Accueil du site > Toutes les rubriques > Analyse du jour > Les manifestations à Madagascar : la fin de la présidence de Marc (...)
par Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS
Les violentes manifestations qui ont eu lieu lundi 26 janvier 2009 et les jours suivants à Antananarivo et dans la plupart des grandes villes malgaches ont fait à ce jour entre 60 et 80 morts. Il y a eu débordements par les casseurs plus ou moins instrumentalisés. Les manifestations ont été organisées par le maire de la capitale Andry Rajoelina suite, notamment, à la fermeture de la chaîne privée de télévision Viva et aux différentes mesures de concentration du pouvoir, d’affairisme de celui que l’on dénomme le Berlusconi malgache. Il y a à l’évidence usure du pouvoir et mécontentement croissant vis-à-vis d’un dirigeant qui confond les affaires privées et les affaires publiques, qui contrôle les medias et qui a récemment concédé 1,3 millions d’hectares à la firme coréenne Daewoo mettant en péril le « tanindrazana » la terre des ancêtres.
Soutenu par les Etats-Unis et la banque mondiale, Marc Ravelomanana a permis d’améliorer le réseau d’infrastructures. Le tourisme s’est développé, la zone franche a repris dans un pays où le rapport productivité/salaires est un des meilleurs du monde pour les investisseurs notamment mauriciens. Madagascar a bénéficié du boom minier et de permis octroyé à des firmes américaines (Exon pour le pétrole), anglo-australiennes (Rio Tinto pour la mine d’Ilménite), canadiennes (Dynatec) et japonaises (Sumitomo pour le nickel et le cobalt). Mais le niveau de pauvreté s’est accru. 70% de la population vit avec moins de 1 $ par jour. Le processus de développement économique n’est pas enclenché. Les conditions de sécurisation des investissements notamment étrangers ne sont pas assurées. L’insularité continue de dominer même si Madagascar a intégré la SADC et a amélioré ses relations aves les pays de la Commission de l’Océan indien. Les relations avec la France se sont détériorées. L’anglais est devenu la troisième langue officielle même si Madagascar doit organiser en 2010 le sommet de la francophonie. L’ambassadeur de France, Gildas Le Lidec, a été considéré comme non désirable pour cause de « mauvais œil ». Les sociétés françaises n’ont pas bénéficié des permis miniers. Il y a pourtant 20.000 ressortissants bénéficiant du passeport français dont la moitié sont des binationaux.
L’histoire se répètera-t-elle et le maire d’Antananarivo prendra-t-il le pouvoir comme l’avait fait en 2001 le maire de la capitale d’alors, Marc Ravelomanana, contre Didier Ratsiraka ? Y aura-t-il aggravation des conflits ? Un gouvernement de compromis sera-t-il mis en place avec la médiation des Eglises (regroupées dans le FFKM), des groupements communautaires « fokon’olona » et des ambassades étrangères, ou bien l’armée républicaine de tradition prendra-t-elle le pouvoir comme elle l’avait fait en 1974 si la situation se détériore ? Rien n’est joué. L’histoire de Madagascar révèle à la fois des moments de grande violence mais également de compromis. Il n’est pas évident que la France soit derrière Andry Rajoelina et ses liens avec différentes forces notamment le clan Ratsiraka. En revanche, elle ne verrait pas vraisemblablement d’un « mauvais œil » un pouvoir moins tourné vers les intérêts américains et différenciant davantage affaires privées et publiques.
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