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Analyse du jour

Budget 2013 de défense du Japon : la recherche de la performance sous contraintes financières

23 novembre 2012

Edouard Pflimlin, chercheur associé à l’IRIS

La demande de financement du ministère de la défense japonais pour le budget de l’année fiscale 2013 (qui débute le 1er avril prochain) est marquée par une forte austérité, ce qui n’exclut pas un certain nombre d’équipements de pointe. Cette requête a été déposée le 7 septembre 2012. Une version anglaise vient d’être publiée(1). Elle détaille les équipements souhaités et leurs objectifs. La demande est la plus basse en 22 ans, en raison de la crise qui touche l’Archipel, le pays étant en récession(2). Mais elle comprend également des équipements de haut niveau, tels que des véhicules d’assaut amphibies, de nouveaux systèmes de communication et deux autres avions de chasse Lockheed Martin F-35A Lightning II Joint Strike Fighters.


Cette demande montre les priorités portées par le Japon à la protection des îles lointaines et à la surveillance maritime, aérienne, et du cyberespace, ainsi qu’à la menace balistique nord-coréenne. Préoccupations qui prennent de plus en plus de place du fait des différends territoriaux autour des îles Senkaku avec la Chine (qui les appelle Diaoyu), dont la marine monte en puissance, et concernant l’ilôt de Takeshima avec la Corée du Sud, (qui l’appelle Dokdo), et aussi de la menace des missiles nord-coréens, dont Pyongyang teste des vecteurs d’une portée de plus en plus longue.

Mais ces priorités militaires doivent composer de plus en plus, en raison de la dette élevée du pays qui dépasse les 200 % du produit intérieur brut (PIB), avec l’objectif de réduire les coûts de la défense. Comme le souligne à la revue Jane’s defence weekly(3), Koji Yoshino, le principal vice-directeur du département de planification et de programmation du ministère de la défense japonais : «  la situation du pays est sous pression avec l’augmentation remarquable d’obligations du gouvernement et les coûts croissants de la sécurité sociale ». Et d’ajouter : « Nous aimerions obtenir les fonds dont nous avons besoin tout en essayant de réduire les dépenses de manière efficace et efficiente. » Une gageure ? En partie.

Parmi les demandes les plus notables, d’abord au niveau des forces d’autodéfense (FAD) terrestres. L’attention se porte sur quatre véhicules d’assaut amphibies (AAV) pour lesquels les FAD terrestres ont requis 2,5 milliards de yens (31,8 millions de dollars). Ces véhicules pourraient être lancés des 3 navires de la classe Osumi. Ces navires, d’un déplacement de 14 225 tonnes à pleine charge, sont des porte-hélicoptères d’assaut, selon la fameuse publication Flottes de combat. Dans ce contexte, l’achat des 4 AAV « marquerait la première capacité amphibie purement offensive du Japon d’après-guerre », souligne Jane’s. Et comme remarque un expert de la défense japonais, Shinichi Kiyotani : « Le Japon n’a pas de marines ou de Royal Marines pour la protection des îles éloignées (…) Cet achat représente un grand progrès du Japon pour dissuader les menaces contre nos îles ».

Les FAD ont également demandé 3,2 milliards de yens afin de déployer un radar de surveillance côtière sur l’île de mer de Chine orientale de Yonaguni. Ainsi que 80,6 milliards de yens pour acquérir 12 systèmes de communication sur le terrain. Le déploiement de ce radar a été indiqué dans les « Lignes directrices du Programme de défense nationale 2010 » qui énoncent la politique de défense japonaise pour les cinq prochaines années. Les systèmes de communication sur le terrain, qui comprennent les radios, les camions de communications mobiles et récepteurs, combleront une lacune importante qui a été mise en lumière par des défaillances de communication à la suite du tsunami et de la catastrophe nucléaire de Fukushima en mars 2011.
En matière de défense antimissiles, outre des systèmes d’alerte avancée, 2,2 milliards de yens sont requis pour moderniser des destroyers Aegis de la classe Atago, 4,1 milliards de yens pour acquérir des missiles PAC-3 et 1,2 milliards de yens pour développer, avec les Etats-Unis, un intercepteur de missiles balistiques plus performant SM-3 Block IIA.

