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La question du jour

Mali : une résolution militaire du conflit ?

17 décembre 2012

Réponse de Pierre Jacquemot, chercheur associé à l’IRIS.


Que signifie la démission du Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra ?

Lundi 10 décembre le Premier ministre malien, Cheick Modibo Diarra, a été arrêté par les militaires. Il a ensuite remis sa démission et celle du gouvernement. Les relations entre le capitaine Sanogo, à la tête de la junte qui renversa le président Amadou Toumani Touré en mars dernier, et Modibo Diarra ont toujours été tendues, et le « petit capitaine » est ainsi venu annuler la crédibilité que le gouvernement malien avait réussi, tant bien que mal, à obtenir auprès de ses voisins et sur la scène internationale. Cette démission est révélatrice de l’état très délabré de la situation politique au Mali. Nous sommes donc dans une situation dans laquelle le rapport de force est encore favorable aux anciens putschistes militaires qui entravent le fonctionnement des rouages gouvernementaux. Le nouveau Premier ministre, Diango Cissoko, va maintenant constituer un gouvernement, qui devra convaincre le capitaine Sanogo et sa clique que l’armée malienne est incapable de reconquérir seule les villes du Nord du pays – Tombouctou, Gao, Kidal - infestées de rebelles.

Entre les divers partenaires semble se creuser un fossé de plus en plus large avec d’un côté les partisans d’une intervention militaire et de l’autre ceux qui souhaitent trouver une solution politique à la crise. Le processus de résolution du conflit vous semble-t-il bloqué ?

Non, je crois qu’en fait on se trompe sur ce registre. Contrairement à certains observateurs, je pense qu’il y a une complémentarité entre les deux attitudes, négociation d’un côté et préparation d’une intervention militaire de l’autre. Il n’y a pas de contradiction entre ceux qui, comme l’Algérie ou le Burkina-Faso, sont partisans de pousser au maximum les négociations avec les forces rebelles qui sont installées au Nord, et ceux qui sont partisans d’une intervention militaire parmi lesquels la plupart des pays membres de la CEDEAO, appuyés par les pays européens. Négocier n’exclut pas d’exercer une pression, allant jusqu’à la menace d’une intervention militaire. Il y a quelques indices qui laissent penser que certains groupes rebelles – on pense à Ansar Dine et bien évidemment au groupe touareg, le MNLA – souhaitent se dissocier des ultra-djihadistes du Mujao et des groupes étrangers rattachés à AQMI. Si la négociation débouchait, il n’y aurait alors pas besoin d’une intervention militaire. Ce qui est souhaitable pour des raisons humanitaire, évitant ainsi des drames collatéraux, notamment des déplacements de population, dans une région déjà très fragile et meurtrie. J’ajouterais à cela que si hélas les négociations se révélaient infructueuses et si une intervention militaire s’avérait alors inévitable, elle se heurterait probablement à la réticence de la population malienne. Il est facile de comprendre pourquoi. La fierté nationale, déjà mise à mal par la sécession au Nord, serait encore plus ébranlée. Une présence militaire étrangère trop massive me semble difficilement envisageable à Bamako ou à Ségou. Par conséquent, une intervention des armées de la CEDEAO ne peut être que la solution extrême, s’imposant seulement lorsqu’auront été étudiées toutes les voies de négociation, toutes les autres solutions possibles.

La Une du numéro de Jeune Afrique de cette semaine (9 au 15 décembre 2012) s’intitule « Armées africaines : Pourquoi sont-elles si nulles ? ». Que pensez-vous de cette allégation ? L’envoi de troupes africaines au Nord-Mali vous paraît-elle approprié ?

Le déploiement de forces étrangères dans un pays est toujours une opération délicate. On l’a constaté partout, notamment dans le passé au Libéria, en Sierra Léone et en Côte d’Ivoire. Mais il ne faut pas systématiquement être critique envers les armées africaines. Certaines servent en Somalie ; d’autres participent aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies hors d’Afrique avec une efficacité reconnue ; je pense aux Ghanéens, aux Sénégalais ou aux Kenyans.
Si une d’intervention de troupes de la CEDEAO s’imposait au Nord Mali– on parle de 3300 hommes qu’il faudrait alors déployer -, les troupes du Nigéria constitueront le contingent le plus important. Ces troupes sont relativement bien organisées, certaines aguerries.
Le contexte du Nord-Mali est cependant particulier. Il s’agit d’une zone quasi-désertique et ce n’est pas exactement le même type d’opération à mettre en place que lorsqu’il faut sécuriser une ville par exemple. L’apport des Tchadiens, qui ne font pas partie de la CEDEAO mais qui pourraient être sollicités pour fournir des troupes, serait utile car ils sont habitués à intervenir sur ce type de territoire. Ne sont-ils pas eux-mêmes soucieux de la sécurité de la partie saharienne de leur pays allant jusqu’à la frontière avec la Libye ?
A mon sens, il n’y a pas de raison de discréditer par avance les armées africaines, surtout si elles bénéficient d’un appui en logistique et en systèmes de communication, venant comme cela est envisagé du côté européen. Rien n’empêche de faire le pari qu’elles peuvent intervenir efficacement. A la condition toutefois de manifester du respect à l’égard de la population civile. Cela relève de la discipline militaire. Toute erreur, toute exaction commise à l’encontre de la population seraient très mal perçues et provoqueraient un rejet.

 

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