Accueil du site > Toutes les rubriques > Brèves > Erythrée : un rapport révèle l’existence d’une route de trafics d’armes et (...)
Selon un rapport présenté le mois dernier par le Groupe de monitoring sur la Somalie et l’Erythrée au Conseil de sécurité de l’ONU - qui a fuité en début de semaine -, un trafic d’armes et de personnes provenant d’Erythrée se déroule avec la collusion des autorités. Une route de contrebande d’armes appuyée sur un trafic de réfugiés érythréens part des collines de l’Erythrée, traverse les camps de réfugiés du Soudan et se prolonge jusqu’au désert du Sinaï. Les milliers de migrants érythréens kidnappés dans les camps de réfugiés sont torturés et rançonnés par des gangs criminels, avec la complicité de l’Etat érythréen.
La route de trafics en tous genres évoquée par le rapport permet au terme du voyage de délivrer des armes à des groupes armés, le plus souvent palestiniens et basés à Gaza. Selon l’enquête, cette industrie est contrôlée par un groupe de responsables militaires et gouvernementaux érythréens ainsi que par des gangs criminels égyptiens et soudanais (comme le groupe Rashayda). Ces trafics, qui génèrent plus de 10 millions de dollars par an, fournissent des fonds au régime érythréen. L’Erythrée viole ainsi le régime de sanctions internationales, imposé en 2009 en raison de son soutien actif au groupe islamiste somalien du Chebab. Ces sanctions interdisent la vente d’armes et d’équipement militaire à l’Erythrée et interdit au pays d’en exporter. Même si l’Erythrée nie toute implication, les auteurs du rapport affirment que le degré de corruption nécessaire au trafic sur la frontière occidentale du pays et l’étendue de l’exode des réfugiés sont tels qu’il est impossible qu’il n’y ait pas de collusion.
Le rapport désigne en particulier le général Teklai Kifle ‘Manjus’, le commandant de la zone militaire occidentale de l’Erythrée, comme le responsable direct de ces trafics, ce qui est confirmé par de multiples sources en Israël et dans le Sinaï ainsi que des intermédiaires. Il s’agit le plus souvent d’armes russes, en particulier des Kalashnikov. La plupart porte les inscriptions d’unités militaires érythréennes auxquelles elles appartenaient auparavant. Avi Granot, le responsable de la division Afrique du ministère des Affaires étrangères israélien, nie toute connaissance de pénétration d’armes érythréennes dans le Sinaï, et ce malgré des rapports onusiens qui affirment qu’Israël et l’Egypte ont coordonné une attaque aérienne contre un convoi d’armes dans le Sinaï égyptien en 2010.
Les trafics qui ont lieu avec la participation des autorités érythréennes sont symptomatiques de la situation dans le pays. L’Erythrée, malgré une pauvreté extrême, rejette toute aide étrangère, même alimentaire. Malgré une population d’à peine plus de 5 millions d’habitants, elle possède l’une des plus grandes armées d’Afrique. Le président érythréen Issayas Afewerki justifie cette politique par la menace d’un nouveau conflit contre l’Ethiopie. Les deux pays se sont affrontés pendant trois décennies d’une guerre qui a abouti à l’indépendance de l’Erythrée par rapport à l’Ethiopie en 1993 avant d’entrer en conflit à nouveau entre 1998 et 2000.
Face à ces conditions misérables, de nombreux érythréens quittent le pays et sont susceptibles d’être pris dans le trafic d’armes et d’êtres humains. L’ONU estime que 3 000 personnes sont parties chaque mois de l’année 2011. La plupart partent pour l’Ethiopie ou le Soudan et souhaitent bien souvent rejoindre Israël à terme. Le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies estime que 60 000 érythréens sont passés de l’Egypte en Israël entre 2009 et 2011.
Sources : The Guardian, The Guardian, Irish Times
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