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La question du jour

Conférence sur le climat de Doha : des raisons d’espérer ?

26 novembre 2012

Réponse de Bastien Alex, chercheur à l’IRIS.


Quels sont les enjeux de cette 18e Conférence des partis de la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ?

Il s’agit d’essayer de reconduire le protocole de Kyoto qui arrive à expiration le 31 décembre 2012. Il faut savoir que les négociations piétinent depuis plusieurs années du fait de l’absence de volonté d’engagement des principaux pays émetteurs. Au Nord, tout d’abord avec les Etats-Unis qui n’ont jamais ratifié le protocole et certains Etats (Russie, Japon, Canada) qui avaient déjà annoncé qu’ils ne participeraient pas à la deuxième phase de Kyoto. Au Sud ensuite avec les principaux pays émergents comme la Chine et l’Inde qui sont pour l’instant exemptés de contraintes en termes de limitations des émissions et souhaitent conserver ce statut.... On se retrouve donc devant un affrontement entre les pays industrialisés et développés qui refusent de se réengager ou de s’engager du fait de l’absence d’objectifs contraignants pour les pays en développement, et ces derniers qui, pour protéger leur croissance économique, se réfugient derrière le principe de « responsabilité commune mais différenciée », soulignant la responsabilité historique du Nord dans l’augmentation des émissions. L’idée de la conférence de Doha est d’essayer de dépasser cela, dans le cadre de ces négociations qui, malheureusement, ne devraient pas permettre d’aboutir sur un accord concret.

Les observateurs tablent sur une conférence sans réel espoir de réalisation d’une quelconque avancée. Peut-on parler d’un pessimisme justifié ?

Ce pessimisme est effectivement justifié pour les raisons que nous évoquions, personne n’ayant annoncé de changement de positions. Il n’y a aura pas d’accord possible sur les principaux contentieux, tout du moins sur la participation à un protocole ayant des objectifs contraignants. Nous nous trouvons dans la situation que l’on redoutait déjà depuis un moment avec un protocole de Kyoto qui ne concerne plus que des pays qui sont émetteurs de moins de 20% des émissions des gaz à effets de serre. C’est néanmoins un processus qui a le mérite d’exister. Mais au final, tabler sur une amélioration de la situation à Doha me parait ambitieux car nous savions à l’avance que les principaux points de contentieux n’étaient pas réglés. La question est en fait : « Est-ce que la conférence sera utile » ? On peut légitimement émettre des doutes à ce sujet.

Il est évoqué à Doha la mise en place des bases d’un accord concernant les pays émergents qui pourrait être signé en 2015 et entré en vigueur en 2020. De quoi s’agit-il ?

Il s’agirait de renégocier un nouvel accord global, juridiquement plus contraignant avec un certain nombre de nouveaux mécanismes de réglementation, sans doute une révision du fonctionnement du marché du carbone, des objectifs de réduction, etc. Il s’agit d’une des raisons pour lesquelles on peut imaginer que ce sommet ne servira pas à grand-chose : cet accord est évoqué depuis quelques temps, et a le soutien de l’Union européenne. Mais dans la mesure où l’on veut essayer de renégocier un nouvel accord global pour 2015, quelle est l’utilité d’un sommet en 2012 ? L’idée de ce nouvel accord pour 2015 est une refonte du protocole de Kyoto pour tenter de faire participer tout le monde à la politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais on revient à nouveau aux différents évoqués précédemment.
Lorsque ce genre d’annonce quant à un accord en 2015 est réalisé, on assiste au même réflexe : les Etats se disent qu’il reste un peu de marge pour renégocier à la baisse certains objectifs du futur accord. Il faut également prendre en compte des éléments importants : nous sommes dans un contexte totalement défavorable de crise économique, qui n’a pas tendance à mettre les objectifs environnementaux au premier plan de l’agenda. Nous assistons également à certains bouleversements d’ampleur sur les marchés énergétiques, notamment du fait de l’exploitation des gaz de schiste aux Etats-Unis. Il est vrai que certains observateurs sont très inquiets sur l’impact potentiel de ce nouveau paramètre sur le prix des autres matières premières, comme le pétrole et le charbon. Si le coût du charbon ou des hydrocarbures devait diminuer de façon importante du fait des gaz de schiste, les préoccupations concernant le développement du renouvelable, l’investissement dans l’isolation des bâtiments existants ou la réduction des émissions pourraient également passer au second plan.

L’environnement n’est-il finalement pas qu’une façade à Doha, dans la mesure où le Japon, le Canada, la Russie et la Nouvelle-Zélande ne souhaitent plus faire partie du protocole de Kyoto et que les Etats-Unis n’ont jamais signé l’accord ?

On pourrait parler de « mort clinique » du protocole de Kyoto. Tous ses défenseurs s’accordent sur le fait qu’il a certes le mérite d’exister. Il s’agit du seul accord contraignant au niveau international, c’est un point positif. Maintenant la réponse ne peut être que globale car c’est un problème planétaire. Si seuls les pays émetteurs de 20% des gaz à effet de serre s’engagent sur ce sujet, ils se retrouvent marginalisés et engagent des dépenses supplémentaires. L’environnement est le seul sujet international sur lequel il y a un consensus majeur sur le diagnostic, c’est-à-dire le problème du réchauffement mais où il n’y a absolument aucune volonté politique de s’engager. Il faut également justifier le financement de projets étiquetés « développement durable » dans les pays du Sud, prévus par Kyoto. Les opinions publiques, en Europe ou ailleurs, ne sont pas forcément favorables ou réceptives au fait que l’on investisse dans ces pays quand la crise et le chômage augmentent. C’est un constat malheureux mais réaliste.

 

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