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Quelles perspectives pour le gouvernement israélien à venir ?

Une avancée sur un sinistre chemin

25 mars 2009

Par Alon Ben-Meir, professeur de relations internationales, spécialisé sur le Moyen-Orient, à la New York University.

Mme Livni avait absolument raison de refuser l’offre "généreuse" de Netanyahu de rejoindre son gouvernement, où on accorderait des portefeuilles importants à son parti dans la coalition, tout en décidant que les négociations de paix ne pourraient se poursuivre.

En effet, un gouvernement israélien qui n’est pas attaché à la création des deux États distincts est le terreau des germes de la terreur et de la violence incessante qui n’arrangera rien, mais éloignera de plus en plus Israéliens et Palestiniens.

Un gouvernement limité de centre-droit aurait été une recette pour la paralysie de la plupart des partenaires de la coalition de Netanyahu qui conditionnent leur soutien au gouvernement par la poursuite de l’expansion des colonies. Le slogan de Netanyahu affirmant qu’Israël doit d’abord obtenir la sécurité avant la paix est tout simplement irréaliste, car seule la paix peut fournir à Israël la sécurité ultime. En poursuivant cette politique, Israël délégitime son droit de légitime défense en continuant sa politique d’expansion, tandis que le Hamas est en train de renforcer sa position politique comme étant le vrai défenseur des droits des Palestiniens. Par conséquent, Israël érode dangereusement son autorité morale et perd la sympathie internationale : ce sont les Palestiniens, et non les Israéliens, qui sont perçus comme le peuple assiégé.

Après l’opération « plomb durci », la communauté internationale a réagi par l’envoi d’une multitude de visiteurs et de délégations officielles dans la bande de Gaza. Les ministres des Affaires étrangères de la France, du Canada, de la Turquie, de la Suède et de la Norvège se sont rendus à Gaza, bande déchirée par la guerre, ainsi que Tony Blair pour le Royaume-Uni, Javier Solana de la part de l’UE et John Kerry représentant le Sénat américain. Encore plus révélateur sont les 75 pays et organisations qui ont participé à la conférence des donateurs en février à Charm el-Cheikh, promettant une contribution de plus de 5 milliards de dollars en aide à la reconstruction de la Bande de Gaza.

Entre les visites officielles, les engagements des donateurs, la réaction médiatique après la guerre dans la bande de Gaza, la sympathie générale aux citoyens palestiniens est écrasante et dépasse de loin n’importe quel sentiment envers le côté israélien. Le Hamas, bien qu’en tort, est sorti de cette guerre en revendiquant la victoire en raison de sa survie aux attaques israéliennes, et il commence à être reconnu comme une force devant être prise en compte, directement ou indirectement, dans les négociations de paix.

L’administration Obama devrait faire très clairement comprendre à Israël que l’expansion des colonies est contradictoire à la paix, et que relier les colonies à la sécurité nationale n’est rien d’autre qu’un écran de fumée. En prenant pleinement en considération les questions légitimes d’Israël en matière de sécurité nationale, l’administration Obama doit déclarer fermement que l’intérêt stratégique de l’Amérique dans le Moyen-Orient est directement lié à la fin du conflit israélo-palestinien.

Retarder les négociations de paix qui pourraient aboutir à la création de deux États distincts n’est pas acceptable. En outre, il serait impossible de lutter efficacement contre le programme nucléaire iranien dans l’isolement. C’est seulement en empêchant l’Iran d’exploiter le conflit israélo-arabe, et en isolant le Hamas et le Hezbollah de Téhéran, que l’on progressera sur le front israélo-palestinien. La récente ouverture de l’administration Obama à la Syrie est un mouvement prudent et il doit être considéré comme une partie intégrante de la nouvelle stratégie américaine de traiter non seulement avec le conflit israélo-arabe, mais aussi de contenir l’influence régionale de l’Iran.

Les Israéliens concernés doivent se poser la question dès maintenant de savoir ce qui se passera dans 10-15 ans, s’il n’y a pas de solution au conflit avec les Palestiniens. Le statu quo pousse autant les Israéliens que les Palestiniens plus loin dans l’extrémisme et crée des conditions dans les deux camps qui les précipitent dans une perspective des plus sinistres pour l’avenir. Les Palestiniens sont de plus en plus désespérés et beaucoup d’entre eux n’ont d’autre choix que de recourir à la résistance violente.

Plus de sept Palestiniens sur dix sont nés sous l’occupation. Ils ne s’arrêtent pas à la question du « qui a raison et qui a tort ? », ils savent seulement une seule chose : l’occupation sous toutes ses formes est intolérable et ils sont résolus à y mettre fin. Ils regardent l’usurpation de leurs terres au jour le jour tout en travaillant sous l’humiliation de l’occupation à chaque tournure d’évènements. Pour Israël et le Hamas, utiliser la violence comme une excuse, sans essayer de faire face à la cause, ne sera plus qu’un écho, vu la réaction de la communauté internationale à l’offensive israélienne dans la bande de Gaza. Une seule solution, les Sunnites, conduits par l’Arabie Saoudite, peuvent faire une réelle pression sur le Hamas et d’autres groupes extrémistes si le gouvernement israélien suspend l’expansion des colonies, démantèle tous les avant-postes illégaux et entre sérieusement dans les négociations de paix avec l’objectif de parvenir à une solution.

Certains espéraient que M. Netanyahu modérerait son point-de-vue une fois nommé Premier ministre. (...) Au cours de son dernier mandat en tant que Premier ministre à la fin des années quatre-vingt-dix, Netanyahu avait opposé trois fin de non recevoir : aucun retrait du Plateau du Golan, aucune discussion au sujet de la revendication palestinienne concernant Jérusalem et aucune négociation sur base de conditions préalables. L’administration Obama ne doit pas laisser cette idéologie dominer une fois encore, elle doit avoir une vision claire et une stratégie réaliste du processus de paix. Cela permettra non seulement de mettre un terme au conflit israélo-palestinien, mais sauvegardera l’ultime sécurité nationale d’Israël.



Alon Ben-Meir est professeur de relations internationales, spécialisé sur le Moyen-Orient, à la New York University. Son blog est consultable sur http://www.alonben-meir.com/

Article traduit avec l’aimable autorisation de l’auteur, par Sylvie Guelluy, assistante de recherche à l’IRIS.

 
 

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