedrich Hayek et Ludwig von Mises, celles d’un État non-interventionniste. En politique extérieure, il demande la fin de toutes les guerres et interventions militaires. A 76 ans, il est soutenu par beaucoup de jeunes du parti. Mais son ton professoral et son côté original et trublion rendent sa victoire très improbable.
Les autres candidats, notamment Michèle Bachmann et Herman Cain ont pu, l’un après l’autre, monter assez haut dans les sondages, portés par le Tea Party, mais on voit mal comment ces candidatures pourraient résister à la pression médiatique et avoir des chances sérieuses de l’emporter contre Romney puis contre Obama, tant les deux candidats ont multiplié les propos excentriques.


Le Nobel d’économie Paul Krugman affirme que « l’argent de Wall Street a désormais abandonné Barack Obama en faveur de Mitt Romney ». Au moment où nombre de ses plus gros soutiens financiers de 2008 menacent de lui tourner le dos, Barack Obama peut-il axer sa stratégie de réélection sur les frustrations d’un mouvement de contestation – Occupy Wall Street – de plus en plus populaire ?

Les financiers des campagnes électorales étant pragmatiques et mettant rarement tous leur œufs dans le même panier, ils n’abandonneront pas Obama tant que les jeux ne sont pas faits. Obama dispose toujours d’énormément d’atouts. Il y a systématiquement un effet favorisant le sortant après un premier mandat. Il a toujours des scores raisonnables dans les sondages, surtout lorsque testé contre les candidats républicains. Il a lui aussi commencé à lever des sommes importantes. Par ailleurs, même si Obama a manqué de courage ou de dynamisme sur certains dossiers, il n’a pas commis de faux pas majeur durant son mandat. Il avait hérité d’un champ de ruine et a réussi, avec un calme olympien, à restaurer un tant soit peu le capital moral des États-Unis. Certes, son centrisme, son côté irrésolu et pusillanime peut lui faire perdre des voix à gauche. Des intellectuels radicaux comme Cornel West ou des journalistes comme Glenn Greenwald sont de plus en plus critiques envers lui. Par crainte de voir les électeurs de gauche dépités se réfugier dans l’abstention, certains stratèges du parti démocrate ont en effet pensé canaliser la colère du mouvement Occupy Wall Street et repositionner Obama plus à gauche. Mais je doute qu’il aille très loin de ce côté-là. C’est une arme à double tranchant et cela pourrait donner du grain à moudre à ceux qui dépeignent déjà Obama comme un socialiste européen, alors même que sa politique est on ne peut plus centriste. En outre, son tempérament ne le prédispose pas à devenir le porte-voix politique d’un mouvement de ce type, même s’il en comprend les motivations. En tout état de cause, tout va se jouer dans quelques États clés. Cela dépendra du taux de chômage en octobre 2012 et du nerf de la guerre, l’argent dont disposera chacun des deux candidats.

 

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