affaires-strategiques.info

UK flag English version

Accueil du site > Toutes les rubriques > Analyse du jour > Les non-dits de la transition par la rue à Madagascar

RSS 2.0 Suivre la vie du site


Analyse du jour

Les non-dits de la transition par la rue à Madagascar

18 mars 2009

par Mathieu P., journaliste et consultant

Les liesses populaires qui ont envahi mardi les rues d’Antananarivo, Toliara, Mahajanga ou Toamasina laissent circonspect. Etait-ce la fin de la crise, le départ de Marc Ravalomanana ou l’avènement d’Andry Rajoelina qui était fêté ? Toujours est-il que cette ferveur populaire contraste avec les commentaires de la communauté internationale qui dénonce à l’unisson le « coup de force » malgache. Elle ne peut dire autre chose, c’est bien légitime de sa part.


Peut-être Madagascar sera-t-elle suspendue de l’UA, verra-t-elle ses aides européennes interrompues, ou ses programmes avec la Banque Mondiale remis en question ? Mais ne nous y trompons pas, cette posture diplomatique laissera très bientôt place à une reconnaissance implicite du nouveau « Président » malgache, à l’instar de ce qui s’est récemment passé en Guinée-Conakry ou en Mauritanie. Entre légalité et légitimité, la seconde reprendra rapidement ses droits. Toutefois, la légitimité dont jouit Rajoelina aujourd’hui ne doit pas faire oublier les inquiétudes qui habitent de nombreux Malgaches, comme en témoignent les avis de la presse de la Grande île. La similarité des profils frappe les observateurs et laisse suggérer une reproduction à l’identique du mandat de Ravalomanana marqué par l’autoritarisme et le patrimonialisme.

Ce raccourci – peut-être trop simpliste – fait peu de cas des soutiens massifs apportés à Rajoelina à Madagascar : davantage qu’un coup de force individuel, « Andry TGV » s’est vu réclamer cette intervention extraconstitutionnelle de la part de tous les opposants, comme de certaines composantes de la société civile, telles le SEFAFI (l’Observatoire de la vie publique), le CNOE (Comité National d’Observation des Elections) ou le CONECS (Conseil National Economique et Social). Il bénéficiait également d’un soutien implicite d’autres strates de la société malgache. Par ailleurs, il est assez frappant de constater que bon nombre de ceux qui manifestaient devant l’Ambassade de Madagascar en France il y a trois mois ou de ceux qui se réjouissaient des premières manifestations sur la Grande île, dénoncent aujourd’hui la dérive autoritaire de Rajoelina. Que voulaient-ils sinon ce renversement ? que la pression populaire suffise à entraîner la démission de Ravalomanana ? C’était mal connaître ce dernier… Certes, l’incertitude totale plane aujourd’hui sur Rajoelina, que ce soit sur ses ambitions, ses intérêts privés, sa capacité à contrôler les « vautours » de l’opposition et les exilés en France, mais il est sans doute injuste de lui reprocher les erreurs de ses prédécesseurs au nom du « ce sont tous les mêmes ».

Rajoelina doit être jugé sur ses faits, et il aura loisir de le faire dans la phase de transition de 24 mois. Réformera-t-il le code électoral, comme cela est attendu depuis plus de 15ans ? Continuera-t-il à faire fructifier Viva et Injet ou bien tirera-t-il leçon des travers entrepreneuriaux de son prédécesseur ? Nationalisera-t-il Tiko ou récupérera-t-il personnellement une partie de ses entreprises ? Intégrera-t-il intelligemment les anciens partisans de Ravalomanana ou mènera-t-il une politique de la terre brulée dramatique pour le pays ? Organisera-t-il des élections régionales, tant attendues depuis 2002, ou cherchera-t-il à assurer son contrôle sur les Régions en gardant les Chefs de Région nommés ? Remettra-t-il en fonctions les Maires déchus de leurs fonctions ? Réformera-t-il le statut des chefs de Fokontany (quartier) pour que ceux-ci soient de nouveau nommés par les Maires élus ? Mettra-t-il en place une « révolution verte » destinée à la sécurité alimentaire du pays ou poursuivra-t-il une politique agricole d’exportation pour le bien d’un petit nombre d’industriels ? Mettra-t-il en place un fonds de stabilisation transparent pour gérer les recettes minières ou préservera-t-il l’opacité actuelle pour profiter personnellement des richesses du pays ?

Toutes ces questions sont cruciales pour l’avenir du pays et méritent toute l’attention des observateurs pour savoir si oui ou non Rajoelina sera un nouveau Ravalomanana.

 
 

Forum

Répondre à cet article

3 Messages de forum

  • Les non-dits de la transition par la rue à Madagascar

    20 mars 2009 09:35, par Dr Steeve NZEGHO DIEKO, Ph.D. Politologue et Chercheur à L’IRSH Libreville (...)

    La chute de Marc Ravalomana à la Présidence malgache laisse présager une confusion totale pour la suite des événements dans cet ile. En effet, cette transition qualifiée de "coup de force" ne peut etre cautionné en dépit des revendications légitimes du camp du nouveau homme "fort" Andry Rajoelina. Les circonstances qui lui ont portées au pouvoir devrait interpeller fortement l’Union Africaine de prendre ses responsabilités en tant première organisation continentale pour la préservation de la paix et l’unité dans notre chère Afrique. Les condamnations des actes tel le cas de la Guinée Conakry ne suffisent plus il faut passer à l’action afin de décourager d’autres pays à des comportements qui n’honorent pas l’Afrique.

    Répondre à ce message

    • Les non-dits de la transition par la rue à Madagascar 25 mars 2009 13:13, par Rastefano

      Je suis de votre avis, il faut un signal fort pourque s’arrête ces coups d’Etat. Sur un plan purement géopolitique, j’attends avec impatience la réaction du SADC. C’est un groupement très actif et, toujours sur le plan géopolitique, je suis très curieux de voir sa réaction future. Contrairement à l’Union Africaine, la SADC est assez compacte et il se peut qu’une restauration plutôt musclée pourrait avoir lieu. En tant que Malagasy, je ne souhaiterai jamais un conflit dans mon pays, seuiement, nous sommes aussi trop naïfs pour croire que le monde avaliserait un coup d’Etat fusse-t-il maquiller d’une consitutionnalité douteuse. Comme vous êtes politologue, je vous invite à vous pencher sur les tribulations de la France dans cette crise. Et aussi, une nouvelle phase de la crise ne fait que commencer, cette fois, les pro-Ravalomanana se mettent à manifester et réussissent à rassembler la foule. Seront-ils capables de bloquer l’appareil administratif, c’est-à-dire réussir à mobiliser les fonctionnaires à faire la grève ? Si tel est le cas, nous entrons vraiment dans la crise, une nouvelle crise. Il semblerait à l’heure actuelle que les caisses de l’Etat soient vides, non seulement faute de rentrées normales mais les bailleurs ont aussi coupés les aides budgétaires. Je regrette aussi la réaction de l’Armée, notamment cette mutinerie qui déshonore profondément aussi bien Madagascar que l’Armée elle-même. On avait la prétention d’avoir la supériorité morale par rapport aux Africains, notamment après la crise 2002 où un mouvement populaire défendait son choix électoral. On est vite rattrapé par la réalité...

      Répondre à ce message

 

Home page  | Contact  | Plan du site  | Mentions_legales  | Suivre la vie du site RSS 2.0