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France-Brésil : Rencontre aux sommets sous le signe de Hermenegildo de Sá Cavalcante

10 décembre 2012

Par Jean-Jacque Kourliandsky, chercheur à l’IRIS

Hermenegildo de Sá Cavalvante ? Ce personnage pourtant prémonitoire ne dit sans doute rien à celles et ceux qui vont les 11 et 12 décembre à Paris rafraîchir une amitié séculaire, et quelque peu fanée. Entre les responsables d’une puissance résistant au déclin, la France, et ceux du Brésil dont la dynamique émergente se heurte au réel. Entre donc les présidents Dilma Rousseff et François Hollande.


« A peine eus-je entendu prononcer le nom du prince, qu’avant de m’être rappelé la station thermale il me parut (..) s’imprégner d’humanité, trouver (..) une petite place dans ma mémoire », nous dit Marcel Proust. Mais de qui et de quel lieu parle-t-il ? La station thermale pourrait s’appeler Petrópolis, ville de l’arrière pays de Rio de Janeiro, chargée de souvenirs renvoyant à l’européen Stefan Zweig mort ici, et à la France de Santos Dumont qui avait également ici une étrange maison haute sur pattes. Le prince ou les princes, glissant sur la pente d’un passé perdu et retrouvé, pourraient être Mme Dilma Rousseff et MM Hollande et Lula da Silva.

Le mystérieux Hermenegildo de Sá Cavalcante a eu l’immense mérite de fonder la société brésilienne des amis de Marcel Proust. C’était en 1964, l’année de la visite du Général de Gaulle en Amérique latine, et donc bien entendu au Brésil. L’amitié bilatérale étincelante d’avant-hier est sans doute restée, bien qu’un tantinet mélancolique, feuille séchée d’un livre d’heures promené dans les allées du parc impérial de Petrópolis. Dilma Rousseff, Luiz Inacio Lula da Silva et François Hollande vont tenter de dépoussiérer ce passé prometteur, toujours en attente de futur. Em busca do tempo perdido, « A la recherche du temps perdu » sous le bras, vont-ils réussir à sauter au volume 7 de l’œuvre proustienne, « Le temps retrouvé » ? C’est le vœu que l’on peut formuler, pour la France et le Brésil, compte tenu de l’état des lieux de la Maison commune.

Les fondations de cette belle bâtisse ont en effet perdu en 2012 sans que cela n’émeuve grand monde deux piliers communs à Brasilia et Paris. L’Union latine dont les deux pays sont membres est entrée en hibernation indéfinie. Elle existe bien sur le papier, mais elle n’a plus de siège parisien ni de secrétariat permanent. Quant au Bureau Europe de la Banque interaméricaine de développement il a déménagé en catimini de Paris à Madrid. Les hasards du calendrier ont heureusement permis de poser quelques étais bienvenus. Le G-20 de Los Cabos au Mexique, la commémoration de la conférence de Rio sur l’environnement, en juin 2012, ont déporté vers les Amériques le chef de l’Etat français. Il a pu ainsi normaliser ce qui devait l’être. Tout en faisant connaissance avec ses homologues latino-américains. La brésilienne Dilma Rousseff était du lot.

Avant de répéter l’exercice au Chili les 26 et 27 janvier 2013, qui reçoit le prochain sommet euro-latino-américain, Dilma Rousseff est donc accueillie par François Hollande avec toutes les pompes de la République. La visite étape de Mme Rousseff, sur la route de Moscou, pourrait permettre de rattraper le temps perdu. En effet, avec le Brésil, il n’y a pas de fâcheries bilatérales comme la France en a connu ces dernières années avec le Mexique, mais plutôt une langueur de bon aloi, permettant de lasser les écarts diplomatiques sur le Proche et le Moyen Orient, tout en refroidissant les comportements de voyageurs de commerce militaire pratiqués par les équipes françaises aux commandes jusqu’en mai dernier. Il reste malgré tout à réveiller ce qui pourrait l’être, le temps perdu par la France ne l’étant pas pour d’autres partenaires du Brésil, qu’ils soient économiques ou diplomatiques.

L’abolition de la circulaire Guéant a permis d’aborder sans complexe l’accueil en France des boursiers de l’Etat brésilien. 4500 sont attendus en 2013. Un nouvel ambassadeur le flamboyant Bruno Delay, a été dépêché à Brasilia. La visite du ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, le 5 novembre à Brasilia et Rio de Janeiro, a été volontairement « déRafalisée ». Le néologisme a-t-il convaincu les Brésiliens qu’il était possible de parler avec les Français, défense, coopérations stratégiques, sans nécessairement donner dans le maquignonnage diplomatique et commercial ? L’exercice de conviction était d’autant plus difficile que le Quai d’Orsay, sur les traces de son homologue espagnol, s’est donné une feuille de route depuis quelques mois mettant la diplomatie au service de l’économie.

L’économie bilatérale suit son bonhomme de chemin. Elle ne demande qu’à être accompagnée. 500 entreprises françaises sont présentes. Le quatrième flux d’investissements. Avec cette année une prise de taille du groupe local Pão de Açucar par Casino. Alstom annonce de son côté la création de 300 emplois dans l’Etat de Bahia pour fabriquer des éoliennes. Et ACCOR investit dans l’hôtellerie. Le gros contrat militaire signé en décembre 2008, la vente de cinq sous-marins dont l’un à propulsion nucléaire, ainsi que des hélicoptères de transport, est entré en phase de mûrissement. Les perspectives du marché automobile et de l’aéronautique aiguisent les appétits des marques françaises et d’EADS.

Est-il possible d’aller au-delà ? De donner un sens politique à ces évolutions. Lula, déjà candidat à la présidence, l’avait tenté le 11 avril 2002 à Bordeaux, en allant soutenir Lionel Jospin en campagne électorale. « Ici comme là-bas » avait-il dit, « il s’agit au fond de la même question : quel avenir pour nos peuples dans la mondialisation ? Les marchés doivent être encadrés par l’action publique des Etats, les relations internationales doivent être, multilatérales, équitables et pacifiques ». Mais le vin tiré depuis dix ans n’a pas vieilli dans les mêmes fûts en France et au Brésil. Les conjonctures économiques divergent. Le Brésil croit au point d’être aujourd’hui la sixième puissance économique mondiale, sur les talons d’une France en crise. Les Brésiliens de France reviennent au pays, alors que 30 000 Français se sont installés au Brésil depuis 2007. Leur nombre augmenterait de 5 à 10% par an. La France avait en 2003 encore marqué sa différence diplomatique en condamnant l’intervention des Etats-Unis en Irak. Elle a pleinement intégré depuis 2010 la fin de son particularisme occidental. Elle est au côté des Etats-Unis sur le dossier nucléaire iranien. Elle a été en pointe dans la crise libyenne, comme elle l’est aujourd’hui dans celle de Syrie. Le Brésil s’est affirmé depuis 2003 au contraire comme un acteur international privilégiant un nouvel ordre mondial fondé sur le multilatéralisme. Le Brésil a contribué à la fabrication d’un espace autonome en Amérique du sud, doté d’un Conseil de défense. Iran, Libye, Syrie, sur toutes ces questions le Brésil rejette l’unilatéralité des initiatives occidentales et donc aussi françaises.

Il reste sans doute la voie du pragmatisme pratiquée avec conviction à Planalto comme à l’Elysée. Elle permet, un temps, de jouer en partie double, la main gauche étant censée ignorer ce que fait la main droite...

 

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