Les FAD maritimes ont demandé 72,3 milliards de yens pour construire un destroyer de 5000 tonnes de la classe Akizuki avec un système de propulsion combiné diesel-électrique et de gaz qui doit réduire les coûts de fonctionnement. Ses capacités anti-sous-marins sont élevées (meilleure détection des sous-marins ennemis). La marine souhaite aussi 53,6 milliards de yens pour acquérir un 9e sous-marin de la classe Soryu de 2 900 tonnes et 19,2 milliards de yens pour remplacer le Yaeyama : le plus grand dragueur de mines de la marine ! Au niveau de l’aéronavale, elle souhaite 44,5 milliards de yens pour acquérir deux Kawasaki P-1, un avion de patrouille maritime très performant (AMP), destiné à remplacer les Kawasaki (Lockheed) P-3C Orion AMP. Les FAD veulent aussi 1,3 milliard de yens pour développer un missile navire-navire pour remplacer le missile de type 90 (SSM-1B) à moyenne portée anti-navire.

Quant aux FAD aériennes, elles ont requis 30,8 milliards de yens pour l’achat de deux F-35A aux capacités furtives, qui, à raison de 15,4 milliards de yens par unité dépassent largement le coût unitaire initial de 9,6 milliards de yens. Elles ont également demandé 116,8 milliards de yens pour les dépenses initiales pour les entreprises japonaises afin qu’elles puissent participer à la production du F35A. Ces avions sont les premiers d’une série de 42.

Le ministère de la Défense requiert aussi 6,1 milliards de yens pour le démonstrateur de technologie avancée - X (ATD-X), un programme de construction d’un prototype de chasseur furtif visant à remplacer le Mitsubishi F-2. Ces sommes sont requises pour développer le moteur et les vols d’essai. Un premier est prévu pour 2014.

Enfin, l’état-major interarmées, qui est en charge des opérations conjointes des trois armées, a demandé 21,2 milliards de yens afin d’établir des forces de défense du cyber-espace comprenant 100 membres, et d’introduire de nouveaux équipements de surveillance dans ce domaine, notamment pour assurer la protection du ministère de la défense face aux cyber-attaques.

La tendance est donc à l’accroissement qualitatif des équipements pour faire face aux menaces, notamment chinoise et nord-coréenne et aussi participer à la stabilité régionale et internationale comme l’affirme le document du ministère de la défense. Mais elle s’opère dans un cadre budgétaire très contraint. Le ministère de la défense japonais sera-t-il suivi ? Le budget de la défense ne cesse de baisser : en 2004, il était de 4876 milliards de yens. Pour 2013, 4745 milliards de yens en incluant les dépenses de reconstruction post tsunami, et même 4585 milliards hors de ces dépenses exceptionnelles, soit quelque 58 milliards de dollars !

Des élections législatives anticipées le 16 décembre 2012 devraient voir la victoire du parti libéral-démocrate (conservateur) et le retour au pouvoir de ce parti après un peu plus de trois années de gouvernement du Parti démocrate japonais (PDJ) ainsi que de l’ex-premier ministre (2006-2007) japonais Shinzo Abe favorable à une défense forte du Japon et à un renforcement de l’alliance avec les États-Unis. Inversera-t-il la tendance ?

(1) Defense programs and budget of Japan. Overview of FY2013 budget request, Ministry of Defense, 2012 http://www.mod.go.jp/e/d_budget/pdf...
(2) « GDP drop puts Japan in a mild recession », The Japan Times, 13 novembre 2012, http://www.japantimes.co.jp/text/nb...
(3) « Japanese MoD requests trimmed budget but includes amphibious vehicles, coastal radars », Kosuke Takahashi, Tokyo, et James Hardy, London, Jane’s defence weekly, 7 septembre 2012

 

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