affaires-strategiques.info

La diplomatie des droits de l’homme de Nicolas Sarkozy

En annonçant une " rupture " dans la politique étrangère de la France, Nicolas Sarkozy inscrivait la question des droits de l’homme en tête du nouvel agenda diplomatique et promettait une plus grande fermeté à l’égard des dictateurs : "Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l’homme au nom de nos intérêts économiques. Je défendrai les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés et je les mettrai au service de la défense des droits des femmes." Mais il a aussi fait savoir qu’il ne sacrifierait pas ces principes fondamentaux aux intérêts économiques. Face aux réalités internationales, aux impératifs économiques, aux rapports de puissance, aux nouvelles interdépendances et aux contraintes liées aux principes fondateurs du droit international , n’est-il pas irréaliste de parler de diplomatie des droits de l’homme ? Quel bilan tirer de cette " diplomatie des droits de l’homme " de Nicolas Sarkozy ? Et faut-il véritablement parler de " rupture " ?



Dossier dirigé par Pascal Boniface
Assisté de Samuel Manivel

avec la participation de Lauriane Crochemore et Samuel Klein


Candidat, Nicolas Sarkozy avait déclaré qu’il serait le président des droits de l’homme. Dénonçant à mots couverts les compromissions de ses prédécesseurs, il annonçait une claire rupture en ce domaine. Devenu président, la continuité semble pourtant l’emporter.

On est en effet retombé, vis-à-vis de la politique des droits de l’homme, sur l’éternel débat entre la réalité et les principes. La politique des droits de l’homme a été théorisé par le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui s’est fait l’apôtre de la realpolitik dans un entretien accordé au Parisien en déclarant que lorsqu’on était ministre, on ne pouvait pas dire n’importe quoi. Ceci était en légère contradiction avec ce que le même reprochait à ses prédécesseurs. Mais ne faut-il pas se réjouir que la tentation bien française de chapitrer les autres pays, de leur faire la leçon en public, de se placer dans une position supérieure vis-a-vis d’eux, soit mise de côté ? Ce type de politique qui ne donne généralement pas de résultats concrets a pour cible l’opinion publique intérieure, pas l’amélioration des situations. Ce travail est par ailleurs plus de la compétence des ONG que des Etats.

Certes Nicolas Sarkozy a nommé comme ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, apôtre du droit d’ingérence, et comme Secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, l’emblématique Rama Yade. Or, que le Secrétariat aux droits de l’homme soit relié aux Affaires étrangères signifie qu’il n’est pas compétent pour d’éventuelles violations des droits en France. Il est vrai que lorsqu’il en a été ainsi entre 1986 et 1988 le Secrétaire aux droits de l’homme, Claude Malhuret, n’avait guère la prééminence lorsqu’il s’opposait au ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua.

Aussi, deux autres problèmes peuvent être soulevés du fait de cette organisation. Voudrait-elle dire qu’il y aurait une division du travail entre un Secrétaire d’Etat qui s’occupe des droits de l’homme et un Ministre des Affaires étrangères qui s’occupe des « vraies » relations internationales ? Il peut y avoir de surcroît la suspicion que les droits de l’homme sont une composante de la diplomatie française au sens où ils sont utilisés de façon stratégique et sélective dans une politique classique de puissance pour n’être opposés qu’aux pays avec lesquels la France n’entretient pas de bonnes relations, les autres étant épargnés par la critique. Mais les partisans de cette structuration gouvernementale peuvent dire qu’elle permet de répondre à la question « Y-a-t-il un numéro de téléphone ? » Les droits de l’homme sont incarnés par le ministre en charge.
Nicolas Sarkozy est sensible à l’opinion ; le thème des droits de l’homme est particulièrement fédérateur. Cela peut conduire à privilégier les causes emblématiques et médiatiques du type « Ingrid Bétancourt » ou « infirmières bulgares ». Pour importantes et dignes d’intérêt qu’elles soient, elles n’épuisent pas la problématique et occupent un espace sans commune mesure vis-à-vis d’autres violations plus massives, plus sanglantes, plus meurtrières. Les causes symboliques produisent parfois des symboles qui ne sont pas parfaitement représentatifs de la réalité.

L’autre problème est de s’appuyer sur des intellectuels médiatiques censés a tort (souvent) ou a raison (parfois) être des défenseurs des droits de l’homme au détriment d’ONG de terrain qui travaillent tous azimuts et ne développent pas des indignations sélectives. A ce titre, qu’avant un voyage controversé dans la presse sur cette question en Chine, le Président reçoive Bernard Henri-Lévy, André Glucksmann et Pascal Bruckner - les deux derniers ayant soutenu la guerre d’Irak - et pas Amnesty international, Human Rights Watch ou la Ligue des droits de l’homme peut surprendre. Médiatiquement, cependant, le pari est gagnant, la presse ayant signalé cette réception comme un geste fort en faveur des droits de l’homme, et les intellectuels concernés n’ont pas émis de critiques qui auraient été sans ces attentions à leur égard véhémentes.

Nicolas Sarkozy a plusieurs fois rappelé que la France appartenait au monde occidental ; sa politique des droits de l’homme est inspirée par cette affirmation. On ne critique pas sa famille et aucun pays occidental ne sera critiqué pour d’éventuelles violations des droits de l’homme. La France n’a pas critiqué Guantanamo (ce qu’a fait la chancelière Merkel). La position de la diplomatie française face aux deux cas de jeunes Français, prisonniers pour des raisons politiques à l’étranger, diffère selon celui qui les détient : Galid Shalit est très soutenu car détenu par le Hamas ; Salah Hamouri, le jeune franco-palestinien détenu en Israël, l’est nettement moins.

Pascal Boniface, directeur de l’IRIS

 

 

Home page  | Contact  | Plan du site  | Mentions_legales  | Suivre la vie du site RSS 2.0