Accueil du site > Toutes les rubriques > Dossier > Bilan de la présidence française de l’Union européenne
Le semestre de Présidence Française du Conseil de l’Union Européenne touche à sa fin, laissant la République Tchèque assurer la direction des affaires européennes à partir du premier semestre 2009. Comment évaluer ce semestre ?
Nicolas Sarkozy avait voulu fixer des priorités ambitieuses pour ce semestre, avec un triple objectif : montrer que la France était de retour en Europe, faire avancer des dossiers traditionnellement au cœur de la politique européenne française, montrer qu’en présence d’une volonté politique forte, l’Union Européenne pouvait obtenir des résultats concrets sur des dossiers touchant le quotidien de ses citoyens.
Ainsi, quatre grands chantiers avaient été programmés pour ce semestre : la reforme de la Politique Agricole Commune, le paquet « énergie/climat », la relance de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD), ainsi que le Pacte Européen sur l’immigration et l’asile. Une cinquième priorité s’était greffée à la Présidence française : le lancement de l’Union pour la Méditerranée (UPM) fortement désirée par Nicolas Sarkozy dès sa campagne présidentielle.
Ce semestre n’aura pas été épargné par l’actualité, la Présidence française s’étant trouvée dans l’obligation de composer avec une série de crises de diverses natures. D’abord, le non irlandais au référendum portant sur l’adoption du Traité de Lisbonne, dès le mois de juin 2008, soit quelques jours à peine avant les débuts de la PFUE, a replongé l’Union Européenne dans une crise institutionnelle. Ensuite, au mois d’août, le conflit russo-géorgien. Puis, dès septembre, la grave crise financière, puis économique, qui a suivi l’effondrement de Lehman Brothers aux Etats-Unis et les faillites en série dans le système bancaire mondial.
Ces événements ont permis au Président en exercice de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy, de prouver que le volontarisme politique et une action prompte de la part des institutions européennes pouvaient replacer le « vieux continent » sur la carte géostratégique mondiale comme un acteur de premier plan.
L’action du Président français pour convaincre les Irlandais de tenir un deuxième référendum sur le Traité de Lisbonne, au mois d’octobre 2009, peut être critiquée. Il pourrait paraître immoral d’obliger un pays à revoter tant qu’il n’a pas exprimé le « bon » résultat. Cependant, d’autres solutions ne paraissaient pas envisageables, et l’UE doit clore le débat institutionnel qui occupe tous les esprits depuis le Traité de Nice en 2001.
La médiation européenne dans le conflit russo-géorgien a permis d’éviter un nouveau scénario « balkanique » en Europe. L’impuissance européenne aurait été impardonnable dix ans après la faillite totale des états membres à résoudre les conflits qui ont déchiré l’ancienne Yougoslavie. Là aussi, l’action rapide du Président français a permis à l’Europe d’exister. Enfin, en ce qui concerne la crise financière et économique internationale, le plan européen pour stabiliser les marchés financiers a eu le mérite de rassurer les investisseurs, chose que n’avait pas réussi le Secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson.
En ce qui concerne les priorités initiales de la PFUE, elles sont traitées dans les détails dans ce dossier. Mises à part les analyses des chercheurs de l’IRIS, ce dossier comporte les contributions de Michel Foucher, diplomate et géographe, ainsi que de Tommaso Padoa Schioppa, ancien Ministre de l’économie italien, ancien membre du board de la Banque Centrale Européenne, et Président de Notre Europe. A travers ces diverses contributions, ce dossier essaie d’éclairer les résultats obtenus par la PFUE.
Mais peut-on donc affirmer que la PFUE a été un succès retentissant, comme la plupart des observateurs français l’ont fait ? Si la Présidence Sarkozy est saluée unanimement en Europe comme un succès, certains signaux inquiétants ne doivent pas être sous-estimés.
L’activisme du Président français a certes montré la nécessité d’un leadership européen fort et d’une Présidence stable du Conseil européen, mais il a dans le même temps totalement marginalisé le rôle de la Commission européenne. La décision de garder une commission à 27 membres, pour rassurer les craintes irlandaises, affaiblit de fait cette institution, seule à protéger l’intérêt général européen plutôt que celui des Etats-membres.
Plus grave encore, la relation franco-allemande a été victime de l’activisme du Président Sarkozy. Tout au long de ce semestre, on aura assisté à des passes d’armes entre Paris et Berlin sur des sujets divers et variés. Rôle de la BCE, stratégie à mettre en œuvre pour la relance économique européenne, Union pour la Méditerranée, paquet « énergie-climat ». Deux stratégies d’influence se sont confrontées, souvent âprement.
En ce qui concerne les institutions européennes, la décision de faire revoter l’Irlande sur le Traité de Lisbonne paraissait l’unique sortie de crise possible. Cependant, ceci expose l’UE au risque d’une crise encore plus profonde. Comment gagner un référendum en 2009, pendant une crise économique qui n’a pas eu d’égale dans la deuxième moitié du XXe siècle ?
De plus, est-ce que l’activisme dont a fait preuve la Présidence française aura changé l’Europe durablement ou bien, dès l’accession à la Présidence de la République Tchèque, qui a comme priorités la libéralisation des marchés européens et l’approfondissement du lien transatlantique, reviendra-t-on vers des vieux modes de fonctionnement ?
Ces éléments jettent une ombre sur les résultats réels de la Présidence française, qui ne pourront être véritablement évalués que dans quelques mois. Si l’UE a changé durablement son mode de fonctionnement, on pourra alors effectivement féliciter l’action du Président français. Si 2009 voit le retour des habitudes « bureaucratiques » à la tête de l’Union, une poussée des partis euro-sceptiques aux élections du Parlement européen de Juin 2009 et une nouvelle crise institutionnelle dues aux réticences irlandaises et tchèques en ce qui concerne la ratification du Traité de Lisbonne, alors la PFUE n’aura été qu’un moment isolé dans lequel l’UE, profitant également de l’effacement de l’administration Bush, aura tenté d’exister sur la scène internationale.
Fabio Liberti, chercheur à l’IRIS
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