Le mardi 4 novembre 2008 fait désormais partie de l’histoire des Etats-Unis. L’accession à la Maison Blanche d’un candidat metis, plébiscité par le monde entier, suscite de nombreux espoirs. Mais Obama parviendra-t-il à modifier en profondeur la politique étrangère américaine ? Et d’ailleurs, le veut-il vraiment ? Tour d’horizon des grands dossiers diplomatiques qui attendent le nouveau président.
Le monde entier en rêvait, les électeurs Américains l’ont fait. Avec un taux de participation record de 66%, une mobilisation sans précédent, ils ont envoyé Barack Obama à la Maison Blanche.
Depuis plus d’un an, la terre entière, et pas seulement la nation américaine, suit avec la plus grande attention le long processus électoral qui a abouti à l’élection du 44e Président américain. Cela montre la place à nulle autre pareil des Etats-Unis dans le système international. Chaque peuple a conscience que l’élection du Président américain peut avoir de fortes conséquences le concernant. Aucune autre désignation d’un chef d’Etat dans un pays n’a un tel impact mondial. Cela prouve également l’immense soif de changement après deux mandats catastrophiques de George W. Bush. C’est bien largement sur le rejet de ce dernier dans le monde et aux Etats-Unis que Barack Obama a construit son succès. Les Américains avaient soif de changement, ils ne voulaient plus se voir dans le reflet de leur société et de leur pays que George W. Bush donnait à l’extérieur. On peut donc être redevable d’une chose à George W. Bush : il a permis fut-ce par réaction négative à son égard, l’élection d’Obama.
La crise financière a parachevé le succès de Barack Obama. C’est après qu’elle se soit déclenchée que les sondages l’ont tous donné gagnant (et largement) face à Mc Cain. Celui-ci a par ailleurs commis une erreur de jugement en nommant Sarah Palin comme colistière. Elle a certes consolidé la base républicaine dure, mais elle a effrayé tous les électeurs modérés.
Par rapport aux immenses défis à relever, dix millions de chômeurs, de nombreux travailleurs pauvres, des dizaines de milliers de personnes chassées de leur maison, des déficits commerciaux et budgétaires gigantesques, deux guerres difficiles à gérer en Irak et en Afghanistan, le dossier du Proche-Orient, la lutte contre Al Qaïda, la fragilité du Pakistan et le renouveau russe, la tâche d’Obama semble gigantesque, titanesque même.
Il pourra compter sur son charisme, son énergie et l’immense enthousiasme qu’il a suscité aux Etats-Unis et dans le monde. Il pourra également compter sur sa clairvoyance et son courage et il fallait avoir les deux pour s’opposer à la guerre d’Irak aux Etats-Unis en 2002-2003.
Une véritable « Obamania » déferle sur la planète. C’est une lune de miel entre un homme et le monde à laquelle on assiste. Il est aujourd’hui l’homme le plus populaire du monde, alors qu’il y a encore quelques jours, les Etats-Unis étaient le pays le moins aimé du monde. Son élection va rejaillir sur l’image des Etats-Unis et d’ores et déjà de nombreux Américains se disent de nouveau fiers de l’être.
Car au-delà de la question raciale qu’Obama veut dépasser, il faut se souvenir, il y a encore deux générations, les Noirs ne pouvaient s’asseoir dans le bus à côté des Blancs. Or, le fait que ce pays puisse aujourd’hui élire un Président noir en dit long sur ses capacités de réaction et de mouvement. Ce qui compte avant tout, c’est l’image de tolérance et d’ouverture qui s’en dégage, non seulement en parole, mais aussi dans les faits Ce sont les Etats-Unis qu’on aime dynamiques sans préjugés. La grande distinction avec l’ère de George W. Bush où on célébrait les valeurs américaines dans les discours pour les fouler au pied dans la politique concrète tant sur le plan intérieur qu’international.
Il y a cependant deux illusions qui doivent être dissipées. La première est que Obama pour brillant qu’il soit n’est pas magicien. Il ne pourra pas résoudre comme par enchantement et rapidement les multiples problèmes nationaux et internationaux qui se posent. Il ne faudrait pas que les immenses attentes, parce qu’elle ne pourront pas être satisfaites immédiatement, produisent un désenchantement majeur. Seconde illusion à ne pas avoir, Barack Obama n’est pas le Président du monde, mais celui des Etats-Unis. Son agenda est dicté par l’intérêt national américain, pas le bonheur de tous. Il ne faut pas douter de son patriotisme. Son objectif est justement de restaurer le prestige et partant de là, la suprématie américaine mise à mal par George W. Bush. Simplement, sa conception de l’intérêt national est moins incompatible avec les intérêts des autres Nations que ne l’était celle de George W. Bush, sa conception des valeurs américaines n’est pas agressive à l’égard des autres Nations.
Le monde ne va pas devenir parfait, mais il est déjà plus vivable.
Pascal Boniface, directeur de l’IRIS et co-auteur de "50 idées reçues sur les Etats-Unis" (avec Charlotte Lepri, Hachette).
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