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Le Turkménistan est désormais capable de soutenir ses prétentions sur les ressources énergétiques de la Mer Caspienne grâce à une puissance militaire significative. C’est ce que révèle une édition spéciale du journal russe Natsionalnaya Oborona (Défense nationale). Une nouvelle qui vient bousculer le fragile équilibre géopolitique autour la Mer Caspienne et de ses richesses.
Les ressources énergétiques abondantes de la Mer Caspienne et de son pourtour poussent les cinq Etats littoraux – l’Azerbaïdjan, l’Iran, le Kazakhstan, la Russie et le Turkménistan – à y intensifier et consolider leur présence navale. Les moyens militaires d’Ashgabat (capitale du Turkménistan) dépasseraient désormais ceux de Téhéran. L’Iran serait ainsi le leader en termes de quantité de navires sur la Caspienne après la Russie mais le Turkménistan l’aurait dépassé en termes de force de frappe. Cinq flottes ont été déployées sous l’ordre du Président turkmène Gurbanguly Berdymukhamedov. L’an dernier, le Turkménistan a acheté deux corvettes russes Molniya 1241.8, armées de systèmes de missiles de type 16 Uran-E, ce qui en fait les navires les plus lourdement armés de la Mer Caspienne. Le Turkménistan planifie d’en acheter 3 autres dans un futur proche. L’Iran ne possède pas d’équivalent à un tel dispositif. Le Turkménistan a aussi acheté l’an dernier deux bateaux turcs de patrouille rapide et a construit une base navale et une école navale dans la ville côtière de Turkmenbashi.
Les télégrammes diplomatiques du Département d’Etat américain révélés par Wikileaks ont fourni des informations intéressantes sur les plans navals du Turkménistan. Selon les télégrammes, le pays a commencé à s’intéresser à une coopération avec la marine américaine à partir de 2007. L’un d’entre eux décrit ainsi une rencontre entre le président turkmène et le commandant William Fallon, commandant du US Central Command à l’époque. Le télégramme mentionne le possible achat de matériel militaire par le Turkménistan dans le cadre du programme Excess Defense Articles (EDA) américain. Il s’agit d’un programme qui prévoit que le matériel militaire américain excédentaire peut être offert à des gouvernements étrangers en soutien des objectifs américains de sécurité et de politique étrangère. Le fait que le Turkménistan achète du matériel militaire à la Russie, et dans une moindre mesure à la Turquie, suggère toutefois que les Etats-Unis continuent de jouer un rôle secondaire vis-à-vis du Turkménistan dans la Mer Caspienne.
Pendant des siècles, la Russie a été la maîtresse incontestée de la Caspienne qu’elle considérait comme un espace stratégique de seconde main. C’est en 1991 que cette mer a commencé à prendre de l’importance, avec l’apparition des nouveaux Etats issus de l’éclatement de l’empire soviétique. La Mer Caspienne devient alors une zone de rivalités régionales alimentées par les milliards de dollars d’hydrocarbures qu’elle renferme (on estime qu’elle contient 40 milliards de barils de pétrole). Les cinq pays défendent leurs intérêts stratégiques en développant leur marine au sein d’un espace territorialement disputé. L’incertitude de certaines délimitations (notamment celles qui impliquent l’Iran) a contribué à divers incidents ces dernières années. D’ici 2020, la Russie devrait ajouter 16 nouveaux navires à sa flotte. L’Iran possède actuellement près de 100 navires. Ces deux pays souhaitent garder toute influence étrangère, et surtout américaine, hors de la Mer Caspienne, tandis que les Etats-Unis sont enclins à soutenir les petits pays contre la Russie et l’Iran.
Sources : Eurasianet, Central Asia Online, Foreign Policy
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