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La question du jour

Que signifie la visite de Dmitri Medvedev pour les relations franco-russes ?

28 novembre 2012

Réponse de Philippe Migault, chercheur à l’IRIS


François Hollande et Dmitri Medvedev se sont rencontrés ce mardi. Quelle est la nature des relations franco-russes ?

On pourrait schématiser les choses à l’extrême en parlant des relations franco-russes sous le registre « Je t’aime moi non plus ». La Russie est une nation extrêmement attentionnée vis-à-vis de la France, qui est demandeuse de relations plus poussées, ce que l’on a notamment constaté lors de l’année croisée France-Russie en 2010. La Russie souhaite davantage de collaboration, de coopération, de transfert de technologies, de création d’entreprises communes avec la France. La Russie aimerait aussi que la France investisse plus en Russie et vice-versa. Et c’est là que se situe le problème : on a d’un côté de plus en plus d’entreprises françaises qui vont en Russie (pas encore suffisamment mais cela commence à être non négligeable), et d’un autre côté des entreprises russes qui, lorsqu’elles arrivent en France, sont accueillies avec méfiance. On a pu le voir notamment dans l’affaire des haut-fourneaux de Florange – initialement il y avait deux candidats en compétition pour la reprise d’Arcelor, Arcelor Mittal et les Russes de Severstal – et on a considéré qu’il fallait se méfier de la candidature russe, parce que dans les fantasmes français, les Russes, c’est la mafia, la guerre froide, l’ennemi. On a alors favorisé la candidature d’Arcelor Mittal. Aujourd’hui on serait prêts à payer pour que Severstal revienne dans le jeu, cela a d’ailleurs été évoqué. J’espère qu’on ne regrettera pas trop tard de ne pas avoir fait confiance aux Russes lorsqu’il le fallait. Il faut aussi se rendre compte que la Russie a des moyens financiers importants, que des entreprises russes rachètent des entreprises françaises : c’est encore marginal mais cela existe notamment dans le domaine de l’armement ou de la sidérurgie. Nous avons tout intérêt à nouer une relation de confiance beaucoup plus pointue avec la Russie et à nous affranchir de la méfiance traditionnelle qu’il y a de la part d’un certain nombre de Français vis-à-vis de la Russie.

Qu’est-ce qui ressort de cette rencontre Hollande/Medvedev ?

On ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il existe un constat de désaccord total sur le dossier syrien, et que chacun fait valoir sa position. Medvedev a répété encore une fois la position russe, à savoir qu’il est inconcevable de substituer au droit des Etats souverains un droit d’ingérence. Evidemment, ce n’est pas du tout la position française. Medvedev condamne la reconnaissance du gouvernement de coalition syrien par la France, de même qu’il condamne la volonté française d’éventuellement lever l’embargo sur les armes à destination de la résistance syrienne. Il faut, selon la position russe, d’autant plus condamner cette levée d’un embargo sur les armes que si celui-ci était levé, il est bien évident que l’on ne pourra pas appliquer le « deux poids deux mesures » et décréter un embargo sur les armes vis-à-vis des troupes de Bachar el-Assad. Cela semble tout de même assez compliqué d’armer un des deux camps unilatéralement et de considérer que l’autre camp n’a pas le droit d’être armé. Donc les Russes tirent la sonnette d’alarme sur ce point et, pour eux, reconnaître un gouvernement de coalition syrien qui ne représente pas l’ensemble de la population syrienne ou même toute l’opposition syrienne est un vrai problème.

Les critiques de la Russie quant à la décision française de reconnaître l’opposition syrienne comme seule représentante du peuple syrien relève-t-elle de conceptions géopolitiques réellement différentes en matière d’ingérence ou la Russie tente-t-elle de préserver son dernier accès direct à la Méditerranée, le port de Tartous en Syrie, comme certains le prétendent ?

Il faut arrêter d’affabuler sur ce port : chacun s’imagine qu’il s’agit de l’équivalent de Gibraltar et que, depuis le port de Tartous, on pourrait contrôler toute la Méditerranée orientale. C’est absolument faux : le port de Tartous n’est pas une « vraie » base navale. C’est plutôt ce qu’on pourrait appeler un « point d’appui », un centre logistique et d’entretien des matériels où quelques bateaux peuvent venir se ravitailler ou se faire réparer. Mais ce sont des infrastructures qui ne permettent pas d’accueillir un grand nombre de bateaux, ni d’accueillir de grands navires. Je ne suis pas du tout persuadé que la Russie ne puisse pas se passer de Tartous : pour moi, il n’est pas structurant en matière de relations syro-russes, comme cela a pu être dit. D’autant que finalement ce point d’appui en Méditerranée orientale est essentiellement utilisé par la flotte de la Mer Noire qui n’est pas la flotte la plus importante de la marine russe.

Pourquoi la coopération franco-russe ne rencontre que peu d’écho, notamment dans les médias ? Rencontre-t-on le même phénomène en Russie ?

La coopération franco-russe dans les médias ne rencontre que peu d’écho pour une raison simple : les médias français sont majoritairement hostiles à la Russie. Ils considèrent que la Russie est un pays qui foule aux pieds les droits de l’Homme. En conséquence, par stricte posture idéologique, les médias français considèrent qu’on ne peut pas faire d’affaires, qu’on ne peut pas nouer des relations approfondies avec Moscou. C’est d’ailleurs très curieux parce que si l’on regarde la manière dont d’autres Etats, pires que la Russie, sont traités, on se demande si il n’y a pas deux poids deux mesures. C’est un constat : en ce qui concerne la Chine, on voit très bien qu’il y a de nombreuses entreprises françaises qui investissent sur place et on critique finalement assez peu Pékin. Pourtant en termes de corruption, la situation est bien pire en Chine qu’en Russie, en termes de droits de l’homme aussi. Rencontre-t-on la même chose en Russie, la même méfiance des médias russes vis-à-vis de la France ? Je ne le pense pas. On rencontre une certaine amertume, parce que la Russie a vraiment pensé, au début des années 90, qu’il allait y avoir un véritable partenariat qui allait se nouer entre Français et Russes, entre Européens et Russes. C’était l’époque où François Mitterrand, Helmut Kohl et Mikhaïl Gorbatchev parlaient d’une « maison commune » entre Européens et Russes. Tout cela n’a pas été suivi d’effet, ce qui explique une certaine frustration côté russe, une certaine ironie aussi. Pour eux, la France est une grande donneuse de leçon sur un certain nombre de sujets mais lorsque l’on voit la manière dont les élections se sont déroulées à l’UMP, c’est assez facile de parler de la manière dont les élections se déroulent en Russie. Donc au final, une certaine amertume mais pas une francophobie équivalente à la russophobie qu’on constate dans les médias français.

 

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